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8 En suspens : choses lancées

Publié le 13 juillet 2026 par Albrecht

Cet article est consacré à un mouvement conceptuellement différent de l’action naturelle de la pesanteur,  puisque résultant d’une action humaine :

  • pierres lancées ;
  • flèches lancées ;
  • autres projectiles ;
  • choses qui vont et viennent.

Article précédent : 7 En suspens : monter et descendre 


 Pierres lancées

  • David contre Goliath
  • Shimeï contre David
  • La vengeance de Nauplios
  • La lapidation de Saint Etienne
  • La lapidation de Jérémie
  • La lapidation de Saint Chrysanthe et Sainte Daria
  • Autres saints lapidés
  • Lapidation d’un homme pour viol du sabbat

David contre Goliath

Il mit la main dans sa gibecière, y prit une pierre, et la lança avec sa fronde; il frappa le Philistin au front, et la pierre s’enfonça dans le front du Philistin, qui tomba le visage contre terre. Ainsi, avec une fronde et une pierre, David fut plus fort que le Philistin; il le terrassa et lui ôta la vie, sans avoir d’épée à la main. Il courut, s’arrêta près du Philistin, se saisit de son épée qu’il tira du fourreau, le tua et lui coupa la tête. Samuel 17, 49-51

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La pierre côté David

La première solution graphique est de se placer avant le jet, en laissant la pierre dans la fronde.


David et Goliath 1160–1180 Winchester Bible (feuille isolée) Morgan Library M.619David et Goliath
Winchester Bible (feuille isolée), 1160–1180, Morgan Library M.619

Ici la position haute de la fronde suggère le lâcher imminent de la pierre.


David-et-Goliath-1225-40-Psalter-Staatsbibliothek-Bamberg-Msc.Bibl_.48-fol.-63r David et Goliath 1323-26, Jean Pucelle, Bréviaire de Belleville, , BNF Latin 10483 fol 17v

1225-40, Psautier, Staatsbibliothek Bamberg Msc.Bibl.48 fol. 63r

1323-26, Jean Pucelle, Bréviaire de Belleville, BNF Latin 10483 fol 17v

Le plus souvent, la fronde est en position basse : certains artistes inspirés la placent en débordement, pour accentuer le dynamisme. Ici, les deux ont insisté sur le pommeau sphérique de l’épée, antithèse impuissante de la pierre et qui deviendra l’instrument de la décapitation du géant.


David et Goliath 1225-40 Psalter Staatsbibliothek Bamberg Msc.Bibl.48 fol. 63r detail
Le dessinateur du psautier a même affublé Goliath de trois armes : sa lance dans la main droite, une dague qu’il dégaine de la gauche, et la grande épée à deux mains, qui ne lui servira pas, mais dont le pommeau anticipe la trajectoire de la pierre.


La pierre côté Goliath

La solution graphique opposée est de se placer après le jet, la pierre frappant le front de Goliath.


1109-11 Bible d'Etienne Harding Dijon, BM, 0014 fol 13 Cycle de David IRHT detail

Bible d’Etienne Harding, 1109-11, Dijon, BM, 0014 fol 13 Cycle de David IRHT (détail)

Pour pouvoir transpercer David, Goliath se découvre de son bouclier. La fronde lâchée est coupée par le bord de la page, tout comme la lance du géant : ainsi l’arme fragile monte aussi haut que l’arme puissante. Sur ce débordement spectaculaire, voir 4 Débordements préromans et romans : ailleurs .


David et Goliath 1320-50 Maître du Roman de Fauvel, Bible historiale de Guiard des Moulins, BNF Français 3 f.266v
Maître du Roman de Fauvel, 1320-50, Bible historiale de Guyard des Moulins, BNF Français 3 fol 266v

Cette solution va de pair avec le motif assez difficile de la fronde déployée, qui ne concerne que les illustrateurs épris de réalisme militaire.


La pierre dédoublée

La solution de loin la plus courante est de juxtaposer les deux moments : la pierre dans la fronde et la pierre sur le front.


1160-1200 Bible de Souvigny Moulins BM MS 1 fol 93r DavidBible de Souvigny, 1160-1200, Moulins BM MS 1 fol 93r David

David esquive le coup de lance et se prépare à lancer la pierre dans sa fenêtre de tir , entre visière et bouclier, où elle atteint déjà sa cible.


David et Goliath 1275-99 Yolande de Soissons Psalter-Hours Morgan Library M.729 fol. 16r
Psautier et Heures de Yolande de Soissons, 1275-99, Morgan Library M.729 fol. 16r

En théorie, le dessinateur aurait pu profiter du fait que David et Goliath ne partagent pas le même espace graphique pour montrer la pierre dans l’entre-deux. Mais le débordement dans la zone texte n’est compréhensible pour le lecteur que si l’objet reste contigu à l’image : l’incursion d’un élément graphique, même animé, ne sera jamais pratiqué ; au mieux verra-t-on au 15ème siècle apparaître des mouches isolées, mais pas dans le texte : toujours dans la marge (voir 4.1 Préhistoire des mouches feintes : dans les manuscrits).


Deux suspens exceptionnels

Parmi les centaines d’exemples de la scène de David et Goliath, y compris dans les bas de page propices aux audaces graphiques, je n’ai trouvé que deux images où une pierre est en suspens :

David et Goliath 1200-1399 Mont Athos Dionysiou Monastery MS 60 fol. 210v
David et Goliath, 13ème siècle, Mont Athos (Monastère de Dionysiou), MS 60 fol. 210v

Il prit en main son bâton, choisit dans le torrent cinq pierres polies, et les mit dans sa gibecière de berger et dans sa poche. Samuel 17,40

David est représenté sans gibecière ni bâton, mais le dessinateur a pris soin de dessiner une pierre dans sa fronde, et cinq pierres rondes autour de Goliath : trois par terre, une coincée entre le bouclier et l’armure et la cinquième, probablement celle qui vient de toucher le front, en suspens dans son dos.

Cette rareté iconographique où Goliath attaque à cheval, en contradiction avec le texte de la Bible, apparaît dans un autre manuscrit du Mont Athos, le psautier de Vatopedi (vers 1088), mais sans pierres en suspens. Kurt Weitzmann ( [61], p 40) ne lui pas trouvé d’explication [62].


David et Goliath, Heures à l'usage de Rouen 16eme BNF NAL 3134 f.79
David et Goliath, Heures à l’usage de Rouen, 16ème siècle, BNF NAL 3134 fol 79

L’artiste a consciencieusement rempli son bas de page au mépris de toute dynamique : la pierre se trouve encore dans la fronde tandis que Goliath a déjà mal au front, bien au dessus de l’ange qui transporte une autre pierre entre les deux.

Nous verrons un troisième exemple inattendu chez Perrin Remiet en 1396 (voir 9 Quelques grands maîtres du suspens : avant 1500), avec un David qui n’en est pas vraiment un.


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Shimeï contre David

David était arrivé jusqu’à Bachurim. Et voici, il sortit de là un homme de la famille et de la maison de Saül, nommé Shimeï, fils de Guéra. Il s’avança en prononçant des malédictions, et il jeta des pierres à David et à tous les serviteurs du roi David, tandis que tout le peuple et tous les hommes vaillants étaient à la droite et à la gauche du roi. Schimeï parlait ainsi en le maudissant: Va-t’en, va-t’en, homme de sang, méchant homme! Samuel2, 16, 5-7, trad Louis Second

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Shimei ca. 1250 Getty Museum Ludwig I.683.MS.55 no. 1r
Révolte d’Absalon, Paul Getty Museum, Ludwig I 6 – 83.MA.55 (recto)

Cette page synthétique regroupe plusieurs scènes de l’histoire de David, dont sa fuite sur le mont Olivet. L’illustrateur en a profité pour rajouter en bas Shimeï lançant un caillou vers David. Un autre caillou est déjà en route, juste à la pointe de la zone sombre.


