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"Le Perroquet rouge" : Berlin, avant le mur

Par Vierasouto

Le réalisateur Dominique Graf est né à Berlin mais le film ne ressemble pas au cinéma dit de l'école de Berlin comme les films de Christoph Hochhaüsler ("Le Bois lacté, "l'Imposteur") ou encore "Ping Pong", "Lucy", "Sehnsucht", etc, voir la liste des critiques de cinéma allemand sur le blog... Ce serait plutôt du côté de "La Vie des autres" qu'il faudrait chercher pour une raison double : le sujet, la RDA, et l'ampleur du sujet. Car le traitement de l'image et du sujet n'a aucune parenté avec cet exceptionnel "La Vie des autres" plébiscité, à juste raison, par le public l'année dernière.
Dans "Le Perroquet rouge", il s'agit de la période jamais abordée au cinéma à ma connaissance, celle d'avant "La Vie des autres", la RDA d'immédiatement avant la construction du mur de Berlin, quand les libertés existaient encore un peu, que tout n'était pas encore interdit, et, en premier lieu, le rock'n roll, en deux mots, qu'on pouvait encore passer d'une Allemagne à l'autre. Pourtant, la censure est en train de se radicaliser de jour en jour, la Stasi surveille tout sans avoir encore les pleins pouvoirs et les étudiants n'ont pas encore pris l'habitude d'avoir peur.
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Une des premières scènes du film montre des étudiants qui dansent sans musique en attendant le tourne-disques Teppaz, une bagarre explose en se précipitant sur la livraison des disques vinyl 45 tours qu'on casse, la police militaire charge mais les jeunes rispostent sans peur, rendent coup par coup. Dans cette ambiance hybride entre répression et liberté des moeurs, Siggi, un jeune homme blond, à la fois innocent et dégourdi, arrive à Dresde en 1961 chez sa tante pour y trouver du travail. Dans la bagarre initiale, il fait la connaissance de la sensuelle Luise, puis de son compagnon Wolle, ils sont jeunes et beaux, libérés, presque libres ou se comportant comme tels. Siggi tombe amoureux de Luise dès le premier regard, il se lie d'amitié avec Wolle et leurs amis. Le couple  l'entraîne dans le temple du rock : au "Perroquet rouge", une boite de nuit cabaret privé où on danse toute la nuit sur des chansons américaines. Mais "Le Perroquet rouge" est trop voyamment imprégné de culture occidentale pour ne pas attirer l'attention de la Stasi, le rock étant considéré comme pervertissant l'idéal socialiste où on porte la culture russe au pinacle, par exemple, on essaye en vain de lancer la mode d'une danse dans le genre russe le "Lipsi". C'est sur ce tableau de moeurs décrit par le cinéaste que le régime va alors imaginer que la construction d’un mur pourrait endiguer l’américanisation de la jeunesse allemande et la ramener dans le droit chemin du Parti.

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Le film est long (plus de 2 heures) et brouillon, servi, desservi par une image assez laide, comme salie, pas soignée, avec un parti pris de filmer de façon à obtenir un rendu un peu artisanal, comme on l’aurait obtenu à l’époque, les scènes rougies pour marquer le communisme ou l’intrusion de la Russie, des russes, sont particulièrement hideuses, c’est sans doute voulu mais c’est dur... Les vrais faux passages documentaires, les flashes, en rajoutent dans ce fatras et on décroche vite. La confusion des sentiments est au diapason, et, au final, on peine à être touché par les événements aussi dramatiques ou tristes soient-ils. La fin du film rachète un peu l’ensemble avec le choc de la construction du mur mais il est bien tard. Le film est ambitieux, trop ? Le thème abordé du passage d'un régime répressif à un régime totalitaire, est très intéressant, historiquement parlant, les acteurs n’ont rien à se reprocher, naturels, talentueux, mais l’ensemble ne trouve pas de cohésion à moins que ce ne soit le projet de décrire aussi dans la forme ce désordre, cette tempête avant le mur. Une déception pour ce film du nouveau cinéma allemand, que j’apprécie beaucoup en général et qui excelle (pour l’école de Berlin) dans le récit intimiste du quotidien. Ici, on a un film ni intimiste, ni historique, voulant sans doute mêler les deux, l’histoire et l’Histoire et qui reste assis entre deux chaises. A voir tout de même à l'occasion pour le sujet du film.

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