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« Les Belles Choses que porte le ciel », de Dinaw Mengestu

Par Encres Noires


« Les Belles Choses que porte le ciel », de Dinaw Mengestu 

Encore un roman sur l'exil, me direz-vous.

Oui, encore. Mais puisque l'exil est un puissant moteur littéraire et qu'il dit beaucoup sur la terre quittée et, surtout, sur ceux qui y sont nés et y restent attachés, ne boudons pas notre plaisir et accordons quelques lignes aux Belles Choses que porte le ciel (2006), de l'écrivain américain d'origine éthiopienne Dinaw Mengestu.


Car si Stéphanos, Joseph et Kenneth ont fui respectivement l'Ethiophie, le Congo et le Kenya pour les Etats-Unis, ce n'est pas pour le plaisir. Et ce n'est pas un hasard si, lorsqu'ils se retrouvent au comptoir de la petite épicerie de Stéphanos, leur jeu préféré est d'égréner la litanie des despotes qui ont marqué au fer rouge l'histoire du continent africain. En ce qui concerne Stéphanos, justement, c'est la révolution de 1974 et le régime militaire qui suivit qui l'ont poussé vers la capitale américaine. Il vit dans un quartier noir et déshérité de Washington, où d'anciennes maisons bourgeoises sont laissées à l'abandon autour de la statue du général Logan qui surplombe la boutique.


Jusqu'au jour où une femme et sa fille s'installent dans la maison voisine de celle où Stéphanos loue un modeste appartement. Il fera bientôt leur connaissance et une vraie complicité s'installera entre lui, Judith et la petite Naomi, enfant espiègle et sérieuse à la fois. Il n'en faudra pas plus pour qu'ils se prennent tous trois à faire le rêve, si proche et pourtant intangible, que Stéphanos traverse la rue et fonde avec elles, la mère célibataire et la petite fille métisse, un nouveau foyer. Mais il est difficile d'accepter le bonheur quand il se présente devant soi avec tant d'apparente facilité, et alors même qu'on a derrière soi tant d'invisibles chaînes qui empêchent d'avancer.


De fait, Stéphanos, tout comme Joseph et Kenneth, est comme suspendu dans le temps, figé dans un interminable automne. Il gère tant bien que mal sa petite épicerie, parce qu'il faut bien vivre et qu'elle lui offre tout de même une confortable indépendance, mais ne fonde aucun projet sur elle, pas plus que sur autre chose. Et il retourne parfois chez son oncle, qui l'avait accueilli à son arrivée d'Ethiopie, pour y réveiller les fantômes du passé.

De même, ses deux amis nourissent des ambitions qu'ils semblent avoir peur d'atteindre. L'un a empilé les diplômes pour finalement se résoudre à singer son patron. L'autre se rêve poète et réécrit inlassablement le même vers tout en sachant qu'il n'en sera jamais satisfait.


Dans ce roman tout en douceur et en nuances – le roux des briques ou le fauve des feuilles mortes –, Dinaw Mengestu peint avec beaucoup de sensibilité un tableau de l'exil où les couleurs du passé et le flou du futur se fondent dans un présent monochrome, avec çà et là de fugaces et réconfortants éclats. A l'image de ce passage de La Divine Comédie, de Dante, qui, décrivant la sortie de l'Enfer, donne au livre son titre : « Par un pertuis rond je vis apparaître / Les belles choses que porte le ciel / Nous avançâmes et, une fois encore, vîmes les étoiles. »

 
Les Belles Choses que porte le ciel
Titre original : The Beautiful Things That Heaven Bears (2006)
de Dinaw Mengestu
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne Wicke
Albin Michel, 2007
303 p., 21,50 euros

Lire d'autres chroniques des Belles Choses que porte le ciel sur les blogs Chez AnnDeKerbu et Passion des livres.


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