L’histoire de Shiméï dans le Speculum humanae salvationis

Shiméï maudissant David 1300-50 Avignon Speculum humanae salvationis Rome, Biblioteca Corsiniana, 55.K.2 (Rossi 17) fol 32r (warburg iconographic database) Shiméï maudissant David 1360 ca Cologne ou Westphalie, Speculum Darmstadt Universitäts- und Landesbibliothek - Hs 2505, fol. 39r (warburg iconographic database)

1300-50 (Avignon), Rome, Biblioteca Corsiniana, 55.K.2 (Rossi 17) fol 32r

Vers 1360 (Cologne ou Westphalie), Darmstadt, Universitäts- und Landesbibliothek – Hs 2505, fol. 39r

Shiméï maudissant David, Speculum humanae salvationis, warburg iconographic database [63]

Un certain nombre de manuscrits du Speculum humanae salvationis suivent cette iconographie, où Shimeï lance sur David des pierres et des branches. La position haute de Shiméï justifie cette pluie de projectiles. L’idée des trois branches qui frappent le haut du crâne, imitant la couronne que David porte autour du bras, est spécifique au Speculum, puisque la scène est comparée au Couronnement d’épines du Christ.

Shiméï maudissant David 1350-1400 anglais Speculum humanae salvationis BNF Français 400 fol 12r (warburg iconographic database) Shiméï maudissant David 1450 ca France Speculum humanae salvationis BNF Français 188 fol 26 (warburg iconographic database)

1350-1400 (Angleterre), BNF Français 400 fol 12r

Vers 1450 (France), BNF Français 188 fol 26

Speculum humanae salvationis

En format paysage, la montagne s’abaisse mais les projectiles intermédiaires servent désormais à séparer David et Shiméï, trouvant une nouvelle justification dans les paroles de celui-ci : va t’en, homme sanguin et homme de belial

Shiméï maudissant David 1400-50 Rhénanie Speculum humanae salvationis BnF, Latin 9585 f.26v (warburg iconographic database) Shiméï maudissant David 1470-80 FRance Speculum humanae salvationis Marseille BM 0089 fol 22 (warburg iconographic database)

1400-50, (Rhénanie), BnF Latin 9585, fol 26v

1470-80 (France), Marseille BM 0089 fol 22

Speculum humanae salvationis

Le souvenir de la pluie intermédiaire se maintient même dans ces versions simplifiées, où David a remis sa couronne sur la tête et se trouve de plain pied avec Shiméï.

Shimei 1450–60 Speculum Humanae Salvationis Morgan M.782 fol. 37r
1450–60, Speculum Humanae Salvationis, Morgan M.782 fol. 37r

Dans cette version très élaborée, un Shiméï particulièrement offensif a déjà lancé des branches et des pierres, dont trois gravitent encore autour de David. Celui-ci calme son compagnon, qui s’apprête à dégainer.


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La vengeance de Nauplios

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1200-1300 Vengeance de Nauplios Histoire du siège et de la destruction de Troie BNF NAF 9603 f.140v-141
Vengeance de Nauplios
1200-1300, Roman de Troie en prose, BNF NAF 9603 f.140v-141

Nauplios allume des feux de balises sur les falaises pour attirer les marins grecs revenant de Troie. Puis il fait jeter des pierres sur les navires.

Sur les falaise erre Naulus
Et de sa gens dix mille et plus
Bien aguerri se tient le roi
Tandis qu’il se venge des Grecs
Mille roches ils envoient sur eux
Que n’auraient pas traîné trente boeufs
Et quand il advient qu’elles atteignent des nefs,
Toutes elles les cassent et fragmentent.

Roman de Troie, vers 27791-98

Sor les faloises ert Naulus
Ou de sa gent dis mile et plus
Molt agari se tient li rois
Qant il se venge des grezois
Telz mil roiches botent sor oes
Qe ne traissent trente bues
Et qant çauient cas nez ataignent
Totes de qassent et enfraignet


1315-25 Maestro Antifonari padovani Le roman de Troie Vienne ONB Cod. 2571 fol 174v Vengeance de Nauplios 1340-50 Le roman de Troie BNF FR 782 fol 189v Vengeance de Nauplios

1315-25, Vienne ONB Cod. 2571 fol 174v

1340-50, BNF FR 782 fol 189v

Vengeance de Nauplios, Le roman de Troie

La comparaison entre ces deux images italiennes montre une normalisation du goût : suppression des débordements (voir 7 Débordements gothiques : une inhibition généralisée), mais aussi de l’unique pierre en vol.


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La lapidation de Saint Etienne

La popularité de Saint Etienne, en temps que protomartyr (premier des martyrs) nous a laissé un nombre considérable de lapidations : il est donc possible de suivre précisément l’évolution du motif des pierres en vol, qui n’ont cessé de régresser depuis le haut moyen-âge, jusqu’à une quasi-disparition à la période gothique.

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Art carolingien

Lapidation Etienne 845-855 Sacramentaire de Drogon BNF Latin 9428 f.27Lapidation de Saint Etienne
Sacramentaire de Drogon, 845-855, BNF Latin 9428 fol 27

« …ils se précipitèrent tous ensemble sur lui, le traînèrent hors de la ville, et le lapidèrent. Les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme nommé Saul. Et ils lapidaient Etienne, qui priait et disait: Seigneur Jésus, reçois mon esprit! Puis, s’étant mis à genoux, il s’écria d’une voix forte: Seigneur, ne leur impute pas ce péché! Et, après ces paroles, il s’endormit ». Actes des Apôtres, 7,58-60

L’image suit le texte avec précision : Saint Sébastien est à genoux, dialoguant avec Dieu, à l’extérieur du rempart de Jérusalem reconnaissable à ses douze portes. Elle représente également avec réalisme la dynamique de la lapidation : pierres dans les mains des bourreaux, pierres frappant la face du saint, et une pierre en vol entre les deux, prête à déborder de l’espace interne de la lettrine.

Lapidation Etienne 1060 ca Sacramentary France, Mont-Saint-Michel, Morgan Libaray MS M.641 fol. 3v
Lapidation de Saint Etienne
Sacramentaire du Mont-Saint-Michel, vers 1060, Morgan Library MS M.641 fol. 3v

Deux siècles plus tard, ce dessinateur roman exploitera la forme du D différemment, en inscrivant le Saint dans la panse, au centre d’une dramaturgie sanglante. Les deux témoins de gauche voient les pierres rougies et les gouttes de sang qui volent, après avoir profané la partie du corps la plus sacrée pour un ecclésiastique : sa tonsure.

Art byzantin

Lapidation Etienne 850–899 Cosmas Indicopleustes, Topographia Vat gr.699 fol. 82v
Lapidation de Saint Etienne
Cosmas Indicopleustes, Topographia, 850–899, Rome, Vat gr.699 fol. 82v

Cette composition byzantine, très sophistiquée présente à première vue une symétrie implacable : huit bourreaux sont répartis de manière équidistante le long d’un mur en demi-cercle, aux emplacements marqués par huit étoiles blanches. Cette trouvaille graphique géniale inverse comme un gant la muraille, la transformant en un sorte d’arène : Etienne, sensé se trouver à l’extérieur de la Jérusalem terrestre, se trouve ainsi projeté au centre de cette Jérusalem céleste, qui épouse la forme de la couronne de martyr apportée par la main de Dieu, répercutée plus bas dans l’auréole.

