Quand j'ai été engagé au bureau, après 3 ans et demi sur la route, je devenais gestionnaire de données. GESTIONNAIRE DE DONNÉES.
C'est-à-dire que je gérais, conformisait, importait les requêtes des 110 villes avec lesquelles nous faisons affaire. Je ne suis en contact avec quiconque exclusivement par l'écrit. Mon téléphone est candidat à la poussière et aux toiles d'araignées. Je dois réfléchir afin de me rappeler mon # de poste, ne connait aucunement le # du bureau par coeur, et ne répond jamais en direct. Ça ira toujours à la boite vocale d'abord. Peu doivent me rejoindre de toute manière. Je ne sais même pas transférer un appel et ne veut surtout pas le savoir. Le service à la clientèle c'était Stew Peed qui le faisait à mon entrée, puis, Simone & Garfield jusqu'en janvier dernier.
Mais ces deux-là ont quitté en janvier dernier. Stew, il y a plus de 500 jours. Nos courriels nous le rappellent quand un(e)égaré(e) tente de lui écrire et que c'est maintenant redirigé...vers moi.
Je gère la boite de courriel, ce que je fais depuis le début. Mais aucune autre communication en ce qui concerne cette horrible tâche qu'est le service à la clientèle, un corps de métier qui ne m'intéresse plus depuis plus de 20 ans n'émane de moi.


Christ non. Mon plan de match c'est qu'on engage quelqu'un pour le faire. Ce patron m'aime beaucoup et me trouve "une belle personnalité". Il me le dit continuellement. Ce n'est pas une raison pour me faire faire de ce que je déteste et pour quoi je ne n'ai ni été engagé ni ne suis payé. Je leur ai fait clairement savoir dans la réunion. Utilisant les termes "villes caves", complétant la phrase "Le service à la clientèle c'est... par d'la marde" ce qui en a fait rire trois autres.

Ne m'aimez aucunement comme ça, boss. Je prépare ma démission.
















Deux jours avant, samedi, nous étions, l'amoureuse et moi, à notre condo du Nord. Un Condotel. Donc un centre de réseau de spa où beaucoup d'étrangers viennent recharger leurs batteries pour la semaine, comme nous. Dans les grands bains, on est donc entre inconnus, même si techniquement chez nous. Et presque nu(e)s entre nous dans les bains chauds.


Samedi soir, Seul dans un bain tourbillon brûlant avec cette fameuse neige qui nous tombait sur la tête, il y avait aussi cette sculpturale jeune fille pas loin de moi. Je l'avais remarquée la veille, parce que je ne suis pas fait en bois. Mais cette fois, c'est elle, téléphone en main, qui me dévisageait. Elle me regardait comme si elle voulait me parler. Elle était très charmante. Je lui ai souri, elle m'a répondu généreusement. Elle était avec d'autres gens, ça en est resté là. J'avais aussi mon téléphone.
Mais dimanche matin, en faisant mon jogging en salle sur tapis roulant, elle est soudainement apparue à mes côtés. Quand j'ai accès à un tapis du genre, j'y cours une demi-heure. Nous n'étions que tous les deux dans le mini-gym. Je joggais en écoutant ma musique sur mon téléphone.

"Bonj...on se connait ?"
"Tu ne me connais pas, mais moi je te connais. Je te lis tous les jours. Tu m'intéresses toujours. Ou presque. J'aime ta curiosité, ta sensibilité, ton style me plait..."
O.K....J'étais charmé. Mais aussi en couple. Et elle aussi si je ne me trompais pas, Je comprenais soudainement les regards épatés de la veille, J'étais tout à coup, Johnny Depp. J'ai enchainé.
"C'est quand les moments où je ne t'intéresse que "presque" ?" ai-je dit, toujours en courant. J'avais moi-même deux noisettes très noires et perçantes dans le regard.

Ce boost d'ego me faisait accélérer le pas.
"Je dois y aller, mais continue, tu m'intéresses beaucoup" m'a t-elle dit, avec le sourire le plus stimulant pour un joggeur cherchant un second souffle.

Elle s'est retournée vers moi, m'a lancé un regard fort invitant, a laissé tomber sa jaquette dévoilant son splendide corps athlétique, m'a souri coquinement.
Je ne sais pas si ma bandaison était visible. Mais je courrais drôlement vite.

Dans mes oreilles "It's so embarrassing to need someone like I do you, how can I explain ? I need you here, and not here too"
Je ne voulais pas l'aimer comme ça. Mais je ne voulais pas non plus qu'elle m'aime comme ça.
Dans un film Français lointain, Sandrine Kimberlain et Vincent Lindon, Benoit Jacquot, je crois aussi, Kimberlain dit à Lindon: "Je n'aime pas comment tu m'aimes!" outrée.

Cette ligne m'était souvent restée en tête. Qui a raison ? qui a tort ? Je n'arrivais jamais à la même réponse.
C'est Sandrine qui a raison. Je le sais maintenant depuis longtemps. Si vous ne vous aimez pas comme quelqu'un d'autre vous aimes. Vous êtes perdus.
Au travail, je suis perdu.
J'ai des pistes d'ici le 22 mars.
