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En attendant Godeau

Publié le 18 août 2008 par Ffievre

Dans la pièce de théâtre Le Faiseur de Balzac (1851), M. Mercadet est un homme d'affaires ruiné qui vit sur le dos de ses créanciers. Pour rassurer ceux-ci quant à sa solvabilité et pour les faire patienter, il invente le personnage de Godeau, parti aux Indes depuis plus de 10 ans et supposé titulaire des actions et dividendes qui lui permettront de rembourser ses dettes. Sachant ce personnage fictif et devant répondre à des créanciers de plus en plus pressants, M. Mercadet se met en tête de marier sa fille à un riche héritier. Sa femme, sur les conseils malavisés de son amant, convainc son mari du choix de marier sa fille Julie à un certain M. de la Brive (en fait un homme affreusement endetté connu sous le nom de M. Ménichon). Julie, quant à elle, n'a d'yeux que pour M. Minard, un jeune homme tout à fait honnête mais hélas sans le sou.
Sur fond de satire sociale du mariage et de ses petits arrangements, cette farce moque les bassesses de la bulle spéculative, les déboires d'usuriers, créanciers et capitalistes face à l'éternelle inconnue de l'équation économique. Tous avancent des fonds à M. Mercadet qui sait amadouer ses interlocuteurs, mais ne propose pour seule garantie que des promesses. La spéculation ne repose que sur la confiance des investisseurs, c'est-à-dire sur du vide. C'est exactement la même chose avec l'histoire des subprimes : les banques américaines ont accordé des milliers de crédits immobiliers à des acteurs non solvables. Ces fonds ont fait l'objet d'une spéculation incontrôlée, passant de main en main, jusqu'au jour où on s'est rendu compte que la masse monétaire engagée initialement reposait sur du vent. D'où une crise monétaire internationale.
Dans Le faiseur (nouveau mot inventé par Balzac : un « faiseur » est un homme qui tente cent affaires sans en réussir une seule, et rend la confiance publique victime de ses entraînements), c'est un peu le même principe, mais à moindre échelle et sous forme de farce. Néanmoins tous sont tributaires d'un homme imaginaire, Godeau, et d'un mariage arrangé sous lequel se cache un fiasco grotesque. Mercadet sait bien, lui, que Monsieur Godeau n'existe pas. Alors, va pour le mariage. Cependant quand le faussaire monsieur Ménichon se trouve dévoilé par le faussaire M. Mercadet, alors tout vole en éclat. Chacun espérait l'un de l'autre renflouer ses dettes grâce à un mariage juteux, mais nos deux poulets se trouvent bien plumés. Certains observateurs prédisent déjà une faillite spectaculaire, un effondrement boursier etc., non sans se frotter les mains, car le malheur des uns... En attendant, il y a encore une carte à jouer... Godeau. Et si Godeau revenait vraiment ? Godeau, envoyé par la Providence ; Godeau, le Sauveur ; Godeau et ses richesses pharaoniques ; Godeau ! C'est la figure de proue du capitalisme. Il suffit d'y croire.
Quand Godeau arrivera-t-il ? Quand on s'y attendra le moins.
Comme le Père Noël, il distribuera des cadeaux à tous, il rendra les coeurs heureux, il réconciliera les personnes.
Ainsi s'installera la situation favorable, propice au montage de grandes affaires encore plus folles !
Quand Godot arrivera-t-il ? Quand on ne l'attendra plus.
Et Samuel ? Je crois qu'il a sa petite idée sur la question. Mince il est déjà parti...
Note : j'ai cherché un peu sur Internet, et même si cela revient souvent comme une éventualité, la filiation Godeau-Godot ne me semble pas avérée. A bon entendeur !

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