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16 août 1920. Ray Chapman s’écroula.

Publié le 17 août 2010 par Vinz

Le baseball est un sport dangereux même si ce n’est pas un sport de contact. Dangereux pour les sportifs et dangereux pour le public. Heureusement, les incidents graves sont rares. Lors d’un match de préparation, le joueur des Dodgers de Los Angeles Russell Martin expédia une balle en pleine tête d’une petite fille. Celle-ci s’en est sortie. Mais il y a des histoires à la fin tragique. En 1909, Mike Doc Powers se blesse gravement en percutant un mur alors qu’il voulait attraper une balle ; il subit plusieurs fractures mais continue à jouer sans s’en rendre compte. Trois semaines plus tard, la gangrène l’emporte. Mais dans l’histoire du baseball majeur, un seul joueur a été tué par un lancer : il s’agit de Ray Chapman, le 16 août 1920.

Plaque dédiée à Ray Chapman à l'entrée du Progressive Field, le stade des Indiens de Cleveland.

Plaque dédiée à Ray Chapman à l'entrée du Progressive Field, le stade des Indiens de Cleveland.

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« Beanball »

Nous sommes le lundi 16 août 1920 au Polo Grounds de New York. Les Yankees de Babe Ruth (qui avait frappé 41 HR à cette date dans la saison) reçoivent les Indiens de Cleveland. Les deux équipes sont en pleine course pour le titre de champion de la Ligue Américaine ainsi que les White Sox de Chicago, pas encore décimés par la suspension des joueurs impliqués dans le scandale des « Black Sox ». Un demi-match sépare les Yankees, troisièmes, des Indians co-leaders avec les Sox.

Le Polo Grounds (ici en 1923), stade que louaient les Yankees avant la construction du Yankee Stadium. Le lieu du drame.

Le Polo Grounds (ici en 1923), stade que louaient les Yankees avant la construction du Yankee Stadium. Le lieu du drame.

Après quatre manches, les Indians mènent 3-0. Au début de la cinquième, se présente Ray Chapman face à Carl Mays. Chapman est un excellent joueur. Il évolue à l’arrêt-court et joue depuis le début de sa carrière (en 1912) à Cleveland. Chapman détient le record de sacrifices dans une saison (67 en 1917 performance toujours inégalée). En 1918, il est le leader de la Ligue américaine pour les buts sur balles et les points marqués (84 chacun). Il tourne à une moyenne de 0,300 et ses qualités défensives sont reconnues.

La tension est grande. Mays lance une « beanball », une « balle haricot » si on peut traduire ce terme. En fait, il vise intentionnellement la tête de Chapman, pratique très courante dans le rude baseball de l’époque. La balle heurte violemment le crâne du frappeur au point que Mays croit qu’il a frappé avec sa batte en entendant le bruit du rebond. Mays termine l’action en récupérant la balle et en l’envoyant vers le premier but pour le retrait.

Ray Chapman (photo sans date)

Ray Chapman (photo sans date)

L’arbitre au marbre compte évidemment un « hit by pitch » , terme qui désigne le cas où le frappeur est atteint par un lancer. Chapman est debout, il tente de rejoindre le banc mais s’écroule. Il perd connaissance. Il est transporté à l’hôpital New York City. Pendant ce temps le match continue : les Indians marquent un quatrième point dans cette manche et le retour des Yankees en fin de match ne suffira pas, Cleveland s’impose par 4 à 3.

Carl Mays.

Carl Mays.

A l’hôpital, Chapman est opéré du cerveau. On lui trépane une petite partie alors qu’il a perdu beaucoup de sang ; la blessure s’étend sur près de 10 cm. A 4 heures 40 du matin, le décès de Raymond Johnson Chapman est déclaré. Il avait 29 ans.

