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Le lent déclin de l'empire luxembourgeois

Publié le 24 novembre 2022 par Paulo Lobo

Le lent déclin de l'empire luxembourgeois
Il fait froid dans les allées du supermarché. On ne sait pas de quoi demain sera fait. Certains rayons sont tout près du bord du précipice. On se demande pourquoi. Je dévisage les gens, mais ils ne perdent pas la face. Ils n’ont plus de masque et pourtant ils ont l’air soucieux. Je n'ai pas envie de les morigéner, ils ont déjà bien du mal à joindre les deux bouts de ficelle au fond de leur poche.

Pourquoi fuient-ils mon regard insistant ? Certains n’étaient pas là hier, d'autres ne seront plus là demain. Je me demande à quoi ça sert de consommer, à part le fait, peut-être, de satisfaire ce besoin fondamental qui consiste à affirmer qu’on existe. Tous ces emballages qui jouent la carte du superflu. On n'est jamais que le produit de l’époque dans laquelle on vit. On croit affirmer sa personnalité, sa liberté, son intégrité, son exemplarité, son bon jugement, mais on est prisonnier de plein de choses, d'idéologies, de concepts et d'intérêts spéculateurs qui nous définissent et orientent. 

Quand il y a une catastrophe naturelle, tout le monde est solidaire de l’humanité en souffrance. Mais quand il y a une guerre, on n'est plus que des ennemis à abattre les uns pour les autres, des clans qui s’affrontent avec zèle et cruauté. 

Pas de pitié.

Je roule dans ma voiture, et je me dis tu fais déjà partie de l’histoire.

Quand je sors du parking dans le sous-sol, je suis englouti par une immense obscurité. Englouti, aspiré, phagocyté par le néant et son contraire.

Heureusement, les lampadaires restent allumés dans certaines rues. 

Extraordinaire solitude : qui es-tu, toi, que j’ai en face de moi, sinon le reflet de ma propre personne? Remets le disque s’il te plaît, te souviens-tu de cette chanson, te permet-elle revenir en arrière, de revivre cet instant que tu pensais perdu? Te revois-tu dans la glace, plus ou moins net, plus ou moins flou, plus ou moins fou? La revoyure du film dans toute sa fraîcheur, dans toute sa prime jeunesse, est-elle encore possible ? 

Les 400 coups. Les 55 jours de Pékin. Chinatown.

Tu as bien essayé, mais il faut croire que tu t'es trompé. Tu n’es pas né à la bonne époque. 

Prends des notes, réfléchis à l'insoutenable légèreté de ton être, peut-être auras-tu une deuxième chance, une deuxième vie, une nouvelle éternité ? Tu n’as jamais été fort en peinture ou en dessin. Qui sait, un jour, tout recommencera, tu te retrouveras au même endroit, tu te demanderas pourquoi moi, pourquoi ici, pourquoi maintenant. 

J'avais peur du noir, de la lampe éteinte et du gouffre béant. Dans ma tête, des vagues et un océan, des rivières et la forêt, une grande ville et un parc central.

Tu circulais en bus, en train, en bateau, en tram et en métro. Et surtout à pied. Dans la grande ville, tu te perdais, et tu aimais ça.

Un jour, on pense qu'on a tout compris, le lendemain on est obligé de demander pardon.

Le respect des anciens n'est plus à la mode, l'heure est au déboulonnage de statues.

Une horde de sauvages lancés à la poursuite du moindre vestige dans le paysage. Il faut tout effacer.

Ce qui était blanc est devenu noir, ce qui était juste est devenu délictueux; ce qui était impropre est devenu admirable.

La valse des pantins.

Cherche les fils, plus invisibles que jamais, c'est pourtant eux qui te dirigent.

Un jour, les statues n'auront plus aucun mot à dire, car nous n'obéirons qu'à d'obscurs algorithmes.

A la solde de qui, de quoi, ces algorithmes ?

Un système, un plan machiavélique, une domination du haut sur le bas, un abîme creusé entre les oppresseurs (l'élite, quelques élus) et les opprimés (la masse).

Donnez-leur des jeux et du sexe; qu'ils désapprennent à lire et à penser; qu'ils soient égocentriques et enfants bêtes, juste bons à s'engraisser et à servir.

Triste monde de fantoches et guignols.    


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