Une première exception à la symétrie est la présence de Saül et des vêtements, en bas à droite. Une seconde, plus discrète, est la gestuelle des bourreaux : les quatre de gauche tiennent chacun deux pierres, les quatre de droite n’en tiennent qu’une. Ce dessinateur byzantin applique déjà le procédé graphique des « figure comme fratelli » , qui renonce à la symétrie-miroir afin que le bras levé soit toujours le droit (voir 3 Les figure come fratelli : autres cas). Un dernier écart à la symétrie concerne les pierres libres, six à gauche et sept à droite : visuellement, elles peuvent tout aussi bien représenter des pierres en vol vers Etienne, ou tombées au sol après l’avoir touché. La même indécidabilité temporelle touche la figure du saint, sans blessure apparente : peut-être est-il vivant, à genoux avant la première pierre ; ou bien ressuscité au centre de la Jérusalem céleste, les yeux rouverts après son endormissement : le martyre lui assure en effet un accès immédiat au paradis.

Lapidation Etienne 901-1000 Cosmas Indicopleustès Topographie chrétienne Florence. Biblioteca Medicea Laurenziana, Plut.9.28 fol 170r Ivoire de Munich (Reidersche Tafel ) vers 400 Bayerisches Nationalmuseum Munchen

Lapidation de Saint Etienne, Cosmas Indicopleustès, Topographia, 901-1000, Florence, Biblioteca Medicea Laurenziana, Plut.9.28 fol 170r

Résurrection du Christ, Ivoire de Munich (Reidersche Tafel ), vers 400, Bayerisches Nationalmuseum, Munich

Cet autre manuscrit de la Topographia développe une composition totalement différente qui démarque le schéma paléochrétien de la Résurrection, y compris le nuage en quart de cercle dans le coin supérieur droit. La diagonale souligne efficacement que Saül, contigu aux bourreaux, se trouve à l’opposé de Dieu (il ne deviendra Saint Paul que plus tard). Le dessinateur a tenté de rationaliser la composition en esquissant une ligne rocheuse sous les pieds du bourreau de droite, tandis que celui de gauche se trouve en suspension dans la zone blanche : en l’absence de ligne d’horizon, celle-ci peut donc aussi bien représenter la terre que le ciel. L’oeil ne doute pas néanmoins que les pierres dans la zone blanche sont en vol, par contraste avec celles posées sur la pente.

Art ottonien et roman

Lapidation Etienne 901-1000 Sacramentaire de Fulda Niedersächsische Staats- und Universitätsbibliothek Göttingen Theol.231 fol. 14v
Lapidation de Saint Etienne
Sacramentaire de Fulda, 901-1000, Niedersächsische Staats- und Universitätsbibliothek Göttingen, Theol.231 fol. 14v

Le registre inférieur place Etienne au centre, entre les trois lapidateurs d’une part, Saül et la ville de Jérusalem d’autre part. Le registre supérieur nous révèle ce qu’il voit dans le ciel : le Christ entre une foule d’anges et d’archanges (sur le motif du globe qu’ils tiennent dans leurs manches, voir 1 Globes en main).

Les pierres libres n’ont pas pour but de matérialiser la trajectoire : elles se regroupent en essaim à proximité du corps du saint, formant une sorte d’attribut glorieux qui fait écho au livre du Christ, à l’aplomb.

Lapidation-Etienne-971–84-Benedictional-of-St.-Aethelwold-BL-Add.49598-fol.-17v
Lapidation de Saint Etienne
Bénédictionnaire de St. Aethelwold, 971–84, BL Add.49598 fol. 17v

Le fait que l’essaim de pierre exprime une symbolique et non une dynamique est particulièrement visible ici, puisque les pierres situés à l’opposé des bourreaux n’ont pas de rationalité mécanique. Elles contribuent à former autour d’Etienne une sorte de « mandorle lapidaire », qui renvoie à la mandorle dorée du Christ, tout comme les regards se répondent.

Lapidation Etienne 1090-1100 Sacramentaire de Limoges BnF, Latin 9438 f.20vLapidation de Saint Etienne
Sacramentaire de Limoges, 1090-1100, BnF Latin 9438 f.20v

Même composition en deux registres : en bas saint Etienne se place entre d’une part Jérusalem (et un habitant), d’autre part les deux bourreaux et Saül. Même idée de « mandorle lapidaire », qui renvoie ici à l’enveloppe stellaire du Christ . L’étrange motif du sol en forme de vagues n’a pas de signification symbolique, il se retrouve dans d’autres oeuvres contemporaines [64].

Lapidation Etienne 1041-60 Sacramentaire de Saint-Denis (Saint Vaast Arras) BNF lat.9436 fol 71v
Lapidation de Saint Etienne
Sacramentaire de Saint-Denis (Saint Vaast Arras), 1041-60, BNF lat.9436 fol 71v

Cette composition sacralise d’une autre manière la volée de pierres, ici transformée en un triangle rempli d’or : en prodiguant cette récompense céleste, la main du lapidateur agit comme substitut inconscient de la main de Dieu. On notera la représentation particulièrement turbulente des vêtements aux pieds de Saül.

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Lapidation de Saint Etienne, Saint Anselme, Orationes Sive Meditationes, vers 1160, Stiftsbibliothek Admont lat.289 fol. 66r

On a possiblement ici un lointain souvenir de cette idée : la main bénissante du Christ descend au niveau de la main brandissante d’un des bourreaux, comme pour briser les grosses pierres rondes en une pluie de fragments, qui forment une seconde auréole. Au phylactère d’Etienne (« je vois le ciel ouvert« ) répond celui du Christ : « celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé » (Matthieu 24,13).

Lapidation Etienne 1000-1100 Sant_Joan_de_Boí 1 museu nacional d'art de Catalunya.(Barcelone) Sant_Joan_de_Boí, 11eme jongleur funambule et joueur de psaltérion

Lapidation de Saint Etienne

Spectacle de ménestrels

Fresques provenant de Sant Joan de Boí, 11ème siècle, Museu nacional d’art de Catalunya, Barcelone

Le peintre de cette fresque rustique a dû être en contact avec ces compositions savantes, d’où les deux pierres en vol, en arrière des cinq contigües au corps du saint. Il ne retient du motif que son côté anecdotique, de la même manière que, pratiquement en face, il multiplie les effets de suspens dans une scène de spectacle : contorsionniste la tête en bas ramassant une épée avec sa bouche, jongleur lançant des balles et une épée, joueur de psaltérion qui semble en lévitation.

Lapidation Etienne 1180-1200 Kloster St. Johann, Müstair
La lapidation de Saint Etienne, Fin 12ème, Kloster St. Johann, Müstair

Dans la seconde moitié du douzième siècle, les projectiles finissent par se séparer entre ceux qui restent dans les mains des bourreaux et ceux qui adhérent au corps du Saint, comme si la notion d’une pierre en vol était désormais exclue. Peut être parce que la nouvelle rationalité s’accommodait mal de l‘ambiguïté graphique avec une pierre posée sur le sol, qui ne choquait pas les générations antérieures. Peut être parce qu’un objet « en suspens » était désormais vu comme une incongruité, ce statut étant désormais réservé aux éléments transcendants de l’image : l’inscription Stefanus et la mandorle nuageuse circonscrivant dument la zone d’intervention du divin.

