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Cinq questions à Harold Cobert

Par Benard

FÉVRIER 12TH, 2011

“Tout a été dit, mais comme personne n’écoute, il faut toujours répéter.” C’est sur cette phrase d’André Gide que démarre l’entretien avec Harold Cobert, émaillé de citations que l’écrivain énonce comme d’autres disent bonjour.
Né en 1974, titulaire d’un doctorat ès lettres, Harold Cobert a notamment consacré une thèse à Mirabeau.
Après le succès d’ Un hiver avec Baudelaire, le roman L’Entrevue de Saint-Cloud est paru en 2010 aux éditions Héloïse d’Ormesson et a remporté à l’automne dernier le Prix du Style.
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« Un livre, je le fais vivre, je dialogue avec lui. »

1. VOUS ET LA LECTURE ?
Je lis entre un et trois livres par semaine ; je lis vite, et surtout la nuit. Quand un livre m’ennuie, j’arrête, mais je ne condamne pas un livre tout de suite – au contraire, je m’acharne un peu. Il y a des moments pour lire certains livres, on peut être prêt ou ne pas l’être. J’ai ainsi essayé plusieurs fois d’entrer dans « Le Testament français » d’Andreï Makine (Prix Goncourt 1995) – en vain, donc j’ai laissé tomber. Je considère qu’on ne peut pas se permettre d’ennuyer le lecteur, son temps est trop précieux, c’est une question de politesse envers lui.
Mes auteurs de référence sont nombreux : au XVIIème siècle, La Rochefoucauld. Au XVIIIème, Voltaire, Mirabeau - dont la littérature pornographique est à hurler de rire -, Vivant Denon et sa nouvelle libertine « Point de lendemain », Laclos, Au XIXème, Baudelaire, Maupassant, Oscar Wilde, pour le côté aphoristique, Dostoïevski dont je relis les « Frères Karamazov » tous les ans à Pâques (le sujet de la trinité y est traité de façon fascinante, il est impossible de préférer l’un des trois frères). Au XXème, Hermann Hesse avec « Narcisse et Goldmund », Céline dont on parle beaucoup ces temps-ci…
Chez nos contemporains, Bret Easton Ellis, et côté français, Stéphanie Hochet et Tatiana de Rosnay.
Je lis les livres neufs. J’ai souvent prêté mes livres, on ne me les a jamais rendus – ce qui est d’autant plus étonnant que je note toujours sur la deuxième de couverture mon nom, ainsi que la date et le lieu d’achat ; on n’arrache tout de même pas la couverture des livres !?
J’ai un rapport d’exclusivité et de possession avec les livres, alors que je ne l’ai avec rien d’autre de matériel. Un livre, je le tords, je l’annote, je le fais vivre, je le trimballe partout, je dialogue avec lui. J’ai toujours un livre avec moi.
Je ne me sers pas encore du livre électronique. Ce sera très pratique pour les manuels scolaires, mais je pense que je resterai vieux jeu – car le premier geste que je fais quand j’ai un livre entre les mains, c’est de le renifler, de sentir l’odeur de l’encre…
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« Houellebecq est un vrai témoin de la société – même si sa manière de l’évoquer peut être critiquée. »
2. VOUS ET LES LIVRES ?
Dernièrement, j’ai lu « Maria » de Pierre Pelot, « Mr » d’Emma Becker, « Un fauteuil pneumatique rose au milieu d’une forêt de conifères » de Thibault Lang-Willar, « Rose » de Tatiana de Rosnay, « Apostille au Crépuscule » de Michel Onfray, « Miroirs » de Gérard de Cortanze, et j’ai relu le classique « Croc-Blanc » de Jack London. Je pratique la lecture-zapping, j’ai toujours plusieurs livres entamés en même temps.
J’ai prévu de lire le dernier Houellebecq. Après la déception des « Particules élémentaires », « Extension du domaine de la lutte » m’a beaucoup plus. Mais c’est avec « Plateforme », que j’ai lu après le scandale qui a entouré sa sortie, que j’ai compris pourquoi Houellebecq est Houellebecq. Il émane de ce roman une grande tendresse. Houellebecq donne la parole à l’humanité moyenne, bien loin de l’univers de nuits au Baron et de cocaïne du monde germanopratin (dans lequel je n’inclus pas le jeune garde, Enard, Ferrari, Humbert, etc.). On qualifie souvent Houellebecq de « Balzac contemporain », et c’est très juste : comme lui, c’est un entomologiste, un vrai témoin de la société – même si sa manière de l’évoquer peut être critiquée. Mais comme disait Nietzsche, « Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité » !
Plus qu’à l’actualité littéraire, je me fie aux conseils d’amis ou d’autres écrivains. J’ai aussi beaucoup d’amis qui publient, nous nous lisons mutuellement.
J’ai testé l’exercice de la lecture contrainte dans le cadre des deux jurys auxquels j’ai participés en 2010 : le Prix de Montalembert, et le prix Plume d’Agence – hyper enthousiasmant car c’est un concours de nouvelles, qui réunit des gens de communication et de publicité que seuls les textes intéressent.
Les sélections des prix comme le Prix des Libraires, le Prix de la Maison de la Presse, le Prix des Lecteurs du Livre de Poche m’intéressent plus que d’autres dont les enjeux colossaux - économiques, notamment - font que la littérature se sacrifie pour des considérations autres que littéraires.

Lire la suite : http://actualitte.com/blog/sophielit/2011/02/12/5-questions-a-harold-cobert/


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