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Le livre du mois : Ami, entends-tu..., par Joseph Kessel

Publié le 26 avril 2010 par Hongkongfoufou

Par Hong Kong Fou-Fou

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Livre du mois, livre du mois... Livre du trimestre, plutôt. Entre un Goudurix obnubilé par les exploits télévisuels et agricoles de Mickaël Vendetta et un Wally Gator toujours aussi méfiant à l'égard de la chose écrite, cette rubrique est vraiment la grande laissée-pour-compte de Fury Magazine. Et de quoi vais-je vous parler cette fois-ci ? D'un bouquin terminé en 1979 et sorti en 2006. Y a pas à dire, nous sommes à la pointe de l'actualité littéraire.

Il y a des gens, quand vous comparez votre vie avec la leur, quand vous faites le bilan de votre parcours personnel et que vous le confrontez avec ce qu'eux ont accompli, eh bien vous vous sentez minable, nul, raté, lamentable, où ai-je rangé mon dictionnaire des synonymes ? Je pense aux grands philosophes, aux explorateurs intrépides, aux scientifiques géniaux, aux artistes talentueux, aux prochains fiancés de Naomi Campbell. A l'aune de leur existence, la nôtre paraît bien fade et monotone.

A contrario, et heureusement, il y en a d'autres, des gens, qui nous donnent l'impression de sortir du lot, d'avoir une vie passionnante, utile, riche. A notre époque où l'on recherche la célébrité à tout prix et l'argent facile, où l'on élève des médiocres au rang d'idoles, il y en a même de plus en plus, de ces gens. Des exemples qui fonctionnent avec moi ? Pfff, j'en ai des kilos. Mickaël Vendetta, tiens. Ou Benjamin Castaldi. Ou Cauet. Oui, je sais, je tape toujours sur les mêmes. Mais ça ne leur fait pas grand mal, et puis il ne faut pas se disperser. Je propose qu'on se partage le boulot : moi je m'acharne sur ceux-là, je vous laisse les autres.

Joseph Kessel, lui, appartient très largement à la première catégorie.

Fils de Juifs ayant fuit les persécutions de la Russie impériale, il naît en 1898 en Argentine où il passe les premières années de sa vie. Il suit ensuite ses parents dans l'Oural, puis en France. Niveau bourlingue, ça partait bien. Moi, je suis né à Perpignan, j'ai grandi à Perpignan. Peinard.

A 18 ans, Kessel s'essaye au théatre puis, une licence de lettres en poche, il entre au Journal des Débats, l'un des plus prestigieux journaux français de l'époque. Nous sommes en 1916, il s'engage dans l'armée, artillerie d'abord, puis aviation. A la fin de la guerre, il est envoyé en mission en Sibérie. Il est décoré de la Croix de Guerre. Moi, à 18 ans, je passe mon bac scientifique. Je rate quatre fois mon permis de conduire. L'été, je vais à la plage (avec la voiture des autres, forcément). Peinard. Ah, si, parfois, je me fais courser par des skins fachos. Ils ne respectent rien, j'ai pourtant des lunettes.

Journaliste, Kessel couvre la guerre d'indépendance en Irlande, la naissance de l'état d'Israël, il sillonne le Sahara avec Mermoz à bord des appareils de l'Aéropostale, il accompagne Henry de Monfreid et ses contrebandiers sur la Mer Rouge. Tout ça à 20-25 ans. Il ramène de ses voyages la matière de ses futurs livres. Le premier, La steppe rouge, qui traite de la Révolution en Russie, est publié en 1922. Moi, au même âge, j'accumule les diplômes. Je ramène de mes voyages à Londres des 45t et la matière des articles de mon fanzine, "Ram Jam". Tirage 100 exemplaires.

Pendant la 2ème guerre mondiale, Kessel est résistant, il traverse clandestinement la France occupée et l'Espagne franquiste, pour s'embarquer à Lisbonne, direction l'Angleterre et les Forces Françaises Libres. Avec son neveu Maurice Druon, il écrit les paroles de l'adaptation française du Chant des Partisans. Il publie en 1943 son hommage à la Résistance, L'armée des ombres. Au même âge, moi j'écris des conneries pour Fury Magazine.

Je ne vais pas vous retracer la biographie complète de Joseph Kessel. Une vie de voyages, et pas du genre todo incluido... Une vie de dangers, de rencontres fortes, d'expériences risquées. Kessel est également excessif dans ses loisirs et dépendances : il ramène d'Orient un goût immodéré pour l'opium ; il se saoûle à la vodka dans les bars tziganes de Paris, où le portier est un ancien comte de la Russie blanche et le barman un ex-officier de l'Armée du tsar ; il écume les bars louches où se réunissent les truands ; il participe à des concours de picole avec des personnages comme Humphrey Bogart. Moi, je bois des coups avec Goudurix et Wally Gator. Des garçons en or, c'est entendu. Mais ce n'est pas vraiment la même chose.

Cerise sur le gâteau, Kessel entre à l'Académie Française en 1962. Moi, pour l'instant, j'appartiens à la Société Française de Thermique. On n'est même pas élus, il suffit de payer sa cotisation. Et on n'a pas d'épée. Pas même un thermomètre. Certes, je suis plus jeune que Kessel au moment de son élection dans ce club très fermé. Mais mon petit doigt me dit que le costume de Hulk que j'ai mis pour une soirée il y a quelques années aura été le seul habit vert que j'aurai jamais porté.

Le livre est le fruit d'entretiens, quelques semaines avant sa mort, entre Joseph Kessel et un jeune journaliste de ses amis, au cours desquels l'écrivain qui avait la bougeotte revient sur certains épisodes marquants de son existence. On y découvre un sacré personnage, un vrai baroudeur d'honneur. En refermant le bouquin, on regrette d'avoir réservé, comme chaque année au mois d'août, un F1 bis à Valras-Plage. On aurait bien été passer les prochaines vacances à dos de mulet en Afghanistan ou sur un brick au large du Cap Horn. Tant pis, on remettra ça à l'année prochaine. Ou pas. 

Ami, entends-tu..., par Joseph Kessel.
347 pages. Editions Folio, 2006.


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