Après les pluies de roches et de débris, ce chapitre s’intéresse aux autres chutes collectives :
- Pluies néfastes ;
- pluie d’étoiles
- pluie de flèches dans l’Apocalypse
- autre pluie de flèches : la peste
- pleuvoir vers le haut
- Pluies fastes :
- pluie de manne
- pluie de fleurs
- pluie d’or
- Pluies comiques
Article précédent : 5 En suspens : pluies de pierres
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Pluies néfastes
- Pluie d’étoiles
- Pluie de flèches dans l’Apocalypse
- Autre pluie de flèches : la peste
- Pleuvoir vers le haut
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Pluie d’étoiles
Ce motif se rencontre par excellence dans les l’illustrations de l‘ouverture du Sixième Sceau :
Je regardai quand l’Agneau ouvrit le sixième sceau, et il y eut un grand tremblement de terre. Le soleil devint noir comme un sac de crin, la lune entière devint comme du sang, et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre, comme les figues vertes d’un figuier secoué par un vent violent. Apocalypse 6, 12-13
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Beatus Morgan, vers 950, Morgan Library MS 644 fol 112r
Beatus de Saint Sever, vers 1060, BNF Lat. 8878 fol 116r
Sixième sceau
Dans leur didactisme, les Beatus ne s’attachent pas à rendre le côté dynamique de la chute.
Dans le Beatus Morgan, les étoiles sont toutes descendues dans le registre inférieur, sous les deux figuiers.
En supprimant les arbres et en les remplaçant de manière allusive par les feuilles dans la bordure, le Beatus de Saint Sever insuffle un peu de mouvement : les étoiles quittent en bon ordre le registre supérieur, le ciel obscurci, pour peupler le registre inférieur.
Apocalypse glosée, vers 1250, BNF MS Français 403 fol 10r
Certaines Apocalypses anglo-normandes développent le parallèle entre les deux catastrophes : la chute des étoiles et la chute des villes. L’inversion apparente du soleil et de la lune s’explique ici par une tentative de représenter le soleil noir et la lune en flammes (sur cette inversion et sur la représentation de la chute des étoiles dans les diverses familles d’Apocalypses anglo-normandes, voir Lune-soleil : thèmes chrétiens ).
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Pluie de flèches dans l’Apocalypse
Le mot foudre apparaît à trois endroits du texte de l’Apocalypse. Certains Beatus le traduisent systématiquement par une pluie de flèches.
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La foudre du Trône de Dieu
Du trône sortent des éclairs, des voix et des tonnerres. Devant le trône brûlent sept lampes ardentes, qui sont les sept esprits de Dieu. Apocalypse 4,5
Beatus Morgan, 940-945, MS 644 fol 88r
Beatus de Gérone, vers 975
Le trône de Dieu
Pour illustrer « je fus ravi en esprit », les deux images montrent l’aigle de Saint Jean près du trône, relié à sa bouche par un tortillon blanc, tel un missile filoguidé.
Dans le Beatus Morgan, l’inscription se limite à FULGURA, tandis que dans celui de Gérone on lit FULGURA ET VOCES : les voix sont probablement figurées par le tortillon blanc qui fait le tour de la mandorle et accueille l’autre tortillon, montrant de manière subtile que la voix du prophète se mêle à celles qui acclament Dieu.