Lapidation Etienne 1175-80 Bréviaire (Seckau) Graz, Universitätsbibliothek Ms.832, fol.17v
Bréviaire (Seckau), 1175-80, Graz, Universitätsbibliothek Ms.832, fol.17v

Ce dessinateur a opté pour une approche consensuelle : les pierres tangentes à l’auréole peuvent être vues soit comme en contact, soit comme en vol, selon qu’on la considère ou pas comme une extension matérielle du corps saint. Cette image très particulière suggère aussi que la réserve vis à vis des pierres errantes pourrait être une question de décence, de respect : les doubles traits rouges qui entourent la silhouette d’Etienne ressemblent beaucoup aux jets de sang causés par les trois pierres qui frappent la chevelure : elles pourraient être une manière édulcorée de suggérer, sans les montrer, de multiples pierres impactant les habits sacrés du prêtre.

Lapidation Etienne 1160-65 Antiphonaire de St.Peter (Salzburg), Vienne ONB Cod.ser.n.2700 fol 186 Lapidation Etienne 1170-80 Sacramentaire à l'usage de l'abbaye de Saint-Amand Valenciennes, Bibliothèque municipale, Ms. 108 f. 012v

Antiphonaire de St.Peter (Salzburg), 1160-65, Vienne ONB Cod.ser.n.2700 fol 186

Sacramentaire à l’usage de l’abbaye de Saint-Amand, 1170-80, Valenciennes, Bibliothèque municipale, Ms. 108 f. 012v

Lapidation de Saint Etienne

Quoiqu’il en soit, les pierres en vol deviennent rarissimes à la fin de l’époque romane.

Art gothique

Lapidation Etienne 1260–70 Graduel (Pérouse) Morgan M.933 fol. 26r
Lapidation de Saint Etienne
Graduel (Pérouse), 1260–70, Morgan M.933 fol. 26r

Ce manuscrit présente une pierre volante qui pourrait sembler anachronique, mais qui trouve sa raison d’être dans le dolorisme franciscain. Elle sert à attirer l’oeil vers un autre élément en suspens parabolique : le filet de sang qui jaillit de la tête du saint jusqu’au sol.

Lapidation Etienne 1300-50 GUIART DES MOULINS, Bible historiale BNF Français 152 f.454
Lapidation de Saint Etienne
Guyart des Moulins, Bible historiale, 1300-50, BNF Français 152 fol 454r

Cette image respecte strictement la séparation entre les pierres dans les mains des bourreaux et celles tangentes au saint, tout en ajoutant un effet grand guignol qui épouvante même le Christ : deux bourreaux tiennent une pierre rouge pour marteler le visage du saint, seul le troisième lance les pierres blanches contre lui.

Lapidation Etienne 1430 ca BNF Latin 1156 B f.169
Lapidation de Saint Etienne
Heures de Marguerite d’Orléans, vers 1430, BNF Latin 1156B fol 169r

Les pierres sont ici rangées en cinq catégories :

  • celles que l’assistant apporte dans son panier,
  • celles que les bourreaux gardent en réserve dans le pli de leur robe,
  • celles qu’il tiennent en main
  • celles tombées sur le sol.

Plus les deux qui frappent le saint, l’une perforant le casque de son auréole et l’autre percutant sa boîte crânienne.


Lapidation Etienne 1430 ca BNF Latin 1156 B f.169 detail
A noter tout en haut une figuration originale de la Trinité : le Père tenant le globe terrestre, le Fils sa croix, et la colombe le livre.

Renaissance italienne

Lapidation Etienne 1435 Paolo uccello Duomo PratoLapidation de Saint Etienne
Paolo Uccello, 1435, Duomo Prato

Ici ce ne sont plus les pierres qui volent, mais six couronnes de martyr qui tombent du coin supérieur droit : une récompense par bourreau.

Lapidation Etienne 1520 carpaccio Staatsgalerie-stuttgartLapidation de Saint Etienne
Carpaccio, 1520, Staatsgalerie, Stuttgart

Il fallait un original comme Carpaccio pour introduire, en pleine renaissance vénitienne, cet archaïsme médiéval : non pas la pierre qui frappe le saint à l’occiput…
Lapidation Etienne 1520 carpaccio staatsgalerie-stuttgart detail
…mais celle, bien plus discrète, qui plane au dessus du bourreau le plus proche.

En mettant en évidence les calottes colorées, les turbans orientaux soulignent combien les Juifs sont différents du martyr chrétien, qui se présente au regard de Dieu tête nue.


Lapidation Etienne 1520 carpaccio staatsgalerie-stuttgart detail Saul
Cette astuce vestimentaire permet également d’identifier Saül, au centre des trois soldats portant une calotte métallique, au dessus des vêtements posés par terre. Il pose songeusement la main sur son épée, anticipant déjà son martyre par décapitation.


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La lapidation de Jérémie

La lapidation de Jérémie est un sujet très rare, puisqu’elle n’est pas mentionnée dans la Bible. Elle se développe essentiellement à l’époque gothique, en reprenant les schémas de la lapidation de Saint Etienne. Il n’est donc pas étonnant qu’elle ne présente aucun exemple probant d’une pierre en vol.

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Lapidation de Jérémie 1035-1100 Bible de Roda BnF, Latin 6 (3) f.19v Lapidation Etienne 850–899 Cosmas Indicopleustes, Topographia Vat gr.699 fol. 82v

Lapidation de Jérémie, 1035-1100, Bible de Roda BnF, Latin 6 (3) f.19v

Lapidation de Saint Etienne, Cosmas Indicopleustes, Topographia, 850–899, Vat gr.699 fol. 82v

(SCOOP !) En pleine période romane, ce dessinateur catalan applique à Jérémie la composition byzantine de la lapidation d’Etienne, que nous avons décrite en détail. Avec six bourreaux seulement, et moins habile que son prédécesseur, il n’applique pas le procédé des figure comme fratelli, mais décalque les gestes par symétrie-miroir, de sorte que tous les bourreaux tiennent deux pierres. Huit pierres libres sont réparties symétriquement, avec la même indécidabilité graphique entre l’air et le sol. La neuvième pierre a été décalée sur la gauche, de manière à percuter le saint en pleine poitrine.

Ces différences substantielles confirment qu’il n’y a pas eu d’influence directe entre les deux oeuvres, impensable géographiquement et culturellement. Mais les deux s’inspirent d’un modèle perdu mis au point antérieurement.

Lapidation de Jérémie 1245-1255 Dijon. Bibliothèque municipale, Ms. 7 f. 370v
Lapidation de Jérémie, 1245-1255, Dijon. Bibliothèque municipale, Ms. 7 fol 370v IRHT

Les nombreuses Lapidations de Jérémie de l’époque gothique s’inscrivent dans une lettrine, selon une composition répétitive où s’ajoute parfois un second bourreau ou un ange. Je n’ai trouvé que deux exemples où une pierre apparaît dans le coin en haut à droite, à la place de la tête d’ange.

Ici Jérémie, dont le regard est normalement tourné vers Dieu, semble bizarrement intéressé par cette pierre qui l’a loupé. Il est donc probable que l’illustrateur n’a pas perçu l’aspect dynamique des choses : il a simplement voulu faire bonne mesure en rajoutant une pierre dans un coin libre.

