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Journal du nord

Par Lazare
A propos de
La Maison au Bord de l'Oniégo
de Mariusz Wilk
(Noir sur Blanc).
Il arrive parfois que les hommes décident d'opérer une rupture d'avec leur monde, leurs habitudes, leurs convictions – on en voit quelque fois se terrer au fond des bois & passer leurs journées à y penser. Ainsi naissent des sortes d'archétypes littéraires un peu bancals & multifonctions comme Walden. Ainsi se souvient t'on (presque) exclusivement de Thoreau. Plusieurs centaines d'années séparent Thoreau de Mariusz Wilk, écrivain polonais, & pourtant la même démarche, le désir similaire de s'imprégner d'un monde singulier en même temps que quotidien, en feraient presque des contemporains.
Publiés régulièrement dans Rzeczpospolita, un des principaux quotidiens de Varsovie, les réflexions qui émaillent La Maison au Bord de l'Oniégo font suite au Journal d'un Loup premier volet de ce travail au long cours qui fit de son auteur une sommité dans son pays.
Réflexions personnelles donc, mais aussi historiques sur la Russie & plus particulièrement sur la Carélie (nul n'est prophète etc etc...), cette région limitrophe de la Finlande, ouverte à toutes les influences, recueil de textes lyriques (un peu trop Sacre du Printemps parfois) sur la grandeur & la beauté de la nature, ce livre est une véritable mosaïque littéraire faisant l'éloge de l'intime & de l'universel. Si c'est pas beau ça... Mais comment donc? La réponse est donnée dès les premières pages tandis qu'une journaliste russe, venue l'interviewer, lui demande pourquoi il a choisi cette région là pour comprendre la Russie (une de ses nombreuses autres démarches). Pourquoi s'être installé si loin de tout, dans ces terres soumises à tant d'influences extérieures, & Marius Wilk de répondre que c'est justement dans ce genre d'endroit perméable, au confluent d'autant de cultures (russes, finnoises, mais aussi polonaises) que ces dites cultures se conservent le mieux, de peur de se retrouver « noyées ». Ainsi, poursuit-il, c'est bien en Carélie & non à Moscou ou Pétersbourg, qu'à été retrouvé l'un des plus vieux texte traditionnel russe. La journaliste, qui ne se démonte pas, lui fait remarquer qu'il aurait très bien pu aller en ville où les attraits culturels & intellectuels sont plus importants. Réponse de l'ermite: « Pour bien examiner le nouveau visage de la Russie, j'ai pensé qu'il ne suffisait pas de regarder la face épanouie des nouveaux russes dans les pubs de la rues Tverskaïa, dans les couloirs du Kremlin ou sur les écrans de télévisions, mais qu'il fallait aussi voir les figures de ceux qui sont restés sur les lieux détruis, regarder leurs yeux ivres, fous. » (p22).
Contemplatif, exacerbant un caractère posé où l'on perçoit d'innombrables silences méditatifs, Mariusz Wilk emploie son isolement pour prendre de la distance avec les évènements, les examiner avec attention, sans précipitation. Aussi, apprend t'on qu'il n'a entendu parler de la guerre en Irak seulement deux semaines après que la statue de Sadam fut mise au sol & encore, par un pêcheur qui passait par là. C'est aussi dans cet isolement qu'apparaît tout le « mysticisme » du livre, les influences millénaires qui refluent dans la solitude blanche de la Carélie où la culture chamanique est encore très présente. Passant du journalisme anthropologique à l'anachorète inspiré, Wilk demeure dans un incessant ballet entre le micro & le mega, l'intime & l'universel. La boucle est bouclée.

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