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Sri Lanka: la guerre est finie

Par Fix
Sri Lanka: la guerre est finie

Velupillai Prabhakaran, chef suprême des Tigres tamouls, a réussi à mettre sur pied une des armées rebelles les plus sophistiquées et déterminées du monde, avant de faire une série d'erreurs qui les a conduits à la défaite.

L'armée sri-lankaise a annoncé lundi avoir tué le chef suprême des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), âgé de 54 ans, et ses principaux adjoints.

Pour ses partisans, Prabhakaran était le coeur tenace de la guerre destinée à établir un Etat tamoul indépendant, séparé du Sri Lanka. Mais pour ses nombreux détracteurs, il était surtout un dirigeant brutal qui a à plusieurs reprises saboté des accords de paix dans sa quête de pouvoir.

Au sommet de sa puissance, le corpulent et moustachu chef de la rébellion, le pistolet Browning toujours à la ceinture, a dirigé en dictateur virtuel un Etat de facto dans la région de la péninsule de Jaffna (nord du Sri Lanka), avec plusieurs centaines de milliers d'habitants, un drapeau, une police et un système judiciaire.

Ses troupes étaient armées d'artillerie lourde, et disposaient d'une aviation rudimentaire qui a tout de même bombardé l'aéroport international de Colombo et d'unités commando spécialisées dans les attaques-suicide, les Tigres noirs. Sa marine de guerre était composée de vedettes d'attaque rapides, de bateaux-suicide piégés remplis d'explosifs, de sous-marins rudimentaires et de grands navires de contrebande parcourant l'océan Indien.

Les LTTE auraient gagné jusqu'à 300 millions de dollars en un an grâce à leurs actions armées, au trafic de drogue, à la diaspora tamoule et aux oeuvres de charité.

Mais Prabhakaran était aussi une figure de l'ombre qui apparaissait rarement en public, préférant communiquer lors d'une déclaration radiodiffusée, chaque année au mois de novembre, véritable "discours à la nation".

Les soldats tamouls -dont certains recrutés de force lorsqu'ils étaient enfants- considéraient Prabhakaran comme leur chef incontesté.

Ce dernier leur ordonnait de s'abstenir de relations sexuelles, de couper tout liens avec leur entourage et de porter des fioles remplies de cyanure autour du cou pour pouvoir se suicider en cas de capture.

"Il est leur cerveau. Il est leur coeur. Il est leur dieu. Il est leur âme. Et toute l'organisation tourne autour de lui", déclarait ainsi le journaliste indien Narayan Swamy, auteur d'une biographie de Prabhakaran.

Le chef séparatiste a orchestré des attaques sur des bases militaires sri-lankaises, tuant des centaines de soldats, et réussi des contre-offensives dévastatrices pour l'armée régulière.

Le recours régulier aux attaques-suicide -dont l'attentat de 1998 au temple de la Dent du Bouddha, principal sanctuaire bouddhiste du pays- a conduit les Etats-Unis, l'Union européenne et l'Inde à classer la LTTE parmi les organisations terroristes. Le groupe a aussi assassiné plusieurs hommes politiques sri-lankais, dont l'ancien président Ranasinghe Premadasa.

Mais alors qu'il a parfois été salué comme un maître de la stratégie, Prabhakaran a aussi fait une série d'erreurs qui ont finalement conduit à sa chute.

Il s'est mis a dos son plus important allié, l'Inde, en envoyant une kamikaze tuer le Premier ministre indien Rajiv Ghandi en 1991, en représailles contre une mission indienne de maintien de la paix qui a mal tourné.

Au cours des négociations ayant suivi le cessez-le-feu de 2002, il a rejeté un accord qui aurait donné aux LTTE une large autonomie dans le nord et l'est du pays, selon un diplomate ayant eu connaissance de la proposition. Mais Prabhakaran a affirmé ne pas pouvoir accepter moins qu'un Etat tamoul, baptisé Eelam.

Prabhakaran a aussi appelé au boycott de l'élection présidentielle de 2005, ce qui a contribué à la victoire du "faucon" Mahinda Rajapaksa ligne dure.

Après l'échec des négociations de paix, les rebelles tamouls ont coupé l'approvisionnement en eau de plus de 60.000 personnes dans l'est, déclenchant une riposte militaire sans précédent, offensive qui s'est poursuivie jusqu'à la défaite finale des Tigres tamouls.


source; nouvelobs

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