Lapidation de Jérémie Bible France, ca. 1260 Morgan Library MS M.110 fol. 115r
Lapidation de Jérémie, Bible (France), vers 1260, Morgan Library MS M.110 fol. 115r

Dans cette seconde image, tout à fait contemporaine, la bizarrerie disparaît puisque Jérémie regarde vers le sol. Comme il porte une auréole, extension sacrée de la tête, la pierre « volante » peut être considérée non pas comme un raté, mais comme un touché, semblable à l’autre pierre qui fait contact avec son épaule. Le petit mystère est la pierre qui touche le bourreau du centre, également à l’épaule : fait-il y voir une invention humoristique, le lapidateur lapidé ? Ou simplement l’effet de bord d’un goût du remplissage ?

Le fait qu’il n’y ait que deux cas dans la centaine d’image que j’ai explorées milite plutôt en faveur d’une maladresse que d’une intention originale.


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La lapidation de Saint Chrysanthe et Sainte Daria

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Martyre des saints Chrysanthe et Daria Maître François 1459-63, BnF, Français 51 fol 41r
Maître François, 1459-63, Miroir historial de Vincent de Beauvais, trad. par Jean de Vignay, BnF, Français 51 fol 41r

« et commanda iceux estre menés es araines deles la voie salaire (Via Salaria) et estre tous vifs acraventes et ceulz certes priants en psaumes et en oroisons sont mis en une fosse aussi comme en un lit. Et en leur passion est faite compagnie de sang aussi comme elle avoit été faicte de pensée. »

Maître François, toujours proche du texte, prend soin d’illustrer la métaphore du lit, mais n’a guère la place de montrer des pierres en vol. A noter dans la partie gauche les nombreuses pucelles qui cajolent le saint afin de le faire renoncer à sa foi.

Martyre des saints Chrysanthe et Daria Maître de Fauvel 1320-1330 Legendier BNF Français 183 f.186r
Martyre des saints Chrysanthe et Daria , Maître de Fauvel, 1320-1330, Légendier, BNF Français 183 fol 186r

Quoique très disert, le texte du Légendier dit seulement que l’empereur fit lapider les deux martyrs dans une fosse près de la Via Salaria. C’est donc en suivant plutôt la tradition du Miroir historial que le maître de Fauvel représente la fosse comme une arène dans laquelle se trouvent à la fois les suppliciés et leurs bourreaux. Les deux pierres du bas, qui portent des traces de sang, sont nécessairement posées sur le sol. Puisque les bourreaux tiennent chacun leur pierre, celle du centre ne peut être qu’une pierre à lancer, posée à l’arrière sur le talus. Nous sommes toujours ici dans l’énumération statique des diverses possibilités.

Pour un exemple de pierres en suspens dans le martyre de ces deux saints, il faudra attendre Perrin Remiet en 1396 (voir 9 Quelques grands maîtres du suspens : avant 1500).


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Autres saints lapidés

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Nous avons vu dans le manuscrit BNF Français 50 une pierre tomber lors de la bataille de Thèbes (voir 5 En suspens : pluies de pierres ). Ce manuscrit en deux volumes copieusement illustré comporte des lapidations de saints rares [65], et il est significatif qu’aucune d’entre elles ne montre de pierre en chute libre, même lorsque la victime se trouve en contrebas des lapidateurs.

Martyre de Saint Pothin Maître François 1459-63, BnF, Français 50 fol 387v
Martyre de Saint Pothin Maître François 1459-63, BnF, Français 50 fol 387v

Certes, il s’agit de scènes vues en plans plus serrés que la bataille de Thèbes, et laissant donc moins de place pour un état intermédiaire. Mais le facteur principal est le nombre restreint de bourreaux, dont la pierre dans la main sert d’attribut : d’autant plus lorsque, comme ici, le supplice comporte aussi des coups de poing ou de bâton.


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Lapidation d’un homme pour viol du sabbat

Cette illustration n’apparaît pratiquement que dans la Bible historiale de Guyard des Moulins.

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Lapidation d'un homme pour viol du sabbat 1317 Guiard des Moulins, Bible historiale Arsenal, Ms-5059 fol 88r
Lapidation d’un homme pour viol du sabbat
1317, Guyard des Moulins, Bible historiale, Arsenal Ms-5059 fol 88r

Le schéma le plus simple comporte uniquement deux bourreaux dans le dos du Juif : un qui lève sa pierre d’une main et porte une réserve de pierres dans sa robe, l’autre qui lève sa pierre des deux mains.


Lapidation d'un homme pour viol du sabbat 1320-1330 Guiard des Moulins, Bible historiale BNF Français 156 f.94v Lapidation d'un homme pour viol du sabbat 1320-1330 Guiard des Moulins, Bible historiale BNF Français 8 f.86v INVERSE

1320-1330, BNF Français 156 fol. 94v

Maître de Fauvel, 1320-1330, BNF Français 8 fol. 86v (INVERSE)

Lapidation d’un homme pour viol du sabbat, Guyard des Moulins, Bible historiale

Ces images inversent les deux bourreaux et en rajoutent deux autres face au Juif.

Dans la première, l’illustrateur obéit à une logique de remplissage en saturant toutes les zones de grosses pierres blanches, tout en prenant garde à ce que les trois du haut restent en contact avec le corps du Saint.

Seul le Maître de Fauvel montre clairement des pierres en vol :

  • deux petites, sans doute des fragments de celle qui frappe le crâne du saint ;
  • une grande qui tombe en dessous, tâchée de sang.

La première image imite un tableau, avec son large cadre, son fond aéré finement quadrillé et sa ligne hiératique. Les deux autres images obéissent à un goût très différent, qui privilégie à la fois la saturation de l’espace et la recherche de mouvement. La pierre en vol apparaît comme un comble de ce style, un enrichissement dynamique qui va de pair avec l’adjonction d’une ligne de sol.


Lapidation d'un homme pour viol du sabbat 1347 Guyard des Moulins, Bible historiale BNF Français 152 f.75v Lapidation d'un homme pour viol du sabbat 1414-1415 Guyard des Moulins, Bible historiale Bruxelles KBR MS 9001 fol 129

BNF Français 152 fol 75v

Bruxelles KBR MS 9001 fol 129

Lapidation d’un homme pour viol du sabbat, Guyard des Moulins, Bible historiale

Cette formule place la lapidation sous l’autorité de Moïse, qui demande à Dieu ce qu’il convient de faire du contrevenant (Nombres 15, 32-36)

Dans la première image, l’arbre et le fagot rappellent que l’homme est puni pour avoir ramassé du bois pendant le sabbat. Les pierres obéissent là encore à une logique de remplissage et de contiguïté.

L’image la plus récente enveloppe en revanche la victime dans une sorte de « mandorle lapidaire » : comme si cette formule archaïque, qu’on ne s’autorisait plus pour Saint Etienne, restait valide pour un anonyme.


En synthèse sur les lapidations

Dans le cas de Saint Etienne, le motif des pierres en vol suit trois grandes phases :

  • il semble banal dans l’art carolingien et byzantin (pour autant que les rares exemples conservés autorisent cette généralisation) ;
  • il reste fréquent dans la période romane ;
  • il est totalement abandonné – sans doute considéré comme archaïque – à partir de la période gothique, sauf résurgence chez un artiste exceptionnel (Carpaccio en 1520).

Les autres cas de lapidation s’inscrivent dans le même cadre :

  • pas de pierre en vol dans la Lapidation de Jérémie, qui se développe à la période gothique ;
  • pas de pierre en vol pour les autres saints lapidés, sauf dans le cas de Perrin Remiet en 1396 ;
  • deux cas de pierres en vol pour le sujet très spécifique de la Lapidation d’un Juif pour viol du sabbat.


