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Le Colisée carré (« il colosseo quadrato » comme dirait Dante)

Publié le 01 mars 2009 par Gabrielsiven
Le "vrai " colisée, oeuvre des empereurs Flaviens (80 ap JC)
Les voyages d’affaires sont appelés ainsi par opposition aux voyages d’agrément : tout est dit. Seule consolation pour celui qui les entreprend, être autorisé, voire incité, à prendre un taxi, afin de rejoindre au plus vite son bureau d’adoption.
L’employeur sait qu’ainsi son collaborateur arrivera aussi frais et dispos que le poisson à la criée, prêt à travailler –et hop ! dans la poêle. Ce qu’il n’a en revanche pas besoin de savoir, c’est que le voyage en taxi – car c’en est un – peut s’avérer dépaysant.
Encore faut-il réunir deux conditions : tomber sur un chauffeur passablement loquace, très amoureux de sa ville et baragouiner soi-même un peu la langue du coin.

Le colisée vu de l'intérieur, sans Bruce Lee ni Chuck Norris, mais avec les structures souterraines de l'arène.
Tout récemment j’ai ainsi eu droit au « giro turistico » de Rome pour le prix de la course normale, l’ennuyeux aéroport-bureau. Et honnêtement, même si ça avait été quelques euros plus cher, « chi se ne frega ? »*
D’emblée le chauffeur me tutoie, tout en s’excusant toutes les deux minutes de ne pas parvenir à me vouvoyer. Je suis donc bien en Italie. Il faut quand même attendre d’avoir dépassé le no man’s land de l’aéroport de Fiumicino (dont maintes valises ne sont jamais revenues) pour en être sûr.
Alors, annoncée par les tonalités rouge brique et vert sombre des constructions, la campagne romaine fait timidement son apparition. Les pins parasol font leur entrée, identiques à ceux peints par Fragonard, Hubert Robert et plus tard Valenciennes. Malheureusement, cela fait belle lurette qu’ils n’ombragent plus des fabriques ou des bergers et leurs troupeaux. Ils se sont réfugiés sur les étroites bandes de gazon qui séparent l’autoroute des zones industrielles et des bureaux.

La coupole de Saint-Pierre

Dessins d'églises, Léonard de Vinci, manuscrit B c.1489

L'alternance monotone d'hôtels et de stations-services est tout à coup brisée un dôme appuyé sur un volume cubique, qui émerge d’un bosquet. Surgissent alors les églises à plan centré de la Renaissance, comme la toscane Montepulciano, les dessins de Léonard, l’adaptation du plan à Saint-Pierre et la diffusion du modèle de l’église à coupole d’un bout à l’autre de Rome et jusqu’au Nouveau Monde.

L'église San Biagio à Montepulciano,
par Antonio da Sangallo l'Ancien
(copyright F. et Y. Pauwels-Lemerle, L'architecture à la renaissance, "tout l'art", Flammarion)
Cette simple superposition de volumes porte en elle toute cette histoire, qui se jette sur le passager, l’assaille et se retire en un instant, si vite évanouie dans le rétroviseur.

Les coupoles de Rome depuis la Villa Médicis
Elle laisse place à plus grand et plus dérisoire, le fameux Palais de l'Etat et du Travail érigé par Mussolini à la gloire du génie italien, toutes disciplines confondues. Le chauffeur m’apprend que toute la zone fut construite en prévision de l’Exposition Universelle de Rome qui aurait dû avoir lieu en 1942. Edifié sur une butte qui domine un parc d’attractions désaffecté, le Colisée Carré, comme on le surnomme, n'attire pas les foules. Il a un air de statue d’autoroute, ou de ruche géante avec des arches en guise d’alvéoles. Six en vertical pour les six lettres du prénom Benito, et neuf en horizontal pour les neuf lettres de…Mussolini, toujours selon le taxi. L’explication manque suffisamment de subtilité pour être vraisemblable.

Le "colisée carré", 1942, par les architectes Guerri, Lapadula et Romano
C’est un monument mythique au sens étymologique : souvent reproduit dans les livres d’histoire, voire d’histoire de l’art, mais jamais vu, ou si mal, si vite depuis la bretelle d’autoroute. C’est également un anti-colisée, qui exalte la gloire d’un homme sous couvert de louer le génie d’un peuple.
Parfois l’urbanisation effrénée fait bien les choses, en créant des limbes architecturaux qui tiennent lieu d’exemple à tous les Mussolini au petit pied : voilà le sort que la postérité réserve à leurs rêves de grandeur.
La voiture continue sa course, et Rome, la vraie, se rapproche. Nous dépassons d’abord Saint-Paul-hors-es-Murs, puis les restes du mur d’Aurélien. Soudain le taxi déboule sur une route qui fait face aux jardins Farnèse, au sommet du Palatin. « Voilà l’endroit où Rome est née, l’endroit où Romulus et Remus ont bu le lait de la louve ! », s’exclame inopinément le chauffeur.

Le pouvoir de Rome, c’est cela : même sur la banquette d’un taxi, en route vers une boîte mails qui déborde et des piles de dossiers, on est sur le Mont Palatin avec les jumeaux de Rhéa Silvia et du dieu Mars…
Et cela justifie tous les voyages supposément d’affaires, bien mieux que les synergies imaginaires.
La louve du Lupercal allaitant Romulus et Remus (la louve est antique, du VIème avt JC, mais les marmots datent du XVème)
Ce sont les chauffeurs de taxis les véritables portes des villes modernes, pas les panneaux muets à l’entrée du périphérique, ni les moignons de briques fondues qu'enserrent les boulevards romains.

Finalement la course n’est pas si chère, même quand il n’y a pas un dispendieux patron pour payer la note de frais.
* en (mauvais) français : « on s’en tape ! »
Le colisée, et un authentique gladiateur.

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LES COMMENTAIRES (1)

Par cyril
posté le 30 juillet à 12:26
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B onjour,

Je me présente : Cyril. Je travaille pour Seriousguide, une collection de guides de voyage en français.

Le principe : Seriousguide s'appuie sur des récits de voyage publiés sur notre plateforme www.seriousguide.fr comme première source d'information pour la sélection des contenus des guides de voyage imprimés.

Nous préparons actuellement un guide sur Rome. Notre plateforme participative vient d'être ouverte au public et les voyages qui y sont publiés par les internautes représentent une source essentielle pour nos guides papiers. Toutefois, nous repérons également les contenus intéressants provenant d'autres blogs. C'est ainsi que nous avons présélectionné le Colisée carré vous parliez avec enthousiasme dans votre blog et que nous avons envoyé un de nos correspondants sur place pour le tester !

Si nous décidons de conserver cette activité pour notre guide Rome, nous aimerions pouvoir vous citer comme étant notre source d'information. Je tiens à vous préciser qu'en aucun cas nous n'allons reprendre votre récit, nous souhaitons uniquement pouvoir vous citer comme une de nos sources. Pouvez-vous me donner votre accord par mail à l'adresse suivante : cyril.anne@seriousguide.fr

Cordialement, Cyril pour Seriousguide

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