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On y était - Karen Elson à Flateurville

Publié le 03 mai 2010 par Hartzine

Karen Elson, Flateurville, Paris, Mardi 27 avril 2010

karen-elson-1-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Les rares privilégiés ayant eu la chance d’obtenir un sésame pour le premier showcase parisien de Karen Elson étaient triés sur le volet. Ambiance hype, donc : tout le monde se connaît et se fait la bise en ponctuant ses phrases de ridicules interjections en angliche. Les filles sont affublées de talons de vingt centimètres et les garçons ont la mèche faussement rebelle, mais tout le monde fait comme si ce cirque était ce qu’il y a de plus naturel au monde. Mais qui donc est cette Karen Machin pour laquelle tout le gratin a osé aventurer son jean à 300€ dans une impasse glauque du dixième arrondissement ?

Si vous êtes fan de Jack White, son nom doit déjà vous être familier. Pour les autres, un peu d’histoire. En 2005, les White Stripes accouchent de leur cinquième album studio, Get Behind Me Satan. Pour accompagner la sortie du premier single, Blue Orchid, le duo embauche Floria Sigismondi pour réaliser l’un des clips les plus étranges de sa carrière. Avant le tournage, Jack appelle sa copine Floria pour convenir d’un scénario et exige sèchement : “Je veux une rousse ou tu es virée, meuf“. (Je le sais, j’étais là). De fait, on connaît l’obsession de l’ami Jack pour les filles aux cheveux rouges dont il n’hésite pas à parsemer tant sa vie sentimentale (Marcie Bolen de The Von Bondies) que sa vie professionnelle (l’héroïne du clip d’Hotel Yorba). Bref, Floria s’exécute et embauche une certaine Karen Elson, mannequin britannique de son état et dotée, dieu merci, d’une flamboyante chevelure. White, fraîchement divorcé de Meg, n’hésite pas à attribuer à cette dernière un rôle ingrat dans le scopitone - comme il l’avait déjà fait pour Hotel Yorba où la pauvre fille interprétait le rôle du boulet ; ainsi, le petit malin peut tranquillement se rincer l’oeil sur sa nouvelle conquête pendant que son ex est fort occupée à casser des assiettes. Quelques mois plus tard, il épouse Karen au Brésil - pas besoin de cinq ans de vie commune pour savoir qu’elle est la femme de sa vie, elle est rousse, nom de dieu - et lui fait deux enfants. Voilà pour les potins. Ah, non, j’ai oublié de vous donner les mensurations de la top model, c’est important, il paraît : 81-64-89. Ça lui fait une belle jambe.

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Jack White n’aura cependant pas eu le privilège de révéler à sa femme ses grands talents musicaux, puisqu’elle en avait déjà fait la preuve au sein de The Citizens Band, une sorte de troupe de cabaret à la Weimar à laquelle ont participé toute une flopée d’artistes assistés d’invités prestigieux - Melissa Auf der Maur, Eugene Hütz, Cyndi Lauper, Zooey Deschanel et Amanda Palmer, entre autres. Ce groupe propose depuis 2004 des spectacles colorés et cyniques pendant lesquels des reprises du Velvet Underground côtoient des parodies socio-politiques, le tout sur fond d’acrobaties exubérantes. Karen a également chanté avec Robert Plant sur Last Time I Saw Her (Dreamland, 2002) et avec Cat Power pour une reprise du Je t’aime… Moi non plus de Gainsbourg (Monsieur Gainsbourg Revisited, 2006). Il ne manquait donc plus au tableau qu’un album solo, que son dévoué mari s’est empressé de produire sur son propre label, Third Man Records. L’opus, dont elle a composé onze titres des douze titres à partir de 2005 à l’occasion du déménagement de la famille White à Nashville, est annoncé pour le 25 mai prochain. Je me dois de vous informer que Karen a écrit ces morceaux “dans le refuge d’un placard de sa chambre” (dixit son site officiel - puis-je me permettre un LOL ?), détail qui a son importance puisque toute l’esthétique de sa musique, ainsi que celle du concert de ce soir, est fondée sur cette espèce d’intimité désuète - ambiance je-joue-de-la-guitare-au-coin-du-feu-en-déshabillé-de-soie-comme-si-de-rien-n’était, vous voyez ? Conquis par le talent de sa douce, Jack s’est empressé de la séquestrer dans son studio. Bien entendu, ce control freak ne s’est pas contenté de la regarder enregistrer dans le blanc des yeux : il a réuni tous ses petits amis pour offrir à sa bien-aimée le groupe le plus cool de la planète. Voyez plutôt : Rachelle Garniez, sa copine du Citizens Band, à l’accordéon et à la voix, Jack Lawrence (The Raconteurs, The Dead Weather) à la basse, Carl Broemel (My Morning Jacket) à la pedal steel et Jackson Smith (fils de Patti et époux de Meg White) à la guitare. Jack lui-même, incapable de rester les mains vides, s’est attribué le rôle de batteur et de producteur. Je calme tout de suite les hystériques : il n’était pas présent ce soir, le groupe de Karen tournant pour l’instant en configuration réduite. Mais avant de dire quelques mots sur les titres présentés en exclusivité à l’avide public parisien, arrêtons-nous un instant sur le lieu de la performance.