Flèches lancées

  • Des remparts sous les flèches
  • Flèches comiques
  • Flèches absentes
  • Dissolution d’un instant
  • Des flèches tirées vers le Ciel

Des remparts sous les flèches

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Dans les Beatus

fleches Beatus de Gerone Le siège de Jérusalem et la lamentation de Jérémie.
Le siège de Jérusalem et la lamentation de Jérémie, Beatus de Gérone, vers 975

On notera dans la marge gauche quatre flèches remontantes, le dessinateur de ce Beatus étant, comme nous l’avons vu, particulièrement intéressé par les effets de suspens (voir 6 En suspens : autres pluies).

Jer 39 1180-90 Beatus de Manchester, John Rylands Library, Latin MS 8 fol 206v-207r Siège de Jérusalem et lamentation de J1180-90, Beatus de Manchester, John Rylands Library, Latin MS 8 fol 206v-207r

Le dessinateur a ici inversé la chronologie habituelle (l’égorgement par le roi de Babylone vient après la conquête de Jérusalem) de manière à ce que le bifolium montre un panoramique animé par des flèches en suspens :

à gauche, elles tombent droit sur les assiégeants,

à droite elles retombent en courbe sur les assiégés et certaine les dépassent, l’une même menaçant verticalement Jérémie qui se lamente

Sur ce bifolium, voir aussi 2 Débordements préromans et romans : dans les Beatus .

Chansonnier de Zeghere van Male, 1542, MSS 125-28, Bibliothèque municipale, Cambrai_bassus_049_rectoLe jeu du papegai
Chansonnier de Zeghere van Male, 1542, MSS 125-28, Bibliothèque municipale, Cambrai, bassus 049 recto

Il est amusant de comparer cette trajectoire balistique avec celle que l’on retrouve quelquefois dans les représentations de ce jeu flamand : les flèches montent vers le perroquet qui sert de cible en haut du mât, redescendent de l’autre côté, et sont récupérées par des aides.

Mis à part cet exemple rare, les exemples de flèches en suspens, dans le cas d’une ville assiégée, se limiteront à une seule flèche.

Dans les miniatures guerrières

Maître du Couronnement de la Vierge 1395-1401 Siège de Samarie BnF, Français 159 f.155 Maître du Couronnement de la Vierge 1395-1401 siège de Jérusalem BnF, Français 159 f.163r Maître du Couronnement de la Vierge 1395-1401 Siège d'une cité par Holopherne BnF, Français 159 f.242v

Siège de Samarie, fol 155r

Siège de Jérusalem, fol. 163r

Siège d’une cité par Holopherne, fol 242v

Maître du Couronnement de la Vierge, 1395-1401, Grande Bible historiale complétée, BNF Français 159

Lorsque le plan est assez large, de rares dessinateurs du 14ème siècle se saisissent du procédé : pour deux autres exemples, voir la Bataille de Samarie du Maître de Fauvel (vers 1333) et celle de Perrin Remiet (1396) dans 9 Quelques grands maîtres du suspens : avant 1500.


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Flèches comiques

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1320-1330-mice-besiege-cat-castle-harley-ms-6563_-ff.-71v-72rDes souris assiègent le château des chats
Livre d’heures, 1320-30, BL Harley MS 6563 fols 71v-72r

Il est fréquent que des images se répondent d’une marge à l’autre d’un bifolium : ici une catapulte murine menace une forteresse féline, défendue par de gros rochers : un plus petit se trouve en suspens au dessus du museau d’une assaillante.

1320-1330-cats-besiege-mouse-castle-Livre-D_heures-BL-harley-ms-6563_-ff.-72v-73r
Des chats assiègent le château des souris
Livre d’heures, 1320-30, BL Harley MS 6563 fols 72v-73r

Sur le bifolium suivant, la forteresse devient murine et les pierres petites, dans une sorte d’inversion par transparence (voir 5.7 Un procédé rare : les drôleries recto-verso). Et de manière exceptionnelle, un unique carreau d’arbalète transite d’une page à l’autre.


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Flèches absentes

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Dans le Martyre de Saint Sébastien

Nous avons vu des exemples de pluies de flèches tombant du ciel, notamment pour évoquer la peste (voir 6 En suspens : autres pluies). En revanche, bien qu’elles portent la même symbolique, on ne trouve aucun cas de suspens pour les flèches lancées contre Saint Sébastien.

Comme dans la cas de la Lapidation de Saint Etienne, c’est le cadrage serré entre les bourreaux et le saint qui explique cette absence totale, aggravée par la rapidité de la flèche comparée à celle du caillou.


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Dissolution d’un instant (SCOOP !)

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1610 Caravage Le Martyre de sainte Ursule Gallerie d'Italia - NaplesLe Martyre de sainte Ursule
Caravage, 1610, Galerie d’Italia, Naples

Peinte un mois avant sa mort, la dernière toile de Caravage fait comprendre, a contrario, pourquoi le procédé de la flèche en vol n’est pas la meilleure manière de traduire le déroulement du temps. Ici le cadrage serré et le tir à bout portant l’excluaient absolument, et Caravage a employé des moyens plus subtils pour montrer l’instant suspendu :

  • la main droite d’Attila vient de lâcher la corde, peut être vibre-t-elle encore au point d’être invisible ;
  • une main surgie de l’arrière a tenté, mais un instant trop tard, de s’interposer ;
  • le sang jaillit de la plaie qu’Ursule compresse vainement, faisant voir de manière rétrograde le mouvement de pénétration de la pointe.


1610 Caravage Le Martyre de sainte Ursule Gallerie d'Italia - Naples schema
Tandis que la main qui vient de lâcher la corde est restée en place, celle qui dirigeait la flèche a pivoté, de sorte que le bas de l’arc vient toucher le bas de la robe (flèches bleues) : comme si le meurtrier tentait, par ce contact doux, de compenser le coup fatal qui maintenant l’horrifie.

L’absence de la corde et de l’empennage de la flèche (en blanc) sont peut être dus au mauvais état de conservation. Mais je pense plutôt qu’il s’agit d’une ellipse volontaire sur ces deux moteurs de l’action, pour tenter de revenir en arrière et de dissoudre dans les ténèbres l’instant fatal.


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Des flèches tirées vers le Ciel

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Epoque gothique

MS G.24, fol. 111 verso, Jacques, de Longuyon, fl. 1290-1312. Les voeux du paon (incomplete)/ Le restor du paon (incomplete), Northern France or Belgium, possibly Tournai, ca. 1350Les voeux du paon de Jacques de Longuyon, vers 1350, Morgan Library MS G.24 fol 111v

Un combat incertain entre deux hommes sauvages, l’un qui chute sa hache en avant et l’autre qui tire son unique flèche.

Jehan de Grise 1338-1344 Roman d'Alexandre Bodleian Library MS. Bodl. 264 fol 66r a
Jehan de Grise 1338-1344 Roman d’Alexandre Bodleian Library MS. Bodl. 264 fol 66r 

De tous les nombreux archers, humains ou simiens, présents dans les marges de ce manuscrit, ce singe est le seul à faire voler sa flèche. La même page contient également un singe jonglant avec deux assiettes, comme si elle était dédiée au thème des objets en suspens.