La foudre de l’encensoir renversé
Et l’ange prit l’encensoir, le remplit du feu de l’autel, et le jeta sur la terre. Et il y eut des voix, des tonnerres, des éclairs, et un tremblement de terre. Apocalypse 8,5
Beatus Morgan, 940-945, MS 644 fol 133v
Beatus de Gérone, vers 975
Ouverture du septième sceau
Dans le Beatus Morgan, l’inscription précise FULGURA ET VOCES : ce pourquoi, de l’encensoir allumé, puis renversé par l’ange, s’échappent des flèches et des tortillons rouges.
Dans le Beatus de Gérone, seul FULGURA est mentionné. La présence centrale de l’autel divise les flèches en deux pluies, ce qui fait perdre le lien mécanique avec l’encensoir renversé : le dessinateur a donc évité de le représenter et a placé entre dans les mains de l’ange un objet métallique énigmatique, en forme de X ou de croix [42].
La foudre du septième ange
Le septième ange versa sa coupe dans l’air. Et il sortit du temple, du trône, une voix forte qui disait: C’en est fait! Et il y eut des éclairs, des voix, des tonnerres, et un grand tremblement de terre, tel qu’il n’y avait jamais eu depuis que l’homme est sur la terre. Apocalypse 16,17-18
Beatus Morgan, 940-945, MS 644 fol 193r
Beatus de Gérone, vers 975
Le septième ange
Le texte des Beatus est légèrement différent :
Et il y eut de la foudre et de la grêle
ET FACTUS EST FULGURA ET GRANDO
Les flèches représentent la foudre et la multitude de points la grêle.
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Autre pluie de flèches : la peste
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Madonna del Popolo, Pietro Alamanno, 1485, église collégiale, San Ginesio
En Italie, la pluie de flèches symbolise la peste qui s’abat sur les hommes, protégés par le manteau de la Vierge de la Miséricorde. Ces flèches qui tombent verticalement, sans main qui les lance, s’apparentent à la figure de la pluie de pierres.
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Pleuvoir vers le haut
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La fumée du puits de l’abîme
Le cinquième ange sonna de la trompette et je vis une étoile qui était tombée du ciel sur la terre. La clé du puits de l’abîme lui fut donnée. Elle ouvrit le puits de l’abîme et une fumée pareille à celle d’une grande fournaise monta du puits; le soleil et l’air furent obscurcis par la fumée du puits. Des sauterelles sortirent de la fumée et couvrirent la terre, et un pouvoir semblable à celui des scorpions de la terre leur fut donné. Apocalypse 9,1-3
Beatus Morgan, 940-945, MS M.644 fol. 140v
Beatus de Gérone, vers 975
Le cinquième ange
L’image suit le texte avec une précision redoutable : on voit l’ange tenant la clef au fond du puits, à côté de l’étoile, et la fumée qui remonte jusqu’au soleil obscurci, en émettant latéralement des scorpions.
L’attaque des grenouilles

Bible (France du Nord), 1240-50, Morgan Library, Morgan MS M.638, fol 8r
La première image montre la confrontation entre Aaron et les mages d’Egypte, pour savoir qui a la plus puissante (la verge). Dans les trois autres images, Aaron frappe le sol avec sa verge victorieuse, déclenchant trois plaies consécutives :
- le fleuve changé en sang ;
- les grenouilles qui « monteront sur toi, sur ton peuple, et sur tous tes serviteurs » (Exode 8,4)
- la vermine :
« Toute la poussière de la terre fut changée en poux » (Exode 8,17),
« Il vint une quantité de mouches venimeuses dans la maison de Pharaon et de ses serviteurs » (Exode 8,24),
La capacité sauteuse des grenouilles permet de les représenter en suspens, sans pour autant qu’elles ne montent sur Pharaon. Pour les animaux infamants que sont les poux et les mouches, l’artiste a prudemment choisi, par décence, de les laisser sur le sol, l’attaque étant seulement suggérée par le geste de se frotter les yeux : même d’Egypte, un roi est un roi.
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Pluies fastes
- Pluie de manne
- Pluie de fleurs
- Pluie d’or
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Pluie de manne
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Psautier de Stuttgart 820-30 (Saint Germain des Près) Stuttgart, Württembergische Landesbibliothek, Cod.bibl.fol. 23 fol 91v
Bible historiale de Guiard des Moulins, 1300-25 BNF Français 160 fol 54r
Les Hébreux nourris par la manne dans le désert
Dès le début, il paraît naturel de représenter la manne par une pluie d’objets ronds, que le Psautier de Stuttgart met à équivalence avec la pluie de cailles :
Il commande aux nuées là-haut, il ouvre les écluses du ciel :
pour les nourrir il fait pleuvoir la manne, il leur donne le froment du ciel ;
…
Sur eux il fait pleuvoir une nuée d’oiseaux, autant de viande que de sable au bord des mers.
Psaume 77, 23-27
La Bible historiale préfère illustrer un autre moment de l’histoire :
Le soir, il survint des cailles qui couvrirent le camp; et, au matin, il y eut une couche de rosée autour du camp. Quand cette rosée fut dissipée, il y avait à la surface du désert quelque chose de menu comme des grains, quelque chose de menu comme la gelée blanche sur la terre… Moïse leur dit : C’est le pain que L’Eternel vous donne pour nourriture. Exode 16,13-15

