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Total respect

Publié le 07 octobre 2007 par Argoul

The chief executive of the French oil Total was recently questioned about Total’s activities in Myanmar. The subject was less economics than morals. How strange ! Is Total a kind and Christian youth club ? Is business only governed by personal ethic of anyone ? When information is replacing with lecture to somebody, it may be a proof that the French press is less professional than others.

Le directeur général du groupe Total, Christophe de Margerie, a été interrogé par ‘Le Monde’ le 6 octobre 2007 (page 4), sur son exploitation du champ gazier de Yadana en Birmanie. Ce qui est étrange, pour un lecteur critique, est que le principal des questions porte sur « la morale ». Comme si l’objet social d’une entreprise était de faire du patronage, comme s’il ne fallait traiter gentiment économie qu’avec de gentils gens, bien humanistes, bien démocrates, bien fréquentables.

Quelle est donc cette morale de curé, ce moralisme politique qui agite les passions et remue « les valeurs » ? « Le capitalisme est-il moral ? » s’interrogeait en 2004 le très médiatique philosophe André Comte-Sponville. Il exposait – en 237 pages – toute la complexité du problème. Il rappelait surtout qu’il faut distinguer les ordres des choses parce que les lois qui les gouvernent ne sont pas les mêmes. Pascal différenciait déjà l’ordre du corps, celui du cœur et celui de l’esprit. Si le très infantile « tout est permis » ou « interdit d’interdire » soixantuitard a vécu, le problème des limites à toute action humaine reste posé. Mais toute confusion des ordres engendre ridicule ou tyrannie, angélisme ou barbarie.

Il n’y a donc pas de ‘morale’ dans l’ordre scientifique, technique ou économique. L’économie est un savoir-gérer, une allocation efficace de moyens pour produire ce que l’objet social exige de l’entreprise. « La pluie qui tombe, elle n’est jamais morale ni immorale. Il n’y a que les très jeunes enfants qui pensent que la pluie est gentille quand elle fait pousser les fleurs et les légumes, et méchante lorsqu’elle crée des inondations ou qu’elle les empêche de jouer au football… » Comte-Sponville (p.76). Les lois qui font tomber la pluie ont une raison immanente qui n’a que faire de nos jugements de valeur. De même une entreprise, dès lors qu’elle agit dans le cadre des lois existantes, n’a pas de considérations « morales » à avoir pour travailler. Ou alors que la loi de l’Etat où se trouve son siège social le lui interdise : c’est bien ce qui se fait aux Etats-Unis, beaucoup moins hypocrites que les Français lorsqu’ils ont un intérêt à défendre… Et où la décision est prise par un collège démocratique – le Congrès – et non pas par le seul bon vouloir du Président.

La moraline a donc frappé une fois de plus ce quotidien imbibé de valeurs démocrate-chrétiennes depuis la fondation du ‘Monde’. Les questions mondaines sont éminemment « économiques », elles épousent le crescendo des « références morales », tout comme le ‘guide de la confession’ que le curé remet aux gamins qui postulent à leur Première Communion… La liste des péchés va du véniel au mortel, vous pouvez en juger : que répondez-vous à Nicolas Sarkozy ? aux ONG ? à la justice (belge, mais à compétence universelle, donc ‘Justice Immanente’) ? à la Voix de la Démocratie (Aug San Suu Kyi) ? à la Morale (chrétienne puisqu’il s’agit de « vous racheter » - sic !)

Mais le Directeur Général de Total ne joue pas à ce jeu-là. Il est un chef d’entreprise, pas un animateur de patronage ni à la tête d’une mission d’évangélisation. Ce n’est pas du même ordre : « nous disons aux politiques, prenez vos responsabilités ». Une entreprise se doit de répondre à ses actionnaires (où les « fonds éthiques » imposent leurs exigences) et à ses salariés, éventuellement aux juges en charge du respect du droit - pas à la « foule sentimentale » d’où dégouline le moralisme à bon marché (et très médiatique). Ses réponses méritent d’être analysées pour ce qu’elles disent du divorce entre une certaine presse et la réalité des entreprises. Elles témoignent également de l’écart entre la moraline de petits intellos qui croient « faire » l’opinion commune parce qu’il coassent entre eux dans le microcosme et les entrepreneurs qui agissent dans le monde tel qu’il est. Elles disent l’ignorance du Français moyen, souvent protégé d’Etat, pour les conditions d’exercice des soutiers de l’économie. Elles rappellent la critique virulente d’Hubert Védrine contre la trop naïve idéologie « droitedelhommiste » : « nous ne sommes pas dans la gentille communauté internationale, où l’histoire est finie » (France-Inter, le Franc-parler, 2 octobre 2007). Nous sommes dans le réel.

Aux questions du ‘Monde’, le Directeur Général de Total fait les réponses appropriées :
· « Nicolas Sarkozy vous a demandé de geler tout investissement dans ce pays, que comptez-vous faire ? » – « nous avons entendu ».
· « un retrait, réclamé par plusieurs ONG, est-il envisagé ? » – « nous dialoguons … quand elles l’acceptent. Nous écoutons, mais elles ne décident pas de ce que fait le groupe. »
· « la justice belge vient pourtant de se saisir d’une plainte de Birmans contre Total » – « par deux fois elle a jugé ces plaintes irrecevables ».
· « En 1996, la dissidente et Prix Nobel de la Paix (…) jugeait que Total est le plus fort soutien du régime » - « (nous ne sommes plus en 1996 mais) en 2007 ! ASSK n’a pas non plus réclamé le départ de Total. »
· « 500 millions de $ par an (…) soutien indirect aux généraux ? » - « Alors, à chaque fois que nous payons des impôts dans un pays, nous soutenons son régime et sa politique ? »
· « vos projets sociaux sont-ils une façon de vous ‘racheter’ ? » – « (les projets sociaux) ne servent pas de justification à nos activités. »

Les journalistes du Monde se montrent ici parés de toute la Vertu de Grands Inquisiteurs, mais le DG de Total les renvoie dans leurs buts avec un brin d’humour : « Ce pétrole, on est bien obligé d’aller le chercher là où il est. Ce serait plus simple s’il y en avait au Club Med ! ». Eh oui, le monde n’est pas composé de ‘gentils membres’… Si Total ne va pas extraire le gaz de Birmanie ou le pétrole d’Iran, c’est la Chine qui le fera, ou la Russie, ou les Etats-Unis – et la France devra le leur acheter, au prix qu’ils fixeront unilatéralement. Alors, les « bonnes âmes » de se lamenter de la cherté du gros 4×4 qui les mène à leur résidence secondaire !

Pourquoi diantre une presse « de qualité » devrait-elle aller dans le sens de la bêtise commune, déjà dénoncée par Socrate ? Pourquoi répéter ces lieux communs de la moraline ‘café du commerce’ ? Pourquoi ne pas « éduquer » plutôt l’opinion éclairée des lecteurs du ‘Monde’ par des questions utiles qui montrent les rouages d’une entreprise nationale aux prises avec le ‘vrai’ monde ? En analysant de tels interviews, le lecteur critique se prend à penser qu’il tient ainsi une clé de la piètre opinion qu’ont les Français de leur presse quotidienne. A l’inverse des lecteurs anglais ou allemands pour la leur.


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