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Alain Monnier rencontre les lecteurs de la médiathèque du Plessis-Robinson

Par A Bride Abattue @abrideabattue

Alain Monnier rencontre les lecteurs de la médiathèque du Plessis-Robinson

Son livre, je vous raconterai avait été choisi pour concourir au Prix Robinsonnais, un prix décerné depuis dix ans déjà d'après les votes des abonnés de la médiathèque sur une proposition d'une dizaine d'ouvrages (voir liste en fin d'article).


Je l'avais lu en février dernier et j'avais fait un billet plutôt très positif malgré deux critiques mineures pour lesquelles Alain Monnier a fait immédiatement amende honorable tout à l'heure lorsque je l'ai rencontré à la médiathèque.


Pour une fois je ne ferai pas un compte-rendu quasi exhaustif de ses échanges avec les lecteurs, et pour cause : j'étais retenue par mon travail et suis arrivée quand chacun se levait pour le verre de l'amitié. Mais Alain Monnier ayant fort aimablement devisé avec moi je peux m'essayer à retransmettre quelques-uns de ses propos, d'autant que Marie-Françoise m'a un peu "raconté" ce qui s'était dit avant mon arrivée. Merci à elle.


Le soleil de Toulouse s'entend dans sa voix, à moins que ce ne soit son sourire constant qui fasse que l'on se sente immédiatement en phase avec ses idées.


Je vous raconterai avait semblé très "sérieux". Pardonnons-lui d'avoir préféré employer le pistolet, parce que ce mot est plus romantique et qu'il évoque une atmosphère du XIX° siècle plutôt que le revolver qui est selon lui connoté gangster. Jean-Philippe Toussaint fait vomir un cheval dans La vérité sur Marie, Alain Monnier peut bien faire jouer son héros à la roulette russe avec un pistolet. Puisque nous sommes dans la fiction il faut bien laisser l'imaginaire gouverner l'écriture.


Pourtant l'écrivain est un perfectionniste. Il peut écrire un bouquin dix fois avant d'estimer la version digne d'être montrée à son éditeur. Il ne donnera jamais à lire quelque chose qui ne soit pas complètement abouti et ne se fie pas à l'opinion des amis, forcément indulgents.


Quand il n'écrit pas il lit Patrick Modiano, Serge Joncour, Benoit Duteurtre, Jean Rouault (ses premiers livres). Il écrit entre 5 heures 30 et 7 heures du matin comme Véronique Ovaldé et tant d'autres. C'est décidément un bon horaire pour les écrivains contemporains, surtout ceux qui ont un travail salarié "à coté" de leur activité d'écriture. Et il est probable qu'on ne traite pas les mêmes sujets quand on est du soir ou du matin. C'est qu'on n'a pas toute la journée devant soi pour laisser venir l'inspiration. Il faut au contraire la convoquer à heures fixes, se laisser porter par l'énergie créatrice tout en sachant qu'on devra brutalement s'arrêter en espérant ne rien perdre du jaillissement premier.


Alain Monnier part de nos peurs. Il se met dans la peau du personnage et s'efforce de ressentir les mêmes émotions que lui, de vivre des souffrances analogues, d'avancer avec son héros en vivant la même quête. Le fond importe davantage que la forme. Une belle phrase qui n'a pas de raison d'être sera impitoyablement abandonnée. Le résultat doit obéir à une cohérence.

J'écris et je lis pour réfléchir. Chaque livre doit être un cheminement entre l'auteur et le lecteur. Une fois posé sur la table il est prêt pour une rencontre.
J'aimerais travailler maintenant encore sur un thème grave, mais cette fois dans la légèreté.

Son prochain livre sera sans doute plutôt une fable, dans la veine de Givrée, le premier roman qu'il a publié chez Flammarion en 2006. Ionesco aurait pu inventer cette aventure qui commence par une panne de frigo et qui évolue autour d'une collection d'appareils dont le nombre prend des proportions hors du commun. L'écart entre la réalité et le discours (qu'il soit marketing ou politique) est pointé avec sagacité.