Cène et Récolte de la manne
Speculum humanae salvationis, vers 1370, BNF Latin 511 f.16v
Le Speculum humanae salvationis entérine l’association entre la manne et le pain de l’Eucharistie. Ce dessinateur oppose les treize assiettes néfastes, sur la table, et la multitude tombant du ciel comme autant d’hosties.
La Cène, fol 29v
Récolte de la manne et promenade en barque, fol 30r
Heures de Louis Quarré, après 1498, Bodleian Library MS. Douce 311
Cette association est encore vivante à l’âge d’or des Livres d’Heures gantobrugeois : la récolte de la manne apparaît ici en bordure comme un petit motif décoratif, mais qui a gardé son lien symbolique avec la miniature principale, tout en s’enrichissant probablement d’une allusion à une coutume spécifique :
Cette bordure introduit les Heures du Saint-Sacrement, en référence à la pratique de faire pleuvoir des fleurs et des hosties non consacrées le dimanche des Rameaux ( [43], p 7)
La promenade en barque de la bordure inférieure est un motif profane associé au mois de Mai, qui intervient probablement ici pour exprimer l’idée de liesse (voir XXX 5.6 Un cas d’école : le Printemps et la promenade en barque ).
Simon Beining, vers 1515, Livre d’Heures, Rouen, BM, 3028 (Leber 0142) fol 76r IRHT
Pentecôte et pluie de manne
Ici c’est plutôt une analogie formelle qui est exploitée, entre la rayonnement universel de l’Esprit Saint lors de la Pentecôte, et la saturation du ciel et de la terre par la pluie de manne.
Le thème de la Largesse
Anne Margreet W. As-Vijvers ( [43], p 5) considère que les pluies de manne, de fleurs et de pièces d’or, se rattachent à la notion générale de la Largesse (Générosité), et qu’elles renvoient à des coutumes qui étaient effectivement pratiquée lors des festivités flamandes (voir aussi 5.2 Quelques types de bordures ).
Ceci n’exclut pas, dans certains cas que nous allons voir, une valeur symbolique plus spécifique.
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Pluie de fleurs
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Pentecôte, Heures de Marguerite d’Orléans, vers 1430, BNF Latin 1156B fol 156r, Gallica
De la même manière, les flammes émises par la colombe sont ici comparées aux tiges fleuries lancées du haut du ciel par des anges, et ramassées en bas par des jardinières (sur ces bordures exceptionnelles, voir 3 Les jardins oniriques du Maître de Marguerite d’Orléans).
Livre d’heures, 1475-1500, BSB Clm 28345 fol 88v 89r
Ce bifolium développe la même association d’idée entre la Pentecôte et la pluie de fleurs, en rajoutant la chute de la manne.

Livre d’Heures et de prières, Flandres ou Brabant, vers 1500, La Haye, MMW MS 10 F 14 fol 9r, eCodicesNL
A cause de son nom français, la pensée est la fleur du souvenir, en particulier des défunts [44]. La pluie de pensées est donc ici assortie au contexte douloureux de la Crucifixion ( [45], p 297). La promenade en barque festive, en revanche, lui est contradictoire. Comme la page vient juste après le Calendrier, dans lequel le mois de Mai est illustré par l’autre motif conventionnel de ce mois – la chevauchée à la campagne (voir 5.6 Un cas d’école : le Printemps et la promenade en barque) – il est possible que la marge inférieure ait été choisie pour le pur plaisir du commanditaire, sans intention religieuse.
Après des siècles de traditions graphiques, les illustrateurs gantobrugeois font feu de tout bois pour assurer une production massive, en sécularisant des motifs religieux, ou réciproquement.

Heures viennoises de Philippe de Clèves, 1480-90, ONB Cod. Ser. n. 13239 fol 106r
Comme le remarque Anne Margreet W. As-Vijvers ( ([43], p 7) , la pluie de violettes s’explique ici de manière bien différente. La prière prestigieuse du Salve regina est mise en valeur :
- par une personnalisation avec les emblèmes personnels du commanditaire (les violettes et le van) ;
- par un jeu avec le second degré particulièrement sophistiqué :
- la prière est inscrite un parchemin illusionniste,
- le semis de fleurs habituel des bordures ganto-brugeoises est rationnalisé en une pluie tombant devant un tapis, selon la convention de la Largesse ;
- au lieu des humains habituels, c’est une libellule en trompe-l’oeil qui reçoit la pluie de fleurs.
Cette page suggère par ailleurs que si la formule de la Largesse aux fleurs est plus rare que les autres, c’est par concurrence avec les bordures florales habituelles : il faut un déclic particulier pour l’actionner, soit symbolique dans le cas de la Crucifixion, soit égotique dans le cas de Philippe de Clèves.
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Pluie d’or
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Adoration des Rois, fol 42 et 43
London Hastings Hours, Add MS 54782, vers 1480
La pluie d’or vient ici opportunément commenter la miniature consacrée aux cadeaux des Rois Mages.
En dehors du cas rare et très délimité de la Largesse, la pluie d’or a pour marché principal l’histoire de Danaé, où elle est figurée de manière très diverse, entre pluie de grosses pièces, pluie fine, voir même subtilisation complète, comme nous le verrons dans le cas de la Danaé de Rembrandt (voir 10 Quelques grands maîtres du suspens : après 1500).
Je vais me limiter ici à un cas terminal, caricatural, et qui exploite à l’extrême toutes les harmoniques du thème.

