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Lughnasad, la grande fête celtique du mois d'août

Par Amaury Piedfer

Chaque année, les anciens Celtes fêtaient au début du mois d’août la grande fête de Lughnasad (ou Lugnasad). Il s’agit de l’une des quatre grandes fêtes spécifiquement celtiques, avec Maponos, Samain et Beltaine. Comme la plupart des fêtes antiques indo-européennes, elle est liée tout à la fois au cycle agraire – c’est partout dans l’Europe tempérée le temps des moissons- et au cycle cosmique, dont les hommes ont connaissance grâce à l’observation des astres. Il en subsiste des traces aujourd’hui, sous diverses formes, dans les pays de l’ancienne Keltia, comme par exemple la fête de la Vierge, célébrée en France le 15 août. Mais c’est la tradition irlandaise qui conserve le plus de vestiges des croyances et des pratiques de nos ancêtres.

Contrairement aux solstices et équinoxes, fêtes pré-celtiques à détermination solaire et qui reviennent à dates fixes, les fêtes celto-druidiques, qui marquent le début des saisons sont à détermination lunaire, c’est-à-dire que la date de leur célébration est choisie en fonction des cycles de la lune. La fête de Lughnasad, qui débute l’Automne, devrait être célébrée à la Pleine Lune la plus proche du 1er août, date en fait souvent matériellement retenue pour plus de commodité.
Lughnasad est placé sous le signe zodiacal du Lion qui représente la culmination végétale, la plénitude du fruit, toute magnificence ou maturité sous le plus éclatant soleil de l’année. C’est la dernière fête de l’abondance, les dernières récoltes, la Fête des Moissons et sa plante symbolique est le blé qu’on consomme pour la circonstance sous diverses formes (bouillies, pains, gâteaux, etc.) : le grain de blé enfoui dans la terre meurt en hiver pour renaître au printemps et porter les épis de l’été, et symbolise le cycle éternel de la vie et de la mort, ainsi que celui des transformations. 

Pieter Bruegel, La Moisson, 1565. Depuis la période néolithique et jusqu'à nos jours, la moisson est un moment capital de la vie agraire des sociétés européennes.

Si on manque de références proprement gauloises, on sait que dans l'Irlande ancienne, Lughnasad est un divertissement collectif de plein air où toutes les classes sociales sont tenues de participer, et constitue aussi une trêve militaire puisque les guerriers y viennent sans armes.On s’y livre à des courses de chevaux, d’hommes et de femmes. C’est d’ ailleurs lors d’une telle épreuve que la déesse Macha, qui était alors enceinte et que l’on contraignit d’affronter les chevaux du roi à la course, gagna cette course en donnant naissance à deux jumeaux, et pour se venger des Ulates (sauf Cuchulainn), lança sa fameuse malédiction en les condamnant à connaître les souffrances de l’enfantement durant cinq nuits et quatre jours à chaque fois où le royaume était en danger.
La foule se presse pour assister à des luttes et à des régates, à des expositions de chefs- d’œuvre, à des concours d’éloquence et de musique et à des tournois d’échec (comme celui où Lug battit le roi Nuada : symboliquement, par sa victoire, Lug l’artisan s’approprie la marche complète du monde et le vieux roi, Nuada, l’accueille alors à la place d’honneur et lui transmet son pouvoir).

La fête est prétexte à une grande foire qui perdura longtemps et dont on trouve encore quelques exemples aujourd’hui, où se vendent et s'achètent toutes sortes de biens et produits, y compris des concubines comme le rapporte Henri Hubert. On y célèbre aussi des mariages et l’on y conclue des alliances. Mais surtout on y répartit tous les biens de consommation et de production issus de ce qui appartient à la collectivité, et non au seul individu. En fait toutes les richesses du royaume : terres, produits de la terre, bétail, etc.C’est le roi qui se chargeait de cette redistribution et de cette répartition en sa qualité de Distributeur. L’enrichissement personnel en général était considéré comme une tare par nos ancêtres, mais c’était encore beaucoup plus grave en ce qui concernait le Roi Distributeur des biens, et le fait de garder pour lui ces richesses était considéré comme un crime et puni de la peine de mort.De la même manière et par extension, le roi était le garant de la richesse et de la productivité du territoire dont il avait la charge, une série de mauvaises récoltes entraînait sa responsabilité, sa destitution et son exécution si sa responsabilité volontaire (circonstance aggravante) était reconnue.

Lughnasad signifie l’Assemblée de Lugh qui est le grand dieu pan celtique, tout à la fois dieu solaire (apparence lumineuse) et chthonien (de la terre et du monde souterrain : son oiseau est le corbeau), et dieu des arts et techniques dans lesquels il excelle tout à la fois.
Mais Lughnasad, c'est aussi Lugh qui fête sa mère adoptive : Tailtiu. En mourant d’épuisement, comme elle l'a fait, d’avoir transformé les forêts d’Irlande en verts pâturages et riches plaines fleuries de trèfles (emblème de l’Irlande ), Tailtiu assure par son sacrifice la pérennité et le bien être matériel de son peuple (« blé et lait dans chaque maison, paix et temps agréable »). Étymologiquement, c'est le nom de la Terre et si c’est avant tout le nom d’un site bien localisé dont la légende a fait une Déesse éponyme, Teltown où se déroulent les fêtes de Lughnasad, Tailtiu est en fait une des personnifications de l’Irlande, c’est à dire par extension, de l’Univers.Enfin, la fête de Lughnasad représente un point culminant dans les rapports entre le Roi et la déesse de la Terre (qui équivaut à une confirmation de souveraineté puisque c'est toujours la déesse qui donne la souveraineté au roi).

Représentation de Taranis sur le chaudron de Gundestrup (IIème siècle av. J.-C.)
On se rappelle aussi au passage que s’il faut en croire l’interprétation de Jean-Jacques Hatt du chaudron de Gundestrup, c’est à ce moment là que la Grande Déesse gauloise (de la Terre), Rigani, abandonne son époux terrestre pour rejoindre Taranis le dieu céleste (roi du Ciel) et dont l’Assomption chrétienne, fêtée le 15 août pourrait être une réminiscence.
Omios.

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LES COMMENTAIRES (1)

Par esus
posté le 17 août à 00:35
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histoire du jeu d échec La plupart des historiens sont maintenant d'accord pour dire que les pièces les plus anciennes datent d'autour de l'an 600. C'est également la date approximative des premières références aux échecs dans la littérature. L'auteur en est un Perse qui fait état d'un jeu semblable au nôtre appelé chaturanga et venu de l'Inde par les grandes routes marchandes. Si on ajoute quelques dizaines d'années pour que le jeu entre dans les mœurs et qu'on commence à en parler, puis qu'il fasse son chemin jusqu'en Perse, on peut supposer que le jeu d'échecs a été inventé en Inde au cours du VIe siècle de notre ère.

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