Le choix du thème n'est pas aisé. Alain Monnier avait voulu établir un parallèle entre la vie nomade des Roms et celle de quelques richissimes personnalités qui partagent leur temps entre plusieurs domiciles. Il est alors tombé sur un livre passionnant traitant du nomadisme des cadres. La justesse de l'analyse l'a aussitôt dissuadé de s'atteler au même sujet. Attendons donc avec patience le prochain cru ... d'ici un an, au moins.


Les 10 livres sélectionnés pour le Prix Robinsonnais sont (parfois le titre est en lien avec un billet du blog):


JE VOUS RACONTERAI d'Alain Monnier chez Flammarion
Dans une société laminée par la pauvreté et la violence, un homme misérable est au bout de ce qu'il peut endurer. Mais, alors qu'il s'apprête à en finir, un mafieux lui propose de venir jouer à la roulette russe contre une forte somme d'argent. Il accepte, en sort indemne, mais totalement fasciné d'avoir frôlé la mort. Dès lors, il ne cesse de revenir jouer et peu à peu reprend goût à la vie.
Alain Monnier publie en 1994 son premier roman, Signé Parpot, dont le montage réalisé à partir de traces écrites est remarqué par la critique. Il poursuit une œuvre originale qui, au travers de formes et de thèmes très variés, propose une critique de la modernité.


L’ANNEE BROUILLARD de Michelle Richmond chez Buchet Chastel
La disparition d'une fillette de 6 ans, sur la plage embrumée d'Ocean Beach, à San Francisco, est prétexte à disséquer les composants de l'amour paternel et maternel, de découvrir quelles sont les méthodes américaines d'investigation, d'explorer comment fonctionne la mémoire, et aussi comment la culpabilité peut-elle se dissoudre par un certain travail de deuil. Ce fut un de mes coups de cœur dans le cadre des livres que j'ai lus pour le Prix littéraire de ELLE.
Michelle Richmond est l’auteur de trois romans et d’un recueil de nouvelles. Seul L’Année brouillard est disponible en français. Native de Mobile dans l’Alabama et lauréate de plusieurs prix littéraires, elle enseigne les techniques d’écriture et publie sur le web "Fiction attic", une revue littéraire.


LA VÉRITÉ SUR MARIE de Jean-Philippe Toussaint aux Éditions de Minuit
Un livre sur le fantasme que l’on peut avoir d’un être aimé qui nous a quitté, et qui continue à exister sans nous, avec d’autres que nous. Ici, l’amant déchu se transforme en narrateur, fait de Marie le personnage de son histoire, et tire les fils de la marionnette. N’est-ce pas le privilège des auteurs que de modeler la réalité pour nous offrir une autre réalité surgie de leur imaginaire ?
Né en 1957 à Bruxelles, Jean-Philippe Toussaint est l'auteur de La Salle de bain (1985), Fuir (prix Médicis 2005) et La Mélancolie de Zidane (2006). Il a récemment rencontré les lecteurs de la médiathèque.


L. A. STORY de James Frey chez Flammarion
Quatre destins permettent de tisser l'histoire de la ville de Los Angeles : Esperanza, petite-fille d'immigrés mexicains ; Amberton, acteur narcissique et coqueluche des studios ; Dylan et Maddie qui ont déserté l'Ohio pour échapper à la violence familiale ; et Joe, amoureux de la bouteille et de sa liberté.
Né en 1969, James Frey est originaire de Cleveland, Ohio. Il est l'auteur de Mille Morceaux (2004) et Mon ami Leonard (2006). Il vit à New York.


L’ANNONCE de Marie-Hélène Lafon chez Buchet Chastel
C’est l'histoire d'une rencontre amoureuse, provoquée par une petite annonce entre Paul, un paysan de 46 ans travaillant à Fridières dans le Cantal et Annette, une mère de 37 ans, qui décide de quitter son mari alcoolique et Bailleul dans le nord de la France.
Marie-Hélène Lafon est née en 1962 à Aurillac dans le Cantal. Agrégée de grammaire, professeur de Lettres, et écrivain, elle vit à Paris où elle enseigne les lettres classiques. Elle aussi est venue discuter avec les abonnés du Plessis au cours d'une soirée d'échanges passionnants.


