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Le jour où j'ai dû écouter Obladi Oblada en entier

Publié le 11 décembre 2009 par Stéphane Kahn

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C’est sidérant. C’est la pire chanson des Beatles, celle que l’on saute toujours sur le White album, et c’est pourtant alors, pour elle, juste pour elle, que tout Bercy se lève pour la première fois depuis une heure et demie. Et moi, je chante aussi. Sur Obladi Oblada. Même pas honte ! En secret, j’espérais qu’il nous épargnerait cela ce soir-là. Eh bien non. C’est horrible. Pourtant, oui, il faut le faire une fois dans sa vie. Gueuler avec Macca et 17 000 autres personnes "Obladi Oblada, Life goes on, la-la-la-la, Life goes on". Chanter ça, donc, et perdre toute dignité. Même Patrick Bruel, à quelques mètres, en haut, dans les gradins, a l’air perplexe. Nous, au point où l’on en est, on s’attend presque à voir Patrick Sébastien débouler hilare sur scène. On se souvient aussi, dans un flash honteux, qu’enfant on adorait Live is Life de Opus, que chanter Obladi Oblada, c’est un truc aussi rare dans une vie que de danser la Lambada bourré. Obladi Oblada, c’est une grande rasade de mauvais goût dans laquelle on se vautre avec délice…

Sinon, quoi ? Ben voilà, j’ai vu Paul McCartney en vrai. Et ça ne m’a pas fait grand chose finalement. Même si nombre de standards des Beatles et des Wings y sont passés, même si le sexagénaire a joué sans s’essouffler durant 2h40… Le temps, pour moi, quand même, de me rendre compte que le mauvais goût ne pardonne pas. Enfin, qu’il gâche tout du moins une partie du plaisir attendu…

Bon, les quatre Beatles représentés en images de synthèse comme dans le jeu Rock Band, à la limite ça passait encore (un clin d’œil malin à la culture pop aujourd’hui, mettons), mais quand Paulo ne trouva rien de mieux à faire que d'interpréter sa nouvelle chanson sur les images du prochain film de Robert De Niro, on ne savait plus trop si on était à un concert du second frère Lumière de la musique pop ou à un séminaire Live Nation et associés destiné à nous vendre qui un jeu vidéo, qui un film, qui un live à NYC fraîchement disponible dans les bacs… Les écrans géants derrière la scène, c’est bien là que le bât blessait : parce que le diaporama Windows de jolis couchers de soleil et de beaux paysages accompagnant The Long and Winding Road nous a fait autant marrer que les insupportables chromos parisiens projetés durant Michelle ou que les bougies géantes pendant Let it Be.

Si les images habillant le spectacle réussissaient parfois à gâcher les merveilles des Beatles, on ne peut passer sous silence le grand carnage de la soirée. C’est Eleanor Rigby qui en fit les frais. Comment un mélodiste comme McCartney ne réalise-t-il pas qu’il salope un chef-d’œuvre en faisant jouer les somptueux arrangements de cordes par son pauvre clavier ? Laisse, Paul, c’était pas grave si tu l’arrangeais autrement, si tu la malmenais un peu… Franchement, tu as été plus inspiré quand tu nous a joué Blackbird seul à la guitare acoustique. Comme c’était beau alors. Tu aurais dû faire pareil avec le morceau-phare de Revolver

Ainsi, plutôt que les explosions, les canons et les pétarades à la AC/DC qui ont résonné durant Live and Let Die, on aurait préféré que le budget dispendieux du show passe dans un ou deux musiciens supplémentaires. Las, le groupe (compétent pourtant) restera tout du long ce quartet efficace et un peu lourdaud, qui, à plusieurs reprises, nous aura donné envie de lancer un moratoire sur l’utilisation des claviers dans les groupes de rock. Mais tout seul dans la fosse, on le sait bien, personne ne vous entend crier…

J’ai l’air déçu comme ça, mais, non, avec B. et S., on a passé un bon moment quand même. On a bien aimé la citation du Foxy Lady de Hendrix à la fin de Let Me Roll it, on a été assez touché par les deux chansons dédiées à John et à George tout en se disant que Ringo est vivant heureusement, sinon on aurait peut-être dû se fader Yellow Submarine

Alors, malgré tout ça, c’était McCartney ! L’entendre, le voir, chanter Hey Jude, Got to get You Into my Life, Drive my Car, Yesterday, Day Tripper ou Paperback Writer, ce ne fut pas rien. Et les fautes de goût manifestes n’ont pas empêché quelques extases passagères culminant avec l’exécution plus qu’inattendue du B-A-BA du hard rock, Helter Skelter, au rappel. Quant au riff malin de Let Me Roll it, je n’arrive pas à me l’ôter de la tête depuis ce matin.

beatle bass


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