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Opposition à la réintégration de la France dans l’OTAN : la position du Modem

Par Francois155

Chacun l’aura Opposition à la réintégration de la France dans l’OTAN : la position du Modemremarqué sans véritablement s’en étonner : le débat sur le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN s’est déroulé dans une relative discrétion et n’a pas mordu au-delà d’un cercle restreint de spécialistes, d’amateurs intéressés et de professionnels. Les politiques, qu’ils émargent à la majorité ou dans les partis d’opposition, lorsqu’ils se sont exprimés, l’ont fait mezzo voce, sans vraiment prétendre intéresser la majorité des citoyens qui, de fait, ne se sentent guère impliqués par une décision éloignée de leurs préoccupations actuelles, qui plus est relativement technique, et dont les répercussions visibles seront minimes.

Il est bon, néanmoins, que les décideurs qui se veulent en position de gouverner la Nation aient non seulement des positions claires sur les questions géopolitiques et militaires, mais qu’ils les fassent aussi connaître publiquement afin que l’on puisse savoir à quoi s’en tenir au moment de voter pour eux, ou pour d’autres, le cas échéant.

- Intéressons-nous aux positions du Mouvement Démocrate sur cette question particulière.

Pourquoi, tout d’abord, observer ce parti plus qu’un autre ?

Je vais être personnellement honnête pour commencer : à sa naissance, et même un peu avant, le positionnement politique de ce mouvement, mais aussi les promesses d’un fonctionnement interne réellement différent, ont suscité ma sympathie. Cet intérêt a beau s’être amoindri, pour des raisons qui ne rentrent pas dans le cadre de ce débat, il me semble plus franc de le mentionner d’emblée quand bien même, en tant que simple blogueur, je n’aurais pas la vanité de prétendre être toujours impartial ni objectif.

Plus révélateur, car nous quittons à présent ma petite personne, le Modem se veut une formation visant ouvertement le gouvernement de la France et son président se verrait bien Président de la République (certes, sondages et analystes politiques sont cruels quant à la réalisation prochaine de cette destinée, mais les uns comme les autres se sont souvent trompés…). Surtout, il ambitionne de ne point se laisser enfermer dans une opposition stérile et revendique une identité rassembleuse, par-delà les clivages traditionnels, qui devrait motiver des positions intéressantes, fouillées, en tout cas éloignées de l’obstructionnisme systématique et partisan. Enfin, les personnalités qui dirigent cette formation sont issues, pour la plus grande part, d’une tradition démocrate-chrétienne historiquement plutôt favorable à l’atlantisme.

Mais qu’en est-il aujourd’hui exactement ?

Il faut commencer par dire que, sur ce point particulier du retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, le Modem n’a pas produit de document de synthèse explicatif. Il faut donc se contenter des interventions publiques de son président et d’autres personnalités proches de la direction. C’est à vrai dire regrettable : à côté desdits entretiens[1], il aurait sans doute été bon de pouvoir disposer d’une véritable note, plus fouillée et détaillée qu’une interview journalistique, résumant les critiques, mais aussi les propositions, et que les personnes intéressées auraient pu consulter pour aller plus loin et mieux cerner l’avancement des réflexions du parti sur ces problèmes. De tels documents existent sur d’autres sujets concernant la Défense, j’y reviendrai plus bas, mais pas sur l’OTAN.

- Que nous dit François Bayrou pour exprimer son opposition, car c’en est une, à cette réintégration ?

Son argumentaire tourne autour de trois points : la France va perdre son « originalité », une « indépendance » acquise grâce au Général de Gaulle qui rendait sa voix singulière dans le concert des nations ; l’Europe de la défense va sortir affaiblie, si ce n’est achevée, de cette décision qui consacre la soumission du Vieux Continent à la volonté presque exclusive des États-Unis ; enfin, le président du Modem critique plus globalement un style de gouvernance propre à M. Sarkozy, trop personnel et voulant imposer son point de vue sans débat.