Contrairement à ce à quoi l’on pourrait s’attendre, ceux-ci restent aussi rares dans les marges des manuscrits – lieu autorisé des licences graphiques les plus débridées – que dans les miniatures plus sérieuses.

1300 ca Book of Hours Cambridge Trinity College B.11.22 fol 183r
Livre d’Heures (France), vers 1300, Cambridge Trinity College B.11.22 fol 183r

Ici c’est une épée qui part en diagonale, prolongeant comiquement le long bec de l’oiseau.

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La chasse de Diane

1667-84 Domenichino_-_La_caccia_di_Diana gravure de Giovanni Francesco VenturiniLa chasse de Diane
Gravure de Giovanni Francesco Venturini d’après Le Dominicain, 1667-84

A l’époque moderne, le seul exemple connu de flèche en vol est celui-ci. Je me contente de reprendre ici les explications définitives de Stefano Pierguidi [66].

« Les trois flèches qui ont touché l’arbre, la corde et l’œil de l’oiseau sont clairement visibles, et l’archère agenouillée au premier plan est représentée en train de prendre une flèche dans son carquois, ce qui signifie qu’elle n’a pas encore tiré. Mais puisqu’il y a cinq nymphes en compétition, où est la quatrième flèche ? Dans la gravure de Francesco Venturini…, la queue d’une quatrième flèche apparaît à l’extrême droite du tableau, et Herrmann Fiore a émis l’hypothèse que la peinture aurait pu être légèrement réduite…

1616-17 Domenichino_-_La_caccia_di_Diana_(Galleria_Borghese)
La chasse de Diane
Le Dominicain, 1616-17, Galleria Borghese, Rome

Effectivement la peinture originale ne montre pas cette flèche à l’extrême droite :

…Venturini… n’a pas pu repérer la quatrième flèche sur le tableau et n’a pas hésité à en ajouter une dans sa gravure pour clarifier la composition du Dominicain ».

1616-17 Domenichino_-_La_caccia_di_Diana_(Galleria_Borghese) detail

La flèche manquante, de plus grande taille à cause de la perspective, est à découvrir parmi les trophées promis par Diane aux cinq nymphes concurrentes.

« Il s’agit de la quatrième flèche qui, conformément aux écrits de Virgile, fut tirée vers le haut, témoignant d’une « dextérité et d’une habileté » remarquables : elle traverse le cercle avec élégance sans rien heurter, visant simplement le ciel. Il ne reste plus qu’à déterminer qui a tiré la quatrième flèche, et il ne peut s’agir que de celle qui la désigne clairement du doigt, soulignant ainsi qu’il n’y a plus de cible pour elle, à tel point qu’elle doit se contenter de décocher sa flèche vers le ciel. Mais c’est elle, finalement, qui sera déclarée gagnante : Diane, en effet, baisse les yeux et, tout comme Énée, elle décernera le premier prix à celui ou celle qui décochera sa flèche vers le ciel. »

1616-17 Domenichino_-_La_caccia_di_Diana_(Galleria_Borghese) schema

« Ce n’est qu’à présent que nous pouvons véritablement comprendre le mécanisme figuratif ambitieux, complexe et raffiné que Domenichino et Agucchi ont déployé pour représenter le temps en peinture. La nymphe agenouillée (1), dont l’expression semble effrayée, est celle qui a décoché la première flèche, ne touchant que l’arbre. Déçue d’avoir manqué sa cible, elle tient l’arc au repos dans sa main droite (et non dans sa main gauche comme toutes les autres), soulignant ainsi le peu de temps qui s’est écoulé depuis son tir… Les deux nymphes debout sont donc, comme l’ont déjà largement admis les critiques, celles qui ont décoché les deuxième (2) et troisième (3) flèches. Bellori avait probablement raison lorsqu’il affirmait que l’archère agenouillée au premier plan, occupée à extraire une flèche de son carquois (4), « vise l’oiseau en vol pour l’atteindre avant qu’il ne touche le sol ». Domenichino, avec une grande habileté, a ainsi dépeint un moment précis du concours de tir à l’arc, celui où la troisième flèche atteint l’oiseau, tandis que la seconde, qui vient de rompre la corde, est encore dans le champ de vision du spectateur. Et à travers les expressions et les gestes des deux nymphes au premier plan, il peut également « voir » ce qui vient de se produire (la première flèche n’a touché que l’arbre, décevant l’archère) et ce qui va se produire (la quatrième flèche atteindra l’oiseau avant qu’il ne tombe). La cinquième nymphe (5) se tourne vers ses deux compagnes debout, pointant le ciel du doigt. »

Les Trois Parques de Vouet

Réalisé entre 1623 et 1626 sous l’influence de l’oeuvre marquante du Dominicain, un tableau célèbre de Vouet transposait les trois Parques en trois archères, dont « la troisième, une vieille, lance vers le ciel un trait inutile et sans force, imbelle sine ictu. » [66]. Malheureusement, personne n’a revu ce tableau depuis Roberto Longhi, en 1943.

Le globe et la flèche de Poussin

Palazzo Riario Corsini alla Lungara - Museo Nazionale d'Arte AntLe triomphe du poète Ovide, Nicolas Poussin, 1624-25, Galerie Corsini, Rome

Cet hymne à l’Amour est truffée d’allégories sophistiquées [67] :

  • à gauche, le chérubin assis s’affaire à nouer le noeud d’amour ;
  • à droite, deux aiguisent leurs flèches avec le lait de Vénus.

Les six chérubins debout, quant à eux, s’affairent avec des objets en vol ou en suspension :

  • les deux munis d’un gantelet se renvoient le globe comme une balle ;
  • deux autres confèrent pour tirer avec leur arc sur un coeur suspendu dans l’arbre, tandis qu’un troisième préfère lui lancer à la main une flèche qu’il vient d’enflammer à sa torche ;
  • le dernier décoche vers l’arrière une flèche enflammée qui, telle un antimissile, monte à la rencontre de deux éclair qui ont crevé la nue.


Autres projectiles

Catapultes

1300-99 Siège_de_Jérusalem_(1099)_-Chronique de GUILLAUME DE TYR Français_9083 fol 1 1325-50 Siege de la Rochelle en 1224, Chroniques de France ou de Saint Denis, vol. 1 BL Royal 16 G-VI fol. 388

Siège de Jérusalem en 1099, 1300-99, Chronique de Guillaume de Tyr, BNF Français 9083 fol 1

Siège de la Rochelle en 1224, 1325-50 , Chroniques de France ou de Saint Denis, vol. 1 BL Royal 16 G-VI fol. 388

La première miniature montre de manière parfaitement mécanique l’effet sur une tourelle d’un boulet tiré par une catapulte.

La seconde montre le boulet en vol au mépris de toute logique, puisque les deux catapultes sont chargées.

1459-1500 Mariano Taccola, De re militari et machinis bellicis. BNF Latin 7239 fol 108v 1459-1500 Mariano Taccola, De re militari et machinis bellicis. BNF Latin 7239 fol 109r

Mariano Taccola, De re militari et machinis bellicis, 1459-1500, BNF Latin 7239, fol 108v et 109r

Ce bifolium plus démonstratif que réaliste montre qu’une catapulte peut lancer soit un boulet, soit un tonneau enflammé.

Bombardes

1400-70 Devise à la bombarde de Louis de Bruges Seigneur de La Gruuthuse, Les anciennes Chroniques de Flandres, BNF Français 2799 fol 1
Devise à la bombarde de Louis de Bruges, Seigneur de La Gruuthuse
Les anciennes Chroniques de Flandres, 1400-70, BNF Français 2799 fol 1

A cet emblème visuel est associé le motto Plus est en vous, allusion à la puissance explosive que dissimule la bombarde. Le boulet en fonte de fer, une innovation introduite en France vers 1450, est un signe de modernité et de richesse.