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Je n’avais jamais mis les pieds à Flateurville, je n’en avais même jamais entendu parler, et j’avais eu le plus grand mal à en comprendre le concept sur son site internet bordélique. Ce que j’avais bien compris, c’est que ce n’était pas une salle comme les autres. Quand j’arrive au fond de la cour des Petites Ecuries et qu’on me fait passer sous un rideau de fer encore à moitié fermé, quand je hume l’odeur humide de serre tropicale qui règne à l’intérieur, je constate en effet rapidement que l’endroit est atypique. Les murs de la minuscule salle de concert sont couverts de lierre et la scène elle-même est jonchée de lilas odorants. Les pièces qui la jouxtent sont meublées d’un bric à brac de meubles récupérés, de photos anciennes et de portraits peints. Dans la pièce principale, qui sert à la fois d’atelier, de bar, de garage et d’installation artistique, je fais la connaissance de Laurent Godard, étrange personnage aux lunettes asymétriques et propriétaire des lieux. Pendant qu’il tente de découper une affiche au cutter en affirmant qu’il va se trancher un doigt, j’observe les immenses murs couverts de ses tableaux. Le hangar dans lequel se trouvaient jadis les imprimeries du Parisien abrite désormais un espace-concept tout droit sorti de l’imagination de Godard, artiste polymorphe d’une quarantaine d’années. Flateurville est une ville imaginaire, à la fois installation artistique, lieu de performance et oeuvre narrative dont l’histoire s’écrit continuellement. C’est un endroit vivant dans lequel Laurent travaille, mais accueille aussi des événements et des soirées privées - pour vivre, sans doute. Passé maître dans l’art d’investir ce genre de grand espace désaffecté, on le réclame désormais aux quatre coins du monde - il revient de New York et du Maroc et possède également un pied-à-terre en Russie, sur une île japonaise ou encore dans une grotte française. Je ne peux que vous conseiller d’aller poser vos fesses quelques heures dans l’un de ses canapés défoncés, d’écouter le crépitement du vinyle diffuser une musique chaleureuse dans le hangar et de vous perdre au gré des pièces, jusqu’à cette salle de bains dont la baignoire est remplie de fleurs roses.

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Ce lieu hors-normes et secret constituait un cadre parfait pour accueillir la belle rousse venue jeter en pâture à la critique affamée et aux fans déjà conquis six des titres de son album. Accompagnée du discret Jackson à la guitare et de Rachelle à l’accordéon, elle nous a fait découvrir un peu mieux la folk sans prétention dont on avait déjà pu constater les mérites grâce aux vidéos des deux premiers singles, The Ghost Who Walks et Stolen Roses. Karen a la voix suave et profonde, parfois légèrement éraillée, mais sans complaisance, et la facilité avec laquelle elle interprète ses morceaux, sans aucun accroc, convainc l’assemblée en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire. L’ensemble prend parfois un accent légèrement bluesy et une tonalité gentiment country, comme sur Cruel Summer, un titre qui évoque la météo peu clémente de sa cité d’adoption du Tennessee. L’accordéon de Rachelle, loin d’être kitsch, sonne comme un orgue et évite aux morceaux de sombrer dans la légèreté en les parfaisant d’un soupçon de gravité. Rien de dramatique néanmoins puisque la plupart des chansons s’en tiennent au registre de la modeste ballade folk (The Birds They Circle, Pretty Babies, Stolen Roses). Pas de quoi casser trois pattes à un canard, mais c’est loin d’être inintéressant. Le set, un peu court et sans rappel, n’a cependant permis que d’entrevoir l’univers de Karen, que l’on espère retrouver aussi vite que possible avec son groupe au complet. Car si j’étais venue avec l’intention de la scalper et de me rendre, triomphante, à Nashville lui piquer son mari, son talent et sa gentillesse m’ont convaincue que je ne pouvais décemment pas lui faire une chose pareille, ni même ne serait-ce que la détester. Malgré la maigre et frustrante durée de cet essai, je suis déjà certaine que son album ne sera pas l’énième mièvrerie d’un mannequin désœuvré qui cherche à se reconvertir, ni l’opus bâclé d’une “femme de” un peu trop bien pistonnée.

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Vidéo

Setlist

1. The Birds They Circle
2. Cruel Summer
3. Pretty Babies
4. Stolen Roses
5. The Truth Is The Dirt
6. The Ghost Who Walks


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