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Tout ça n’est que du vent

Publié le 10 janvier 2025 par Paulo Lobo

Tout n’est vent
Pourtant, c'est là-bas que ça se passe. C'est là-bas que ça se tasse. Ici, c'est le néant absolu. Un néant qui remplit ma tête. Un néant qui remplit mon être. Tout en sachant que c'est un néant fictif, j’ose à peine y croire. Je cherche la serrure dans le noir. Je n'arrive pas à ouvrir la porte. Dehors, il fait froid. Je pense qu'à l'intérieur, l'air doit être plus doux. Mais je n'en suis pas sûr car cette maison ne semble pas être mon adresse. Je ne sais pas où je suis d'ailleurs. Je sais juste que j'ai oublié ma personne. Je sais juste que j'ai une serrure en face de moi et qu'il doit exister une clé pour ouvrir cette serrure. Ce qui se cache de l'autre côté m'est inconnu. J'aime ce qui est inconnu, en même temps cela me fait peur. J'ai toujours eu peur de perdre la partie. D'un autre côté, j'ai toujours été un mauvais perdant. Non, j'ai toujours été un bon perdant, félicitant le gagnant, m'acharnant d'ailleurs à perdre afin de ne pas nuire à l’autre, afin de ne pas le chagriner. J’ai souvent préféré que l'autre gagne et que moi je perde. Je ne sais pas quelle en est la raison. Il me semble que j'ai toujours compris que gagner ou perdre, cela revient au même. La vie est un jeu dont on sort toujours perdant. Même si, au fil des différentes étapes de l'existence, on a parfois l'impression qu'on gagne, au final, ce ne sont que de petites batailles et de petites victoires éphémères. La grande guerre, la guerre de l'existence, la guerre générale, la guerre mondiale, on la perdra toujours. En attendant, il faut attendre. Il faut essayer de comprendre les petits pas qui sont possibles, les petits pas que nous pouvons faire pour passer le temps, pour nous amuser, pour parler avec les autres, avec les arbres ou avec les oiseaux. En attendant, il faut attendre tout en faisant des choses. Il faut se donner une certaine consistance. Il faut exister. Il faut réfléchir et se poser des questions. Tout cela est le lot des mortels.

Il m'arrive de plus en plus de perdre des mots. Je ne sais pas où je les ai rangés, je ne sais pas où je les ai égarés. Parfois, je cherche. Il semble que le mot est sur le bout de la langue, et en fait, je ne le trouve pas. Je tords la langue dans tous les sens. Je cherche. Mais je ne trouve pas le mot. Il a dû prendre la poudre d’escampette. Il a dû prendre la clé des champs. Et moi, je le cherche. Petit mot, petit petit, pourquoi tu m'échappes ? Alors, il faut que je me fasse une raison. Il faut que je me dise, tant pis, ce mot a disparu de mon vocabulaire. Ce mot a disparu de mon placard. Trouvons-en un autre, mais l'autre ne sera jamais pareil. Les mots sont des inventions étranges. On en trouve de toutes sortes, dans toutes les langues, dans toutes les variations. Mais il y en a quelques-uns auxquels on s'attache davantage, parce qu'ils sont liés à notre existence. Ils nous ont accompagnés depuis nos jeunes années. Ils ont grandi avec nous. Et puis voilà, on les a sous la main. Parfois, on n'y pense même pas. Ils sont nos copains, nos potes. Puis un jour, on se rend compte qu'il y en a un qui manque. Il n'est plus là.Ne vous gênez pas, virgule. Entrez. Regardez... Tout cet étalage de luxe. Regardez tout ce que j'ai pu acquérir tout au long de ma vie. Regardez bien, parce que bientôt, je vais tout casser. Je vais tout jeter par terre. Je vais tout jeter dans le broyeur, je vais tout faire disparaître. Tout doit disparaître parce que rien ne sera plus comme avant. Avant c'était mieux, mais ça c’était avant. Demain sera encore meilleur. Je vois deux personnes de dos. Je ne sais pas si c'est un homme, une femme, deux femmes, deux hommes. Je ne sais pas s'ils sont vieux ou jeunes. Ils marchent. Ils ont deux sachets écologiques aux bras qui pendouillent dans le vide de façon assez désinvolte. Ceci n'est pas une vision poétique fulgurante, c'est simplement une étrange séquence hivernale.

Il fait nuit, la température est de 1°C, la ville est encore animée avec plein de gens qui marchent, avec différentes destinations, avec différentes pensées dans la tête. Pourquoi ne s'arrêtent-ils pas ? Pourquoi continuent-ils ? Que cherchent-ils donc? Et moi, face à cet abîme intersidéral ? Est-ce qu'il y a un souffle en esprit ? Quelle énergie est intégrée dans ma capsule ? Je voudrais bien m'effacer. Je voudrais bien cesser d'être moi. Planer au-dessus des choses, voler au-dessus des êtres, de façon plus ou moins invisible. Ne plus ressentir le poids de ma personne. Ne plus être accaparé par les obligations des jours et des nuits, de tout ce qui peut nous préoccuper. Je ne veux plus être accaparé par les préoccupations. Tout cela n'est qu'une question de temps. Je n'ai jamais compris ce qu'est le temps. Par contre, je sais qu'il y a certains jours de la semaine qui ont des couleurs plus jolies que d'autres. Je sais aussi qu'il y a des personnes, des êtres, qui sont plus beaux que d'autres. Mais évidemment, ceci n'est que mon jugement personnel. Je ne peux pas imposer ma vision aux autres. Il fut un temps où je rêvais d'élaborer des histoires. Je voulais idéaliser un héros au cœur de l'histoire qui, idéalement, sauverait le monde et gagnerait le coeur de sa belle dame sans merci. 
Mais tout ça aujourd'hui, ce n’est que du vent.

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