1470-80 The Siege of the Castle of Mortagne, near Bordeaux, in 1377 Recueil des croniques d'Engleterre von Jean de Wavrin), BL Royal 14 E IV, f. 23 1484 ca Siège_de_Rouen_(1418-1419) Martial d'Auvergne, Les Vigiles de Charles VII, , BnF, Manuscrit Français 5054, folio 19v

Siège de château de Mortagne près de Bordeaux en 1377, 1470-80 Recueil des croniques d’Engleterre de Jean de Wavrin, BL Royal 14 E IV, fol. 23

Siège de Rouen en 1418-19, vers 1484, Martial d’Auvergne, Les Vigiles de Charles VII, BnF MS Français 5054 fol. 19v

Ces deux miniatures se plaisent à montrer, de manière totalement anachronique, des boulets métalliques tirés par des bombardes ou des couleuvrines portatives.


Playful hours 1500-10 fol 253v coll part Re-making the margin fig 108
« Playful hours », 1500-10, fol 253v, collection particulière [67a] fig 108

Dans ce siège d’un château défendu par des singes, mais assailli par un homme sur une échelle, le boulet de la bombarde ridiculise les pierres qu’il ne sert plus à rien de jeter.


Choses qui vont et viennent

  • Le jeu de balles
  • Le jeu du volant

Le jeu de balles

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1300 ca Book of Hours Cambridge Trinity College B.11.22 fol 11vLivre d’Heures (France), vers 1300, Cambridge Trinity College B.11.22 fol 11v

Un couple échange des balles autour d’un arbre, qui évoque probablement le verset voisin :

Je me suis élevée comme le cèdre

Quasi cedrus exaltata sum


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Le jeu du volant

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Jeu du volant 1400 ca Livre d’Heures, à l’usage de Paris, Bodleian Library MS. Douce 62 fol. 102 (détail) Jeu du volant 1522 Stalle de la Collégiale Saint-Martin de Champeaux

Livre d’Heures, à l’usage de Paris, vers 1400, Bodleian Library MS. Douce 62 fol. 102r

Stalle de la Collégiale Saint-Martin de Champeaux, 1522

Dès les premières représentations de ce jeu [67b], les artistes privilégient la position intermédiaire du volant, la plus à même d’illustrer la notion d’échange symétrique. C’est sans doute aussi sa faible vitesse, et le fait que le jeu implique de le suivre des yeux, qui fait échapper le volant au « tabou » des objets en suspens.


Jeu du volant 1598 Au bilboquet, & autres jeux, Gravure imprimée par Nicolas Prévost a Jeu du volant 1598 Au bilboquet, & autres jeux, Gravure imprimée par Nicolas Prévost b

Jeu du volant et du palet

Jeu de balle contre un mur

Au bilboquet, & autres jeux, 1598, série de gravure imprimée par Nicolas Prévost

Cette série de gravures continue, pour des raisons didactiques, à montrer en vol le volant, le palet ou la balle rebondissante,


Jeu du volant 1632 ca Amor, ut pila, vices exigit », Adrian van de Venne, ill Jacob Cats, Spiegel vanden Ouden ende Nieuwe Tijd, La Haye, British MuseumJeu du volant, vers 1632, Adrian van de Venne, illustration de Jacob Cats, Spiegel vanden Ouden ende Nieuwe Tijd, British Museum

L’amour, comme une balle, exige la réciprocité

Amor, ut pila, vices exigit

Au XVIIème siècle, l’engouement pour le jeu fait qu’on cherche à lui attribuer une valeur emblématique : le volant qui va arriver sur la raquette de la dame symbolise la preuve d’amour que son cavalier est en droit de recevoir en retour.

jeu du volant 1700-1800 Edite par P. GallaysJeu du volant 1700-1800 Edite par P. Gallays

Lorsque nous jouons au volant,
Nous goustons des plaisirs sans nombre,
Vous, qui avez un autre attachement,
Pour le soleil, vous prenez l’ombre

Cette gravure anonyme et isolée est accompagné d’un texte plein de sous-entendus : en jouant ensemble, les deux hommes dont la jacquette s’entrouvre éprouvent des « plaisirs sans nombre », qui sont paraît-il incomparablement plus chauds (le soleil comparé à l’ombre) que les plaisirs ressentis par ceux qui se contentent d’« un autre attachement », plus hétérosexuel. Le chien qui suit le volant à ras de terre caricature le côté animal de l’échange.

Jeu du volant 1690 gravure de nicolas arnoult
Jeu du volant, 1690, gravure de Nicolas Arnoult

On voit souvent une Coquette,
Par un air adroit et charmant,
Échauffer plus un jeune Amant,
Que le Volant et la Raquette

La coquette la plus petite,  dans la même situation intermédiaire que le volant et dont la robe décolle du sol à l’instar de celui-ci, traduit graphiquement la supériorité que le quatrain stipule.


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Références : [61] Kurt Weitzmann, « The Psalter Vatopedi 761: Its Place in the Aristocratic Psalter Recension », The Journal of the Walters Art Gallery, vol. 10, 1947, https://journal.thewalters.org/wp-content/uploads/journal-of-the-walters-art-museum_10.pdf [62] Dans la mesure où l’image du MS 50 semble se rapporter à la section « Carmen in David » de Jean le Géomètre, il faudrait vérifier si ce texte (inédit à ce jour) ne contient pas d’allusion ou de métaphore pouvant expliquer le cheval. [63] Pour consulter tous les exemples de la Warburg iconographic database, 21c: Semei throws stones at David, who forbids Abisai to punish him https://iconographic.warburg.sas.ac.uk/category/vpc-taxonomy-048880 [64] Geneviève François-Souchal, Les émaux de Grandmont au XIIe siècle, Bulletin Monumental Année 1964 122-1 pp. 7-35 https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1964_num_122_1_8876 [65] Pour les saints Etienne (FR 50 fol 240v), Vital (FR 50 fol 327v) , Timothée (FR 50 fol 365v), Pothin (FR 50 fol 387v), André et Paul de Lampsaque (FR 51 fol 16v), Polychrone (FR 51 fol 30r), Chrysanthe et Daria (FR 51 fol 41r) ainsi que pour le Juif profanateur (FR 51 fol 440v). [66] Stefano Pierguidi, La freccia in aria, ovvero la rappresentazione del tempo in pittura : la Caccia di Diana di Domenichino e le Tre Parche di Simon Vouet, Les Cahiers d’histoire de l’art, 2009, n°7 https://www.academia.edu/11930553/La_freccia_in_aria_ovvero_la_rappresentazione_del_tempo_in_pittura_La_Caccia_di_Diana_di_Domenichino_e_Le_tre_Parche_di_Simon_Vouet [67] H. Bardon, DEUX TABLEAUX SUR DES THÈMES ANTIQUES, Revue Archéologique, T. 1 (janvier-juin 1960), pp. 161-181 (21 pages) https://www.jstor.org/stable/41754721 [67a] Anne Margreet W. As-Vijvers, Re-making the margin : the Master of the David scenes and Flemish manuscript painting around 1500 [67b] Frédéric Baillette, Miséricorde et Jeu du volant, en 1522, https://www.lavieduvolant.org/2023/05/misericorde-et-jeu-du-volant-en-1522.html

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