La presse s’empare de l’affaire. Pour la première fois, un joueur est directement tué par un lancer. Certains voulaient bannir Carl Mays pour ce qu’il a commis mais l’enquête le disculpe de tout fait d’accusation : il s’agit d’un tragique accident de jeu.

Le lendemain, le match a été reporté pour permettre aux joueurs des deux équipes de se recueillir. Ray Chapman est enterré au cimetière Lakeview de Cleveland près de la maison où il devait s’installer avec sa femme. Ils l’avaient visité juste avant de partir pour New York.

« Balle invisible ».

La question qu’on se posa était pourquoi Chapman n’a pas esquivé le lancer de Mays. La réponse semble évidente : parce qu’il n’a pas vu la balle. Mais comment ne pas la voir ?

A l’époque, une balle servait pour tout le match, on ne la remplaçait que lorsqu’elle était perdue. Ainsi la saleté se déposait action après action, rendant la tâche du frappeur progressivement plus difficile. D’autre part, les lanceurs avaient le droit de gratter la balle, de cracher dessus pour donner de l’effet. On pouvait aussi utiliser des produits comme la résine. Une balle usée a une trajectoire moins rectiligne qu’une balle neuve. Contre un lancer qui visait ostensiblement la tête, Chapman n’a pas vu la trajectoire.

Quelles conséquences ?

Les conséquences de ce drame ont été de plusieurs natures :

Les Indians ont porté un brassard noir en signe de deuil jusqu’à la fin de la saison (voir photo suivante). Motivés plus encore par ce drame, ils ont réussi à remporter la Ligue Américaine devant les White Sox et les Yankees. Certes, la suspension des sept « Black Sox » décrétée au mois de septembre par le propriétaire des White Sox a aidé la cause des Indians mais l’équipe est allée chercher sa victoire sur le terrain, remportant un premier championnat dans son histoire. Au mois d’octobre les Indians remportaient leur première Série Mondiale contre les Brooklyn Robins.

L'équipe des Indiens de Cleveland qui remporta la Série Mondiale en 1920

L'équipe des Indiens de Cleveland qui remporta la Série Mondiale en 1920

Après la mort de Chapman, les Indians ont titularisé Joe Sewell à l’arrêt-court. Sewell s’avéra immédiatement efficace et réalisa une très belle carrière. Il joua pour les Indians de 1920 à 1930 puis trois autres saisons avec les Yankees, où il remporta un deuxième titre en 1932. Il a été admis au Hall of Fame.

Joe Sewell. Remplaçant de Ray Chapman, il commença une brillante carrière avec les Indiens puis avec les Yankees où il remporta sa deuxième Série Mondiale en 1932

Joe Sewell. Remplaçant de Ray Chapman, il commença une brillante carrière avec les Indiens puis avec les Yankees où il remporta sa deuxième Série Mondiale en 1932

Plusieurs mesures ont été adoptées pour éviter un nouveau drame. Désormais, il sera interdit de dégrader la balle, de cracher dessus et de lui mettre un quelconque produit. Chaque balle usée ou dégradée sera immédiatement remplacée. Si vous regardez un match de baseball, vous verrez souvent l’arbitre regarder et changer la balle pendant que le lanceur cherche à la placer correctement pour effectuer son tir. Cette mesure, en plus d’autres, avantage particulièrement les frappeurs puisqu’une balle neuve est clairement plus visible. En 1921, les statistiques offensives s’envolèrent (le nombre de home runs quadrupla). C’était, avec l’émergence du Bambino, la fin de l’ « ère de la balle morte » au profit de l’ « ère de la balle vivante », celle des frappeurs.

Pourtant, on ne pensa pas à protéger davantage les batteurs. Les premiers casques font leur apparition en 1952 chez les Pirates de Pittsburgh. En 1971, la MLB imposa aux nouveaux joueurs de porter des casques alors que les anciens avaient le choix de ne pas en porter. Le dernier joueur à ne pas en porter, Bob Montgomery, prit sa retraite en 1979.

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