Ne nous attardons pas trop sur ce dernier point : la question du « pouvoir personnel » est un argument récurrent chez les opposants à l’actuel locataire de l’Élysée. Certes, ce dernier pratique, et dans tous les domaines, une lecture des institutions, et du rôle du Président de la République, qui lui est propre et qui suscite légitimement interrogations voire critiques. C’est une question effectivement d’importance, mais dont d’autres débattent avec plus de talent que moi. En l’occurrence, je pense que l’homme, en cas d’échec, paiera par là où il a pêché… Mais sur ce point précis de l’OTAN, on reste interdit devant l’argument du « pouvoir personnel » : M. Sarkozy n’a jamais fait mystère de son tropisme atlantique et l’on ne peut donc pas prétendre avoir été pris par surprise ; d’autre part, un débat avec vote devant les députés et sénateurs, s’il est souhaitable car il permet à chacun de s’exprimer, aura, vu la composition politique des deux assemblées, le résultat que l’on prévoit ; enfin, imagine-t-on sérieusement un referendum sur cette question ?

- Plus intéressants sont ses deux autres arguments : le premier porte sur l’originalité de la voix de la France qui, hors de l’OTAN, serait plus audible, lors même qu’elle deviendrait suspecte sitôt qu’elle réintègre le commandement intégré. En filigrane, bien sûr, revient la question de l’héritage gaulliste que l’on brade.

Une telle radicalité bicéphale étonne : ainsi, hors du commandement intégré (car ce n’est que cela, rappelons-le…), la France était écoutée, pesait sur les affaires du monde, était, en somme, une puissance à part ; à l’inverse, sitôt le sommet de Strasbourg-Kehl achevé, quasiment du jour au lendemain, elle deviendra, au choix ou tout cela en même temps, un nain, un paillasson, un ennemi déclaré, un vulgaire laquais de l’Amérique… La réalité est sans doute moins tranchée et la France continuera à faire entendre sa voix à une seule condition : si elle le veut bien. Ce qui suppose le maintien de sa capacité nucléaire, des forces conventionnelles de haut niveau et une vraie volonté politique. À l’intérieur ou hors de l’OTAN, peu importe si ce qui précède vient à manquer.

Quant à laisser sous-entendre que cette décision pourrait nous rejeter du glorieux camp des indépendants vers celui des pro-américains acharnés et, à ce titre, nous attirer des rancœurs mortifères, cela relève du gag : la Russie soviétique a-t-elle jamais douté, même après 1966, de l’appartenance de la France au camp atlantique en cas de guerre chaude ? Certes, elle voit aujourd’hui d’un mauvais œil la survivance de cette organisation et, plus encore, son extension vers l’est. Mais l’attribution de deux bureaux à des officiers français va-t-elle changer son attitude à notre égard ? Et la Chine ? Quant aux miliciens qui tuent effectivement nos soldats aujourd’hui, ils se battent l’œil de savoir si nous sommes, ou pas, dans le commandement intégré de l’alliance atlantique. Il suffit que nous soyons chez eux…

Du reste, historiquement, cette dichotomie automatique vassalité/indépendance n’a jamais eu d’existence : la IVe République, totalement atlantiste, a mené des opérations et soutenu des politiques qui n’avaient pas l’aval de Washington (Algérie, Suez, soutien militaire appuyé à Israël, poursuite de son programme nucléaire) ; a contrario, les dirigeants de la Vème ont toujours affirmé leur solidarité avec l’Amérique et, plus généralement, à l’OTAN sur le théâtre européen, mais pas seulement (soutien inconditionnel du général de Gaulle lors de la crise de Cuba, soutien de François Mitterrand sur la question des euromissiles, soutien de Jacques Chirac après le 11 septembre et lors de la guerre contre le régime taliban de Kaboul en 2001).

Bref, cette indépendance mythifiée ne tient en réalité qu’à deux fils ténus, d’ailleurs toujours les mêmes : notre puissance militaire, nucléaire et conventionnelle, et la volonté politique de nos dirigeants. Dans les deux cas, cela sera à nous, français, de décider de ce que nous voulons en faire : sauf erreur de ma part, cette réintégration ne prévoit ni le démantèlement automatique et immédiat de notre force de frappe, ni la réduction obligée de nos effectifs conventionnels, ni l’élection obligatoire de dirigeants serviles…

- Dernier argument, et là on sent que M. Bayrou tient de quoi emporter le point : la question de la survivance de l’Europe de la Défense à l’aune de la décision de revenir pleinement dans l’OTAN. À l’évidence, l’axiome du Président de la République, à savoir « plus d’OTAN c’est plus d’Europe de la défense » sonne étrangement. Et puis, c’est vrai, la France est pour ainsi dire la seule à clamer haut et fort qu’il faut à l’UE une vraie composante militaire, au grand dam d’autres pays qui voient dans l’OTAN, structure établie et forte de la puissance américaine, la seule garantie certaine de sécurité.