Portrait de Mlle.Lange en Danaé
Anne-Louis Girodet de Roucy-Trioson, 1799, Minneapolis Art Institute
Les raisons de cette charge contre l’actrice célèbre sont bien connues, ainsi que les détails intimes dont elle est truffée [44a].

Commençons par les périphériques :
- miroir brisé (sa beauté surfaite) ;
- dinde portant une alliance à la patte, au croupion plumé par un enfant (son mari et son fils) ;
- rouleaux de parchemin brûlés, dont l’ASINARIA COMŒDIA de Plaute (son faux talent) ;
- statue d’ Abundantia éclairée par une flamme qui brûle les papillons de nuit (ses amants) ;
- la colombe CONSTANCIA qui s’enfuit en ayant brisé son lien ;
- la balance / joug qui retenait les deux colombes.

La pluie d’or induit une série de détail infamants :
- elle naît dans une toile d’araignée ;
- elle se dirige vers le sexe cupide ;
- une pièce d’or frappe au coeur la colombe FIDELITAS ;
- une autre frappe à l’oeil, ironiquement, le marquis de Beauregard, coincé entre un escargot et une souris prise au piège.
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Pluies comiques

Dans un panier (SCOOP !)
Fol 7r
Fol 25r
Fol 26v
Livre d’Heures, vers 1300, Cambridge Trinity College B.11.22
Un des principes des drôleries est de placer un objet usuel, disons un panier, hors de son contexte habituel :
- dans la main d’un homme-tronc qui tente de cueillir des fruits ;
- dans celle d’un singe comme équivalent d’un bouclier (avec une cuillère en guise d’épée) ;
- dans celle d’un homme qui regarde sans raison vers le haut.
Certains de ces motifs fonctionnent come des vignettes repositionnables, que l’on retrouvera dans différents manuscrits, associés à différents voisins (quelquefois au hasard, quelquefois selon une logique locale). Un autre mode de déchiffrage que tentaient probablement les lecteurs de l’époque consiste à sauter d’une occurrence à l’autre pour imaginer une petite histoire :
- un homme des arbres voulait cueillir des fruits,
- un singe lui a volé son panier,
- il l’a récupéré ainsi que ses jambes.
Fol 41r
Fol 73r
Livre d’Heures, vers 1300, Cambridge Trinity College B.11.22
(SCOOP !) Les deux dernières occurrences complètent la série :
- le singe, amateur bien connu de fruits, aide l’homme à remplir son panier, car cet arbre porte des oeufs : l’amusant est que ceux qu’il lâche vont en tombant écraser ceux du panier ;
- l’homme finalement décide de pondre les oeufs lui-même et les fait livrer à une amatrice.
Si on ne regarde que la dernière scène, comme Michael Camille ( [46], p 111), on peut y voir un nouvel exemple de scatologie médiévale courtoise :
« un homme accroupi défèque des excréments qui sont ensuite portés cérémonieusement à une dame ».
Si on regarde la série, on y voit progressivement le fruit se transformer en oeuf, le singe voleur en auxiliaire, et l’homme en poule. Nous allons voir que cette lecture en sauts de puce ouvre des perspectives d’interprétation fructueuses.
Dans une bouche

« Les voeux du paon » de Jacques de Longuyon, vers 1350, Morgan Library MS G.24 fol 23v
Le singe défèque souvent dans les drôleries, mais ici il vise bien.
Sur une tête

