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Eugenio Montale – Non, nous ne savons pas quel lendemain…

Par Stéphane Chabrières @schabrieres

Eugenio Montale – Non, nous ne savons pas quel lendemain…Non, nous ne savons pas quel lendemain
nous tirerons au sort, sombre ou joyeux ;
peut-être notre chemin
nous mènera-t-il à d’intactes clairières
où murmure éternelle l’eau de jouvence ;
ou ce sera peut-être une descente
jusqu’à la fosse extrême,
dans la nuit, tout souvenir du matin évanoui.
Des terres étrangères, encore,
nous accueilleront peut-être : nous perdrons
la mémoire du soleil, de notre esprit
tombera le tintement des rimes.
Oh, la fable qui exprime
notre vie, soudain
se changera en sombre histoire qui ne se raconte pas !
Pourtant d’une chose tu nous assures,
père, celle-ci : qu’un peu de tes dons
est passé pour toujours dans les syllabes
que nous emportons, abeilles bourdonnantes.
Nous partirons loin, conservant un écho
de ta voix, comme se souvient
du soleil l’herbe grise
dans les cours assombries, entre les maisons.
Et un jour ces paroles muettes
qu’avec toi nous avions nourries
de lassitudes et de silences,
sembleront à un coeur fraternel
toutes savoureuses de sel grec.

*

Noi non sappiamo quale sortiremo
domani, oscuro o lieto;
forse il nostro cammino
a non tòcche radure ci addurrà
dove mormoni eterna l’acqua di giovinezza;
o sarà forse un discendere
fino al vallo estremo,
nel buio, perso il ricordo del mattino.
Ancora terre straniere
forse ci accoglieranno; smarriremo
la memoria del sole, dalla mente
ci cadrà il tintinnare delle rime.
Oh la favola onde s’esprime
la nostra vita, repente
si cangerà nella cupa storia che non si racconta!
Pur di una cosa ci affidi,
padre, e questa è: che un poco del tuo dono
sia passato per sempre nelle sillabe
che rechiamo con noi, api ronzanti.
Lontani andremo e serberemo un’eco
della tua voce, come si ricorda
del sole l’erba grigia
nelle corti scurite, tra le case.
E un giorno queste parole senza rumore
che teco educammo nutrite
di stanchezze e di silenzi,
parranno a un fraterno cuore
sapide di sale greco.

***

Eugenio Montale (1896-1981)Os de seiche (Ossi di seppia, 1925)Poèmes choisis: (1916-1980) (Poésie/Gallimard) – Traduit de l’italien par Patrice Dyerval Angelini.


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