D’autant que le Modem est plutôt à l’aise sur cette question de l’Europe puissance : en témoigne un très bon texte (voir ici) qu’il a mis en ligne sur le sujet.

Hélas, si son président critique beaucoup, en exprimant son opposition à la décision du retour dans le commandement intégré, il propose peu : il condamne par avance une mort déjà programmée, un rêve enterré, une ambition fatalement détruite par l’OTAN. S’inquiéter est légitime, mais de là à proclamer que l’Europe de la défense ne se fera jamais sous ce seul prétexte semble un peu court. Et assez inexact : quid de tous les projets en cours ? Du succès de l’Eufor ? Des avancées, certes timides, mais l’UE n’a jamais non plus était un long fleuve tranquille et l’approche fonctionnaliste a donné plus de résultats que les incantations, qui ont bel et bien été réalisées et méritaient d’être saluées ? Et, plus encore, on aurait aimé l’entendre sur ce qu’il souhaite concrètement pour la mise en œuvre de cette Europe de la défense : grands programmes d’armement en commun, intégration progressive des forces navales, que sais-je encore ?

Bref, sur cette affaire où il joue pourtant à domicile, M. Bayrou fait son travail d’opposant… mais pas plus. Dommage, car il avait avec ce thème l’occasion justement de prononcer des paroles fortes et ambitieuses que l’on retrouve rarement dans la bouche des politiques français. Cet oubli, du coup, le range dans la catégorie des opposants à l’OTAN (de droite comme de gauche) sans lui offrir la spécificité dont il se réclame pourtant : être une force de proposition originale ayant un positionnement à part, et intéressant, dans le paysage politique français.

- À ce titre, j’ai déjà mentionné un document produit par la Commission des affaires étrangères et de la défense du Modem. Il faut également consulter le (très bref) entretien du Général Morillon publié dans le Parisien : celui se montre modéré dans ses critiques, s’interroge sur une plus grande part des Européens dans le mécanisme décisionnel de l’OTAN, prédit à l’Europe un rôle autonome et important dans le conflit israélo-palestinien et, rejetant l’argument selon lequel l’indépendance militaire de la France serait remise en cause par cette adhésion, pose une bonne question sur l’évolution de l’alliance et des intérêts militaires américains. Ce faisant, il suggère des interrogations qui méritent effectivement qu’on s’y arrête : comment qualifier clairement l’OTAN actuelle et ses évolutions ? Que veut-elle exactement sur le plan géostratégique et quelle place souhaite-t-elle prendre dans l’ordre mondial en mouvement ?

Tenter de trouver une identité nouvelle à l’OTAN, demander des précisions sur son rôle futur, s’interroger sur les intérêts des deux grands pôles (européens et américains), et même sur les tiraillements qui existent au sein des membres européens de l’Alliance, voilà qui est plus intéressant et constructif qu’un rejet en bloc, catastrophiste et partisan, d’une réintégration (et je rejoins Olivier sur ce point, voir son excellent billet commentant l’intervention de Nicolas Sarkozy ici) somme toute très anecdotique.

- Au final, et alors que le Modem avait beaucoup à dire sur ce sujet de politique étrangère, domaine où on l’entend relativement peu mais qui fait la différence entre un parti de gouvernement et un simple mouvement d’opposition systématique, son président rate le coche et perd une bonne occasion de marquer sa différence. En égrenant des slogans (pardon : des « éléments de langage ») définitivement « contre » sans émettre de propositions, M. Bayrou se cantonne à un rôle d’opposant au Président de la République et ne convaincra que ceux qui l’étaient déjà.

Dommage, car le sujet méritait mieux qu’un discours à usage intérieur (pour ne pas dire « interne »), assez plat, et qui survole le problème sans vraiment aborder les questions intéressantes. On espère, pour la vitalité du débat démocratique français, que le Mouvement Démocrate « musclera » à l’avenir le fond de son propos sur ces problématiques. En tout cas, qu’il mettra en adéquation ses ambitions, qui sont hautes, et ses argumentaires publics.


[1] Le lecteur se reportera au site officiel du Mouvement Démocrate pour plus d’informations, et plus particulièrement à cet entretien accordé au Figaro.


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