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Comment on fabrique les opinions

Par Abdesselam Bougedrawi @abdesselam
COMMENT ON FABRIQUE LES OPINIONS

COMMENT ON FABRIQUE LES OPINIONS

Transfiguration et diabolisation des faits par la télévision française. Extrait de mon livre la fabrique du chic des civilisations :

Parmi les grands acteurs du choc des civilisations en particulier, et d’une façon générale des angoisses du peuple français, on peut citer les documentaires télévisés.

Exemple concret : Diabolisation d’un quartier de maghrébins.

Cet exemple peut s’appliqué à d’autres situations  

Examinons un exemple concret, celui d’un documentaire sur des quartiers dits sensibles habités majoritairement par des Maghrébins.

Nous partons des données suivantes :

  • Dans plusieurs villes françaises existent des quartiers où habitent presque exclusivement des arabo-musulmans.
  • La raison principale de cet isolement est le fait que cette population veut préserver ses traditions et ses coutumes.
  • Elle le déclare ouvertement, ainsi, il y a des salles qui sont transformées en mosquées, des boucheries Halal, des épiceries qui vendent des produits dits musulmans, on enseigne la religion dans les écoles primaires. De plus il y a un code vestimentaire.
  • Le fait essentiel est qu’aucun de cet aspect de l’isolement de cette population n’est caché, +++ tout se passe au grand jour. Bien évidemment, il y a des choses qui n’appartiennent qu’à cette communauté, comme c’est le cas partout ailleurs.
  • Une évidence importante est que beaucoup d’autres populations, noires Africaines, Asiatiques, Françaises d’outre-mer, témoins de Jéhovah, gens du voyage, etc. s’isolent de la même façon. Toutefois, particulièrement, on ne visera que la population arabo-musulmane.

NB : Comprenez-moi bien, il ne s’agit pas de défendre cette population et son isolement, que je ne partage pas à titre personnel. Il s’agit ici de montrer la façon dont on procède pour la dénigrer. Les choses sont strictement différentes.

La mise en place de la diabolisation

Un réalisateur, ou une réalisatrice décide de filmer un documentaire sur ces quartiers. Rien de grave à priori, sinon qu’il faudrait respecter la vie privée des gens et faire preuve d’un minimum de déontologie. Le reportage porte, donc, sur la population maghrébine musulmane. La logique aurait voulu que puisque rien n’est caché, le documentaire fasse preuve d’une sérénité en filmant de façon non émotionnelle. C’est tout le contraire qui va se faire.

La mystification emprunte toujours le même schéma en étapes :

Première étape : provocation d’une émotion

1 – Plusieurs jours, voire plusieurs semaines avant la diffusion du documentaire, on l’annonce avec grandes pompes. Ce lancement se fait à renfort de publicité avec une tonalité de la parole dramatique, dans un décor sombre, avec quelques reflets bleutés pour le côté tragique.

Celui qui annonce le documentaire le fait d’une manière presque ésotérique, probablement a-t-il répété sa prose à plusieurs reprises. Voire mis à contribution des acteurs du théâtre dramatique.

2 – La présentation du documentaire se fait de façon sobre, dans des décors dépouillés, augmentant la dramatisation.

Tournage du documentaire en caméra cachée

1 – On recourt à la caméra cachée pour filmer des événements que les gens incriminés ne cherchent certainement pas à dissimuler. Cela a pour effet d’induire le spectateur en erreur pour lui faire croire qu’il y a un complot qui se trame.

2 – Le contenu est accompagné d’une musique digne des films d’horreur. Il est filmé d’une façon hystérique, de grands mouvements de caméra.

3 – Le recours à des témoignages plus ou moins manipulés. Dans un récent documentaire, certaines personnes se sont plaintes de cette manipulation. Affaire à suivre.

Diffusion du documentaire

1 – Des invités débattent du sujet. Ces individus sont présentés comme d’éminents spécialistes de l’islamisation. Si on ne trouve pas de spécialistes, ce sont les journalistes eux-mêmes qui assurent le débat. Maquillage de circonstances, éclairage étudiés à la manière des films de suspense !

2 – À aucun moment, les gens filmés dans ce documentaire ne sont invités à participer aux débats. Pourtant, c’est la moindre des politesses, et surtout nécessaire en démocratie dans un esprit de débats justes et honnêtes. À noter que ces gens-là n’ont aucun droit de réponse, ce qui est garanti par tout État de droit.

Dernière étape, si possible, des lettres de menaces

1 – Si c’est possible, et c’est l’apothéose, des menaces de mort. Il est connu que la plupart des personnes qui interviennent dans l’espace public, qu’ils soient professionnels ou simples utilisateurs de Facebook, reçoivent des menaces de mort. Évidemment, personne ne prend la peine de vérifier ces menaces et leur crédibilité.

2 – Sortie médiatique du responsable du documentaire. Elle revêt ses plus belles robes si c’est une femme. Plusieurs de ses photos apparaissent dans les journaux, dans les magazines. Chacun a droit à son quart d’heure de gloire !

3 – Élan de sympathie de la part de quelques autres journalistes.

L’analyse de la mystification par le documentaire mérite à elle seul un ouvrage à part.

En fin de compte, ce documentaire persuade les Français que des gens, strictement inoffensifs, sont sataniques. Sataniques en ce sens qu’ils cachent quelque chose, qu’ils préparent des coups bas contre le peuple français.

La notion de choc des civilisations par le truchement de documentaires déloyaux prend des allures de fantasmagorie. C’est le retour au Moyen Âge.

Retrouver mon livre la fabrique du choc des civilisations

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