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EP - Gita Buhari - Blood Lily

Publié le 16 juillet 2022 par Concerts-Review
EP - Gita Buhari - Blood Lily

Record Union

NoPo

GITA BUHARI Blood Lily EP 2022
Au début, il y avait Gita Buhari & Blackout Orchestra mais c'était avant...
En 2020 sur son premier EP 'Queen of nothing', la néerlandaise de Rotterdam se voit, seule, en reine de rien, guitare rêveuse en bandoulière. Elle a appris à chanter dès son plus jeune âge et ça coule de source!
Elle cite les influences du rêche King Krule, de tripopant Portishead et l'électro-dub Madlib. On pourrait y ajouter Massive Attack, Sade, Neneh Cherry voir Dido, ça s'entend aussi!
Son nom? Le vrai, d'origine arabe! Depuis de nombreuses années, elle collabore (et même plus car affinités) avec Arjuna Vlasblom, son producteur.
Ici, le guitariste Boo Brouwers vient leur prêter main forte. Cette fois, leur trip-hop se fait sanguin après les frustrations du confinement.
La belle en a bien besoin, vu son attitude sur la pochette, elle devrait même consulter un médecin!
Epuisée dans une chaise en plastique blanc, Gita semble affaiblie par une prise de sang un peu gourmande.
Le liquide flasque, qui s'égoutte dans une flaque psychédélique, mélange des couleurs aussi relevées que les vêtements de la patiente : orange (du chemisier mousseline), vert (de la jupe à jupon), rouge (du maquillage écrasé au dessus des yeux et du titre dégoulinant de l'EP).
A l'opposé marque le noir des chaussures laquées, des bas résilles, du regard et des tresses s'accrochant au plafond comme les fils d'un pantin.
Voyons le résultat de la séance de psychanalyse... push play...
Encore une intro, sans autre effort de dénomination mais loin d'être un coup pour rien.
La pulsation, en boucle (presqu'un disque rayé), amène une vague d'inspirations à scratchs.
La respiration, courte, réduit le souffle vital à sa plus simple expression.
Dans une grande sobriété, Gita semble prêcher le bien, sans mal. "Expectations and revelations, a fresh creation..."
Le clavier déroule un tapis raz. Le rythme, légèrement contrarié, créé la syncope trip-hop avec un son, mélangeant la batterie naturelle et le pad électro (boite vintage TR-808 semble-t-il).
Les vocaux, fluides, ondulent sur quelques touchers de cordes dans un mouvement me rappelant Neneh Cherry.
Un trémolo malaisant, au synthé toujours, vibre entre deux strophes. La sérénité l'emporte pourtant dans 'I used to blame others' qui fait ce constat de responsabilisation.
Un coup profond creuse le sillon. Un claquement enchainé, décalé, s'agrippe comme un ornement.
Des bruits métalliques ressemblent au son d'une vieille machine à écrire. Un accord à la guitare enfle la mélancolie. Gita s'interroge "Is this the love I want?".
La voix, qui avait commencé à la cadence rectiligne d'une récitation, se réchauffe et gagne en profondeur en évoquant Portishead.
Le balancement final, instrumental, mêle guitares et synthé dans une belle effervescence avant de s'interrompre dans le vide.
'Sweet and slow', envoutant, porte bien son nom.
Sur le clip, un oeil nous fixe, en plein écran de vieux postes TV, posés sur les marches en pierre d'une sorte de caverne, progressivement envahie par une eau noire.
Derrière un arpège sombre, une machine lâche d'abord des sanglots gonflés sur une série de coups bas, formant le motif de base, les fioritures sur les cymbales viendront plus tard.
Entre les larmes, une nouvelle esquisse à la guitare tisse un fil pour un filet de voix qui encourage la pleine conscience "To the sun and the moon, the sea I love this all".
'Blackwater' et le refrain appelle des choeurs en soutien. Au bout, une toile électrifiée gémit jusqu'à la reprise du thème au synthé. Fascinant!
Dans 'Blood Lily', un clavier nébuleux contredit à peine l' a capella fragile et languissant, tirant sur ses cordes pour obtenir des oh ohohoh-who à frémir.
"Maybe my relationship to love is unhealthy" Triste et totalement dépouillée, cette mélopée touchante, à voix couverte, me fait penser à SADE, "I can't give you my heart".
Un frisson nostalgique passe alors à travers ce chant, porté, plus loin, par des choeurs discrets et deux synthés ondoyants.
Un nouveau souffle, tel un harmonium d'église, lance une rythmique tressautant à la Massive Attack. Les vocaux s'y baignent avec délectation, se répondant parfois.
Complètement hypnotique, le fluide harmonieux devient, par instants, plus jazzy.
Au bout du chemin, derrière des vocalises éthérées, un doux arpège insistant enfonce la mélodie de l'âme, griffée par des ongles électriques comme un arc en réverb.
Sur 'Painting in blue', la respiration vocale, cadencée par un souffle irrésistible, aura le dernier mot.
A l'écoute du premier EP, on ne pouvait pas prédire une telle évolution.
Tout en confirmant ses tendances, Gita les sublime avec ce nouveau disque.
Sans exploits, ni effets spéciaux, elle se transcende jusqu'à nous émerveiller et nous entrainer dans son vague à l'âme.
Combien de fois (Combien de fois?) ai-je bouclé sur les pistes qui s'estompaient bien trop vite? Magique!!
Tracklisting
1-Intro
2-I used to blame others
3-Sweet and slow
4-Blackwater
5-Blood lily
6-Painting in blue
Composer: Arjuna Vlasblom
Lyricist: Gita Buhari


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