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Alan Mathinson Turing.

Publié le 28 avril 2009 par Ubuesque

Bonjour Alan Mathinson Turing, je dois d’abord t’avouer qu’il y a quelques jours, j’ignorais tout de toi. C’est avec surprise que j’appris ta destinée et c’est ainsi que je souhaite la partager. Bien sur, je m’étonne de la propension des anglais à avoir tout un tas de prénoms à coucher debout dehors sous un crachin breton mais je serais assez gentleman pour ne pas t’en faire part.

Tu nais le 23 Juin 1912 à Paddington après avoir été conçu en Inde de parents anglais mais ta mère refusait que son fils naisse dans un pays de mangeur de marrons. Ton père est officier et s’appelle Julius Mathinson Turing tandis que ta chère mère est Ethel Sarah Stoney, de son nom de jeune fille. En bon parents, ils décident d’aller vivre aux Indes, abandonnant ton corps et ton âme à de vieux amis. Ils reviendront à tes 14 ans, en 1926.

Très tôt, tu apprends à lire tout seul, en à peine un mois. A six ans, tu es inscrit à l’école St Michael’s où tous tes professeurs sont éberlués par ton talent précoce. Ta scolarité se passe sans grands ombrages et à tes 14 ans, tu intègres Sherborne School. Pour savoir à quel point tu aimais l’école, il suffit de retrouver cette anecdote qui indique que ton premier jour d’école coïncidait avec la grande grève générale au Royaume-Uni et que outrepassant le manque de bus et de transports, tu es simplement allé à l’école à vélo. Tous les collégiens et lycéens de France se moquent déjà de ta bétise. C’est sans connaître le nombre de kilomètres qui séparait ton toit de l’école : 97 kms. Là, ils t’appellent inconscient ! Toi, tu t’en fous et tu continues ton bonhomme de chemin.

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Arrêtez de me poser cette question, non, je ne fais pas partie de la famille de François Fillon ! Et oui, je devrais m’épiler les sourcils…

Encore quelque chose qui étonnera pas mal les jeunes têtes blondes mais son inclination pour les maths et les sciences lui valait d’être raillé par ses professeurs qui, à l’époque, privilégiait l’apprentissage de ce qu’ils appelaient alors les « classiques » : histoire, art, philosophie, littérature. Et j’aurais tendance à penser que ce sont les seuls enseignements utiles qu’un enfant puisse recevoir. Que faire du théorème de Pythagore ? Quelqu’un s’en est-il déjà servi pour jouer du triangle ? Non, c’est bien la preuve que j’ai raison. Revenons à notre brebis galeuse. Ton désintérêt pour toute autre forme d’enseignement que le scientifique suscita l’inquiétude bienveillante du proviseur qui mit en garde ses parents sur l’école à choisir. C’est ainsi que tu te retrouves en pleine adolescence, au lieu de t’émerveiller de ce qu’il y a sous les jupes des filles, à triturer les boutons, non pas de ton visage, mais de ta calculette et à résoudre des problèmes bien trop compliqués pour toi. Tu auras même le culot de rencontrer le boulot d’Albert Einstein, de ne pas t’agenouiller devant ses études sur la loi de Newton et en plus, de rajouter des points qui te semblaient manquer. Insolent, va !

Cependant, tu manques beaucoup trop d’enthousiasme dans les matières normales et tu rates le concours d’entrée de l’établissement que tu avais d’abord choisi. Ton second choix t’est finalement accordé et tu te retrouves à l’université de Cambridge, la bien nommée King’s School. 4 ans après ton entrée, tu es élu « étudiant-chercheur » et tu ne fais même pas la grève. C’est à ce poste que tu inventeras la machine de Turing et que tu expliqueras que c’est une machine capable de faire tous les calculs du monde, le tout en d’autres termes beaucoup trop alambiqués pour moi. J’enai retenu ce qu’il y avait à retenir, tu as posé les bases de l’ordinateur.

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Et hop, personne n’a vu ce petit moteur que je me suis construit dans les genoux… C’est si bon d’être un génie !

Puis survient la belle, la grande, la majestueuse seconde guerre mondiale, à qui j’ai retiré les majuscules, ça fait trop propre. Tu travailles en tant que bon patriote mangeur d’huile de foie de morue et de pudding, à la section décryptage des codes allemands. Tu t’affaires à hacker la machine Enigma, comme quoi c’est un métier qui date. Le premier décrypteur de codes connu reste Champollion avec sa description des hiéroglyphes.Pardonne moi, Alan, mais je n’ose pas imaginer ce qu’il serait advenu de vous si on vous avait mis Internet et les ordinateurs d’aujourd’hui entre les mains. De vraies loques humaines, j’en ai bien peur.

Après la guerre et l’issue qu’on lui connaît, tu es muté au laboratoire de physique de Teddington. Tu travailles toujours en des termes très compliqués mais en gros, tu pousses un peu les murs de la théorie et tu t’attelles à la pratique en construisant un calculateur automatique.

C’est donc maintenant que l’on arrive au passage très intéressant de ta vie. Auparavant, replantons le drapeau des années 1950 et avec lui tout son contexte : l’Angleterre est alors, comme beaucoup d’autres pays du monde, hautement religieuse et très conservatrice. Si l’on s’accommode (après coup, évidemment !) de l’exubérance d’un Oscar Wilde ainsi que de ses tendances, un mathématicien de renom avec toute la raideur de la profession ne peut se permettre d’être pédéraste. C’est ainsi qu’en l’an de grâce 1952, Arnold Murray, l’une de tes dernières conquêtes, s’introduit chez toi avec un complice et te cambriole. Désappointé, tu portes plainte et au terme de l’enquête, il est décidé que… Tu étais coupable d’outrage aux mœurs, de sodomie et de port de béret immonde. On te laissa alors le choix : la prison ou la castration médicamenteuse. Tu choisis la dernière solution qui se présente sous la forme d’un traitement hormonal d’une durée d’un an qui aura pour effet de réduire ta libido et de te faire pousser des seins. J’espère que tu en as glissé une pilule ou deux à Vincent Mc Doom… Et alors qu’en 1951, tu étais un sage écouté dans toute l’Angleterre, l’année qui suit t’est délicate. Plus personne ne veut de toi, même pour nettoyer les locaux. A force de retourner leurs vestes et donc de les user, les hommes vont encore faire pendant très longtemps les beaux jours des fabricants.

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C’est sympa de t’avoir assis pour l’éternité, t’as eu assez mal aux fesses comme ça pendant ta vie.

Vient ensuite une assez longue traversée du désert qui durera en tout, deux ans. Elle prend fin le 8 Juin 1954, date à laquelle tu te donnes la mort en croquant dans une pomme empoisonnée au cyanure, en référence à Blanche-Neige qui était ton conte de fées préféré. La légende, la belle, la grande, voudrait que le logo Apple soit une référence et un hommage à toi et tous tes travaux. En effet, le logo est une pomme croquée. La vie n’a pas été totalement injuste car dans la mort, tu es resté célèbre, le prix Nobel d’informatique porte le nom de « prix Turing ». Tu dois maudire en cachette tous ceux qui sont persuadés que Bill Gates a inventé l’ordinateur. Tu me permettras un avis personnel, sur les voitures comme sur les ordinateurs, le Turing, c’est pas ma tasse de thé.

Posted in Le Petit Dictionnaire Loufoque


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