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Le dernier cadeau d’Edmond AMRAN EL MALEH

Par Citoyenhmida

Avec « LETTRES A MOI-MEME », il me semble que Edmond AMRAN EL MALEH ait voulu offrir à ses lecteurs un cadeau avant de se retirer, aussi discrètement qu’il a vécu !

Le dernier cadeau d’Edmond AMRAN EL MALEH

En effet, ce petit ouvrage de quelques dizaines de pages, paru en février 2010 chez les éditions LE FENNEC – collection Journal, est un véritable bijou de littérature, entendue comme « l’usage esthétique du langage écrit ».

L’auteur y use en effet d’une langue française ciselée avec l’art et la maitrise de l’artisan d’Essaouira travaillant un morceau de thuya avant de l’incruster de nacre :

« N’y a-t-il pas quelque inconvenance, j’allais dire outrecuidance, à prodiguer conseils et recommandations, même si l’amitié semble en autoriser le légitime souci, quand sont adressés à une personne chère sans doute, mais dont l’âge, l’expérience, la maturité signent l’entrée en sagesse ».

Il nous livre des confidences déposées sous nos yeux comme autant de pierres rares dont on n’arrive pas à déterminer la nature, tout en admirant l’éclat :

« Il se souvient, il a commencé par un petit discours en langue arabe, il aimait toujours s’exprimer dans cette langue, sa langue maternelle ».

Parlait-il de lui-même, de son correspondant et alter-égo ? Peu importe, cette confidence vient du fond du cœur et porte en elle tout un passé chargé d’émotion.

Il nous conduit dans des endroits historiques évoqués avec nostalgie, comme la Sorbonne ou le Collège de France.

Il évoque avec subtilité des personnages contemporains ou historiques, qu’il a croisés ou qui ont compté dans sa vie : Mehdi Ben Barka, Jean-Paul Sartre, Alain ou Michel Foucault, René Descartes, entre autres.

Il nous dresse une histoire de la France contemporaine résumée en une phrase, à la fois profonde et sarcastique :

«  Trois France se sont succédées, la gaullienne, de toute sa hauteur sur fond de la sale guerre d’Algérie, la pompidolienne, bourgeoise, sèche, le conservatisme des demeures fermées, et bientôt la mitterrandienne la rose en trompe l’œil (…) P.S. j’ai oublié dans mes comptes la giscardienne de noblesse faisandée ».

Edmond Amran El Maleh n’a pas certes pas inventé le genre  «auto-épistolier» (je ne sais si le mot est adéquat), d’autres avant lui l’ont pratiqué, surtout les écrivains hispanophones comme Miguel de Unamuno ou José Luis Borges.

Mais il est certain que ce petit ouvrage a mené ce genre à une quasi-perfection, parce que l’auteur a je crois réussi son pari « que le lecteur partage le plaisir qu’il a pris à l’écrire ». Le visage de l’auteur sur la page de couverture est la preuve de ce plaisir : sourire intelligent et franche complicité.

Lisez ces lettres, relisez-les encore, elles  méritent et parfois exigent plusieurs lectures !


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