Magazine Le vin

Schizophrénie à la française

Publié le 23 avril 2010 par Edonys

Schizophrénie à la françaiseC’est un bien étrange pays que la France. Tandis que le secrétaire d’Etat chargé du Tourisme, Hervé Novelli, en harmonie avec son collègue de l’Agriculture, crée un Conseil national de l’oenotourisme chargé de promouvoir l’accueil dans les vignobles (voir édito du n°1 de Voyagez Vins), les pouvoirs publics dans leur ensemble cautionnent et renforcent le prohibitionnisme ambiant. Quelques exemples : en déplacement il y a quelques semaines dans le Languedoc, le président de la République exige que le vin soit absent lors de ses visites aux élus. Le préfet doit alors monter au créneau pour expliquer aux « grosses têtes » de l’Elysée que ce n’est peut-être pas une bonne idée, dans une région pour le moins « sensible » en la matière…

A bon entendeur…

Ailleurs, en Ile-de-France, le conservateur d’un musée national refuse qu’y soit organisée une dégustation de vins, persuadé, le pauvre homme, que c’est interdit ! Ce qui est faux, bien sûr. Mais dans les esprits, le mal est fait, et l’autocensure se porte bien, merci pour elle ! Un dernier pour la route : en Touraine, c’est un banquier consterné qui refuse à un garagiste de financer un petit espace caviste qui permettrait aux automobilistes de choisir leur vin en attendant que leur voiturer soit réparée. Motif : « Mais enfin, Monsieur, c’est interdit ! » Ce qui est encore faux, bien sûr. Et on pourrait multiplier les exemples de cet acabit.

Les choses ont commencé en 1987, avec la loi Barzach, premier texte anti-vin adopté par des parlementaires issus de tous les camps politiques. Les choses se sont encore gâtées davantage avec la loi Evin, adoptée en 1991. C’est ainsi que la France est aujourd’hui le seul pays non musulman à interdire à la télévision non seulement la publicité pour le vin et autres boissons alcoolisées, mais également que l’on parle positivement du vin, que l’on montre des dégustations, bref, que l’on associe vin et plaisir.

Il s’agit là d’un véritable scandale. Alors que l’Espagne considère sa production viticole comme un produit hautement culturel, alors que partout dans le monde les vignobles locaux sont mis en valeur, la France, qui reste la référence qualitative mondiale en la matière, se tire une balle dans le pied en traitant ses vignerons comme des dealers, rendus responsables aussi bien des accidents de la route, des cancers, et un jour, pourquoi pas, des catastrophes naturelles !

L’oenotourisme en sauveur !

Il n’est pas question de défendre ici les excès quels qu’ils soient. Car seule une consommation responsable est susceptible de procurer du plaisir. Mais on sait également que boire régulièrement – et modérément – du vin se révèle bénéfique pour la santé. En tout cas, ni les vignerons, ni les amateurs n’ont à se laisser montrer du doigt par des « ayatollahs » prohibitionnistes qui voudraient ne nous voir boire que de l’eau et, finalement, mourir d’ennui. Voyager dans les vignobles, partir à la rencontre de femmes et d’hommes passionnés, voilà une bien belle  façon de conjuguer plaisir et résistance à la bêtise du temps. Un peu comme dans ce numéro 2 de Voyagez Vins !

Schizophrénie à la française

Chronique de Jean-Michel Peyronnet (EDONYS TV, www.edonys.tv) pour le magazine Voyagez Vins (rubrique Brèves de comptoir), http://voyagez-vins.info/.



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