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La puce à l'oreille : Avoir un compas dans l'oeil.

Par Carlitablog666
Blog de carlitablog : Tendance et Rêverie, La puce à l'oreille : Avoir un compas dans l'oeil.

Puisque c'est le jour de faire plaisir et que cette dent me fait encore tourner la tête, (note de l'auteur : je viens de me relire et ce n'était pas fait exprès), faisons plaisir à Sylvie avec la jolie expression :

Avoir un compas dans l'oeil.

Estimer, apprécier exactement des distances, des proportions sans prendre de mesures.

Un compas est un instrument de mesure. En géométrie, il se compose de deux branches articulées destinées à tracer des cercles parfaits ou à reporter des distances. Dans la marine ou l’aviation, c’est une boussole qui permet de ne pas perdre le nord magnétique.

L’expression avoir le compas dans l’oeil, apparue en 1740, signifie donc qu’il n’est pas nécessaire de posséder un instrument de mesure pour juger avec exactitude les distances … C’est être capable de mesurer quelque chose au premier coup d’oeil.

Il semblerait que ce soit Louis de Rouvroy, Duc de Saint-Simon, qui emploie pour la première fois cette locution en parlant de Louis XIV dans ses “Mémoires“ rédigées de 1723 à 1750 et publiées en 1829. Cependant dès 1805, d’autres auteurs utilisent cette expression comme le montrent les citations suivantes:

  • ” “S’asseoir sur le boisseau”. - “Mettre la règle dans sa tête” (pour en débarrasser ses mains). - “… le compas dans l’oeil”, disait Michel Ange. Cette expression est si nette et par cela même si naturelle que le peuple l’a partout et qu’elle sera pour toujours adoptée dans tous les lieux où elle sera dite et par tous ceux qui l’auront entendue une seule fois. Toute parole qui exprime bien une pensée est son vêtement, son corps propre, son accompagnement inséparable, son associé naturel.

Joseph Joubert, “Carnets”, 26 février 1805 (tome 2, p.33)

  • COMPAS. - On voit juste quand on l’a dans l’oeil.”

Gustave Flaubert, “Dictionnaire des idées reçues”, (posthume 1911, p.342)

  • “Sur deux tableaux d’une entière blancheur, une ligne noire avait été tracée. La longueur de chacune de ces ligues était mathématiquement la même, car on l’avait déterminée avec autant d’exactitude que s’il se fût agi de la base du premier triangle dans un travail de triangulation. Cela fait, les deux tableaux étant exposés dans le même jour au milieu de la salle des séances, les deux concurrents s’armèrent chacun d’une fine aiguille et marchèrent simultanément vers le tableau qui lui était dévolu. Celui des deux rivaux qui planterait son aiguille le plus près du milieu de la ligue, serait proclamé président du Weldon-Institute.

Cela va sans dire, l’opération devait se faire d’un coup, sans repères, sans tâtonnements, rien que par la sûreté du regard. Avoir le compas dans l’oeil, suivant l’expression populaire, tout était là.
Uncle Prudent planta son aiguille, en même temps que Phil Evans plantait la sienne. Puis, on mesura afin de décider lequel des deux concurrents s’était le plus approché du point milieu.
O prodige! Telle avait été la précision des opérateurs que les mesures ne donnèrent pas de différence appréciable.”

Jules Verne, “Robur le Conquérant” (1886)

Notons par ailleurs que par son étymologie cet outil a donné naissance à différentes expressions ayant un lien avec la marche ou les jambes. En effet, le déverbal “compas” vient directement de compasser lui même dérivé du bas latin compassare: “mesurer avec ses pas” puis “mesurer exactement”. Les jambes étant dans ces expressions comparées aux tiges du compas on dit parfois “allonger le compas” pour “marcher vite” et “faire son compas” pour “s’enfuir”.


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