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L’arc-en-ciel est emmitouflé dans sa botte de foin

Publié le 19 mars 2023 par Paulo Lobo

Vous voudriez me faire croire que l‘arc-en-ciel est caché dans une bonne nuit de sommeil.

Je ne partage pas votre opinion. Il faudra probablement disperser la foule toujours encline à s‘incliner devant la moindre petite bourrasque. Les dés sont jetés et ils se vautrent dans la fange des jours. Il faut appeler les pompiers avant que le feu ne s’éteigne. Il faut compter les écoliers dans la cour, en espérant qu‘aucun ne manquera à l‘appel.

La rumeur court qu‘un condamné à mort s‘est échappé. 

Qui sait ce qu’il est capable de faire en désespoir de cause? 

Vous cherchez la Belle ? 

Oui, je suis la Bête. 

Fuyez, misérable, et prenez tous ces livres avec vous. 

Je les brûlerai par peur du châtiment. 

Mais avant cela, je les lirai et apprendrai par cœur. 

Je tiens à vous laisser passer, Madame.

Appelez-moi mademoiselle, cela rime mieux avec caravelle. 

J‘aime le bruit du vent. 

Te rappelles-tu cette séquence bouleversante, dans la salle obscure, l’écran rayonnait, je me recroquevillais dans le siège, je ne pensais pas que le film aurait une fin. 

Comme dans la vie. 

Vois-tu tous ces gens qui savent mieux que les autres? 

Insupportables. 

Aujourd’hui, tout le monde affirme savoir mieux que les autres.

On vit dans le monde des gens qui savent, des gens qui jugent, des gens qui méprisent. 

Et moi, et moi, et moi, je m’enflamme.

Qui vas-tu admirer, qui vas-tu imiter, qui vas-tu écouter? 

Depuis tout petit, j’ai appris à me coller une étiquette sur le front, pour exister face aux autres, pour avancer dans l’existence, pour clamer « je suis moi », et petit à petit, j’avance, j’existe, jusqu’à ce que, petit à petit, progressivement, l’âge avançant, je me dis, ça m’a bien servi, mais maintenant ma carapace est toute froissée, toute abîmée, toute jaunie. 

Les peuples se laissent facilement berner par les idéologues malins. Aux armes, etc. Il faut défendre la liberté, il faut abattre le tyran, il faut guerroyer, le cœur léger. 

Vraiment, Monsieur le Président. 

Poursuivez, causez, vous m’intéressez.

Les travailleurs bientôt n’auront plus de boulot. Ils devront ranger leurs outils et rester à la maison. 

Bientôt. 

Il faudra inventer un nouveau combat, une nouvelle histoire. 

Calmez-vous, c’est bientôt la fin du monde, même si ça lui ressemble.

Que voulez-vous, les gens sont drogués, on leur a volé leur argent de poche et ils n’en ont rien à cirer.

Chassez-les, faites en sorte qu’ils quittent le pays, faites leur croire qu’il existe un ailleurs plus beau et moins douloureux. 

Peignez un tableau et éteignez-le

Les éclairages n’ont plus la cote.

L’arc-en-ciel est emmitouflé dans sa botte de foin


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