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Pourquoi ces français chantent en anglais ?

Publié le 11 janvier 2008 par Nicolas Lordier

cocoon

Il n'y a pas si longtemps, je reçois une coupure de presse émanant du Figaro. Peu habitué à la lecture de ce quotidien, je reste tout de même sensible à ce genre d'articles qui font progresser notre réflexion. Bien entendu, il s'agit de musique et plus particulièrement d'un cas bien à part, celui des musiciens français qui font quelques infidélités à la langue de Molière. Voici donc l'excellent travail d'enquête de Bertrand Dicale. Bonne lecture.

Des groupes comme Aaron, Cocoon (photo ci-dessus) ou Hey Hey My My triomphent dans la langue internationale de la pop.

Le temps est à l’anglais. Pas l’anglais phonétique et scolaire des yé-yé, auxquels les Anglais ne comprenaient rien. La langue anglaise qui se chante aujourd’hui en France est celle du folk contemporain ou de la pop élégante, une langue qui demande beaucoup plus que des cours d’anglais de terminale, et qui aujourd’hui rencontre son public, en France et à l’étranger. La pop versaillaise d’Air et de Phoenix, tout comme l’électro surpuissante de Daft Punk, avaient été couronnées ces dernières années. Voici maintenant toute une série de groupes français anglophones, pour la plupart distribués par le label Discograph : Stuck in the Sound, les petits nouveaux Cocoon et Hey Hey My My, et surtout Aaron, qui après les Bouffes du Nord et le théâtre Edouard-VII au printemps, chantait deux fois la semaine dernière à l’Olympia.
Le duo pop Aaron a dépassé les 200 000 exemplaires vendus de l’album Artificial Animals Riding On Neverland (dont l’acronyme compose leur nom). Cocoon a emporté le concours CQFD des Inrockuptibles avant d’être une des révélations du dernier Printemps de Bourges et de sortir il y a quelques semaines l’album My Friends All Died in a Plane Crash. Hey Hey My My, après avoir sorti l’album Hey Hey My My en avril dernier, n’a pas cessé de tourner. Il court dans tout le métier un « buzz » élogieux et insistant sur Izia, la fille de Jacques Higelin, âgée de dix-sept ans, courtisée par plusieurs maisons de disques après qu’eurent circulé des « démos » écrites directement en anglais. Une des révélations les plus originales du rock européen en 2006 est l’ancien guitariste d’Emilie Simon qui fait carrière sous le nom de Medi & The Medicine Show - il est niçois...
« Les gens sont décomplexés quant à l’idée de chanter en anglais », se réjouit Julien Garnier, chanteur et guitariste d’Hey Hey My My. Car le retournement de tendance est récent. Avec son complice Julien Gaulier, il avait formé British Hawai, groupe punk-rock lui aussi anglophone : « Il y a trois ans, quand on avait des rendez-vous en maison de disques, on nous disait »Ça ne nous intéresse pas s’il n’y a pas de chansons en français». » Même son de cloche chez Simon Buret, chanteur et auteur d’Aaron : « On nous a dit »il faut tout refaire en français». » Et Marc Daumail, chanteur et guitariste de Cocoon salue « le courage des programmateurs radio. Il y a quelques années, jamais un groupe français chantant en anglais ne serait entré en rotation sur France Inter ».
« Pas de logique commerciale »
Évidemment, tout commence au berceau : « Mon père m’a biberonné à Bob Dylan et Neil Young, dit sans détour Marc Daumail. Si j’avais écouté du Lorie ou du Patrick Sébastien depuis l’enfance, je ferais aujourd’hui des bals en faisant tourner la serviette. » À vingt-deux ans, le garçon de Cocoon a une culture voisine de celle de son aîné d’Hey Hey My My, trente-deux ans, arrivé au rock à quatre ans par l’album The Game de Queen. Peu importe l’environnement français dans le désir de musique chez Simon Buret, comédien avant d’être chanteur : « J’ai un père américain et une mère française. Mon père ne parle pas un mot de français. Il se trouve que quand nous avons commencé à faire de la musique ensemble (avec Olivier Coursier, le musicien « professionnel » d’Aaron), je n’arrivais plus à dire certaines choses. Je les couchais sur papier, comme des lettres ouvertes. Et comme je voulais être compris de ces gens-là, c’était en anglais. Les chanter désamorçait ces choses. Il n’y avait pas de logique de commerce, je ne pensais pas que ça finirait sur un CD. »
Il se trouve que le projet d’Aaron, « fait à deux dans une bulle », est utilisé pour la musique du film Tout va bien ne t’en fais pas. Succès immédiat. Contre toutes leurs attentes, les deux garçons montent sur scène et leur aventure connaît un démarrage spectaculaire... au moment où la chanson On My Way de Cocoon devient une des grandes sensations radio de la saison. Quelques années après que Overhead ou Syd Matters eurent connu le barrage du « pourquoi ne chantez-vous pas en français ? », cette fournée de Français anglophones se fait mieux entendre. Leur absence de dogmatisme y est sans doute pour beaucoup : « On n’est pas contre les paroles en français, chanter en anglais n’est pas une revendication, assure Julien Garnier d’Hey Hey My My. Simplement, écrire nous est plus facile en anglais qu’en français. Il est difficile de trouver un langage vraiment pop en français. C’est génial de dire en anglais Here comes the sun (« voici le soleil », tube des Beatles) alors que ce n’est vraiment pas terrible en français. » Aaron met une chanson en français sur son album, « une seule parce qu’on s’est dit que ça ferait un joli clin d’oeil ». Et Simon Buret, « attiré par beaucoup d’autres langues », se voit bien « essayer de chanter un jour en arabe, pour les sonorités ». L’anglais conduit bien sûr à de curieux paradoxes, comme pour Cocoon : « C’est important de jouer à l’étranger, dit Marc Daumail. Jouer en Angleterre a été une expérience énorme. Pour la première fois de notre vie, les gens ont compris les paroles. »


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