CELUI QUI SAIT d'Alexandra Marinina au Seuil
Le passage de la société soviétique à l'univers russe contemporain est décrit à travers les destins croisés des locataires d'un appartement communautaire de Moscou : Natacha Kasantsev, future réalisatrice, sa sœur Lioussia, écrivain raté, leurs parents, la bibliothécaire juive Bella Lvovna et son fils Marik, un couple d'ivrognes et un autre sans enfants.
Née en 1957, Alexandra Marinina est un ancien lieutenant-colonel de la police judiciaire de Moscou. Elle est l'auteur de plus de dix-sept romans, principalement des romans policiers. Son livre a été un des premiers à révéler le quotidien vécu par les habitants du bloc soviétique après la tombée du communisme.


LIVRE DE CHRONIQUES - 4 d'Antonio Lobo Antunes chez Bourgois
Ces chroniques ont été écrites entre 2003 et 2005 pour un journal portugais et sont composées de 69 textes, dont une vingtaine de récits fictifs. Des hommages à quelques figures des lettres et des arts portugais et des morceaux sur des thèmes chers à l'auteur ponctuent ces textes.
Né à Lisbonne en 1942, Antonio Lobo Antunes s'est spécialisé dans la psychiatrie. Son service militaire, qu'il a effectué en Angola de 1971 à 1973, a inspiré ses trois premiers romans. Traduit en de nombreuses langues, il est devenu l'une des figures majeures de la littérature européenne.


LES CHAUSSURES ITALIENNES d'Henning Mankell au Seuil
A 66 ans, Fredrick Welin vit reclus depuis douze ans sur une île de la Baltique. Durant deux solstices d'hiver et un d'été, des personnages qu'il a connus vont réapparaître dans sa vie et le pousseront à retrouver le monde des émotions humaines.
Henning Mankell est né en Suède en février 1948. A seize ans, il débarque à Paris, où il écrit et survit en réparant des clarinettes. Dans les années 1970, il découvre l'Afrique. Aujourd'hui, il partage encore son temps entre sa terre natale, la Suède, et le Mozambique où il dirige une troupe de théâtre le "Teatro Avenida". C'est le dernier livre que je lis dans le cadre du Prix sans lequel je me serais privée d'une belle découverte. je reviendrai bientôt sur cet ouvrage.


CONTREBANDE d'Enrique Serpa chez Zulma
A Cuba, dans les années 1920, l'armateur de la goélette La Buena Ventura, ex-ingénieur chimiste à l'American Sugar Compagny, et son capitaine, un gentilhomme de fortune surnommé Requin, s'opposent sur l'opportunité d'abandonner la pêche pour se lancer dans le trafic de contrebande d'alcool vers les Etats-Unis, pendant la Prohibition.
Enrique Serpa (1900-1968) est né à La Havane. Il côtoie les jeunes intellectuels de son temps et exerce le métier de journaliste. Contrabando est son premier roman. Il a remporté le Prix national du roman en 1983.


GRAND HOMME de Chloé Hooper chez Bourgois
La journaliste relate avec précision le déroulement de l'enquête, de l'instruction et du procès déclenchés par le décès d’un jeune Aborigène australien, en 2004 à Palm Island suite aux violences du brigadier Chris Hurley. Un récit qui témoigne de la destruction du peuple et de la culture aborigènes par la colonisation occidentale.
Née en 1973, Chloé Hooper a grandi à Melbourne, avant de venir étudier à New York. Son premier roman, Un vrai crime pour livre d'enfant, paru en 2002, a été sélectionné pour le Orange Prize, remis chaque année à un auteur de langue anglaise.


Le cru 2010 est particulièrement excellent. Mon choix n'est pas totalement arrêté et je ne pense pas être la seule à hésiter à renoncer à l'un ou l'autre. Il faudra bien se décider à jeter un bulletin et un seul dans l'urne d'ici samedi prochain 12 juin.
Médiathèque du Plessis-Robinson (92) 2, rue André-Le Nôtre Tél. : 01.46.01.44.70
Courriel : bibliotheque@plessis-robinson.com
Site Internet : http://www.plessis-robinson.com Rubrique « Vivre au Plessis » – « Culture »


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