Décrétales de Smithfield, vers 1340, BL Royal 10 E IV fol 122
Cette image fait partie d’une bande dessinée qui s’étend sur plusieurs bas de page [47] où il est question d’un couple d’enfants élevés par un couple de lions, puis finalement baptisés. L’image représente probablement l’enfant retrouvant le lion qui l’a élevé, sa mère essayant de le ramener à elle et un oiseau intervenant par un jet de pierres pour empêcher cette séparation. Il s’agit probablement d’une autruche, connue pour ingérer des cailloux.
Dans un récipient (SCOOP !)
Fol 41v
Fol 410v
Bréviaire (Gand), 1300-25, BL Add 29253
Dans la marge verticale, un monstre défèque des fruits qui se transforment, en bas, en une pluie de pièces qu’un singe reçoit dans son écuelle. La boucle se ferme dans un bas de page de la fin du livre, où le singe restitue à l’arbre les pièces qu’il a ingérées.
Homme donnant une aumône à un pèlerin (Randall 439), fol 78
Homme vomissant des pièces dans le tablier d’un autre (Randall 475), fol 82
Psautier en latin (France), 14ème siècle, Copenhague, Kongelige Bibliotekn G.K.S. 3384, photos Randall [48]
Dans ce manuscrit, la chute des pièces est surtout un motif graphique amusant, permettant de relier les figurines de fin de ligne.
Fol 64r
Fol 157v
Psautier (Gand), 1320-30, Bodleian Library MS. Douce 6 fol 64r
Une tête en capuche amorce le thème du vomissement de pièces d’or, qu’on explique habituellement par une dérision de la monnaie. Ce vomissement est repris bien plus loin dans une image où la présence de l’écuelle rajoute de nouvelles pistes : celle d’une Avarice inversée (si l’écuelle est celle d’un mendiant) ou de l’excrément inversé (le vomi se transforme en nourriture).
Comme la tête grimaçante regarde du coin de l’oeil un roi-singe qui donne un message scellé à un singe messager, il est tentant de relier les deux drôleries, puisque les pièces comme le sceau sont deux emblèmes de la royauté : ce roi singe est absurde, car il inverse le trajet habituel des impôts, qui vont plutôt de l’écuelle au monarque.
Chansonnier de Zeghere van Male, 1542, Bibliothèque municipale, Cambrai MSS 125-28, tenor fol 83v
En dernier écho de ces pluies médiévales, cet oiseau lâche ses oeufs directement dans la poêle.
Dans l’air

Jehan de Grise, 1338-1344, Roman d’Alexandre, Bodleian Library MS. Bodl. 264 fol 112r
Le chien qui regarde vers les trois billes en suspens crée une connexion avec les joueurs de marelle : peut-être faut-il comprendre que la solution qu’ils recherchent, l‘alignement des trois pions, est en train de tomber du ciel.
1310-24, Gorleston Psalter, BL Add MS 49622 f142r
Jehan de Grise, 1338-1344, Roman d’Alexandre Bodleian Library MS. Bodl. 264 fol 56r
La corruption par un homme d’église trouve son comble en passant d’une dame à une nonne, et d’un vase à un autre.

Pontifical de Guillaume Durand, vers 1357, Bibliothèque Sainte-Geneviève, Ms. 143 fol 233
Les billes décoratives du fond camouflent les trois qu’il faut voir : celles qui s’échappent du croupion du héron en train d’engloutir son poisson.
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Article suivant : 7 En suspens : monter et descendre
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Dans cette image précédente (Apocalypse 7,2), l’illustrateur du Beatus de Gérone a montré l’ange montant vers soleil en tenant vers le bas « le signe du dieu vivant », pour demander aux quatre anges des vents de retenir encore les catastrophes. La croix métallique dirigée vers la terre pourrait représenter l’ordre inverse, celui de le déchaîner. [43] Anne Margreet W. As-Vijvers « More than Marginal Meaning? The interpretation of Ghent-Bruges Border Decoration », Oud Holland Vol. 116, No. 1 (2003), pp. 3-33 https://www.jstor.org/stable/42717759 [44] Dans les Heures de Boussu par exemple, une bordure mêle des crânes, des pensées et des myosotis (autre fleur du souvenir). [44a] https://en.wikipedia.org/wiki/Portrait_of_Mlle._Lange_as_Danae [45] Anne Margreet W. As-Vijvers, 14 FLOWERS OF MEANING.: THE INTERPRETATION OF MARGINAL DECORATION IN SOUTHERN NETHERLANDISH MANUSCRIPTS FROM AROUND 1500, dans The Green Middle Ages: The Depiction and Use of Plants in the Western World 600-1600, 2022, pp. 286-301 https://www.jstor.org/stable/jj.1231865.18 [46] Michael Camille, Image on the edge : the margins of medieval art, https://archive.org/details/imageonedgemargi0000cami/page/111/mode/1up [47] https://gorbutovich.livejournal.com/138792.html [48] Lilian M. C Randall, Images in the margins of Gothic manuscripts, 1966
