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Entre deux

Publié le 08 juin 2009 par Menear
Cette lecture de L'Assommoir comme un défi à moi-même pour dénicher la page qui justifierait les neuf-cent autres. Celle-ci peut-être ?
J'aime assez, chez Zola, ces entre-deux d'espace qui se dégagent, l'espace urbain notamment, et l'esthétique très outrée des éclairages. Le Paris qui ressort est un Paris au bord (au bord des formes, au bord du vice, au bord du siècle), souvent vertigineux.
Elle fila raide sur le trottoir, en roulant l'idée de sauter aux yeux de Coupeau. Une petite pluie fine tombait, ce qui rendait la promenade encore moins amusante. Mais, quand elle fut arrivée devant l'Assommoir, la peur de la danser elle-même, si elle taquinait son homme, la calma brusquement et la rendit prudente. La boutique flambait, son gaz allumé, les glaces blanches comme des soleils, les fioles et les bocaux illuminant les murs de leurs verres de couleur. Elle resta là un instant, l'échine tendue, l'œil appliqué contre la vitre, entre deux bouteilles de l'étalage, à guigner Coupeau, dans le fond de la salle il était assis avec des camarades, autour d'une petite table de zinc, tous vagues et bleuis par la fumée des pipes et, comme on ne les entendait pas gueuler, ça faisait un drôle d'effet de les voir se démancher, le menton en avant, les yeux sortis de la figure. Était-il Dieu possible que des hommes pussent lâcher leurs femmes et leur chez eux pour s'enfermer ainsi dans un trou où ils étouffaient ! La pluie lui dégouttait le long du cou elle se releva, elle s'en alla sur le boulevard extérieur, réfléchissant, n'osant pas entrer.
Emile Zola, L'Assommoir, Feedbooks, P.744-745.

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