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Carnets de déroute-Chapitre 6 : Je m'enflamme pour Arcade Fire

Publié le 29 janvier 2008 par Bertrand Gillet
Troisème partie


À ce moment précis, alors que je nageais dans le bonheur, une main m’attrapa direction la scène de l’industrie où jouait 2 Many Dj’s. le soi-disant grand mixe, il faut dire que j’éprouve en mon for intérieur un mépris à peine dissimulé pour ceux qui ont usurpé le titre de Dj, je ne veux parler de John Peel, mythique programmateur des Peel’s Sessions de la BBC et grand découvreur de talents devant l’éternel, il fut le premier à diffuser God Save the Queen des Sex Pistols qui à l’époque fit scandale ; bref, John Peel était un homme de confiance, bien que rappelé avant l’heure par Dieu qui devait rêver depuis longtemps d’une telle pointure pour égayer ses soirées Paradise Lost. Devant un tel déballage de boîtes à rythme mortellement inutiles, je décidai d’afficher ma réprobation : je boudais. Puis sans doute agacé par la subtile expression de ma mauvaise foi, nous fîmes marche arrière pour aller voir Arcade Fire. Le concert avait déjà commencé et là, ô claque céleste sur la joue de ma sidération béate, le groupe s’ébrouait dans la grâce d’un instant magique, au fond de la scène, un musicien jouait sur un grand orgue, un grand orgue oui, une messe païenne d’une rock attitude furieusement séduisante, tout à la fois baroque et géniale. Ce groupe avait fait du mot « énergie » sa propre et unique signature. Je me prélassais dans ce bain de foule avec, dans le trou noir de mes oreilles glapissantes, tous les titres de Neon Bible et les quelques brûlots de Funeral, ce petit théâtre s’activait en une folle sarabande et je n’en croyais pas mes yeux ; explosion scénique ici à Rock en Seine, loin des tapageuses démonstrations des Hives ! Enfin du rock ! Le ROCK ! Nous arrivâmes 6, nous repartîmes 5000 milles avec des rêves dans nos yeux.
Samedi, l’après-midi s’embrase malgré la boue. Je suis le premier. Le reste du groupe me rejoindra paresseusement pour le set de Pravda. Je flingue la foule du regard, la tord et me fraie ainsi un passage avec une facilité déconcertante. Sur la scène, I Love UFO  s’amourache d’un prog rock, mais en mode bruitiste ce qui ne semble pas effrayer l’assistance, figée dans une forme aigue de contemplation, certains sombrent littéralement dans la démence, leurs corps traversés de spasmes drogués et violents. Le set est dangereux, puissant, Panic In Saint Cloud comme l’aurait chanté Bowie s’il avait été présent à ce moment, moi je suis en phase avec ce magma sonique qui laisse sourdre une tension réelle, une fascinante propension à distordre la musique. Je plane dans un autre système lunaire et déviant où la dureté serait reine. I Love UFO, cousins légitimes de Comets On Fire. Le soleil tente une percée et je décide de l’imiter en traçant mon chemin, objectif, rejoindre la scène où Pravda (se la) joue. Le duo parisien affiche une décontraction rock’n’roll. Avec sa touffe blonde platine, genre explosion de grenade le matin, le guitariste présente un curieux mixe entre Andy Summer, Billy Idols et Luc Besson, la chanteuse, elle, se pose en copie conforme de Nico et de Catwoman ce qui n’enlève rien au plaisir évident que notre petit groupe ressent alors, conscient que la formule de John Lennon « Du rock français ? Pourquoi pas du vin anglais » pourrait relever un jour de la vaste blague. Ces quarantenaires punks semblent narguer les babies rockers du Gibus qui dans leur prétention florissante, telle une envolée de boutons, rêvent en secret de détrôner un rock plus adulte. Bien que chantées en français, leurs paroles un brin canailles font mouche, je me sentais à l’Ouest, plus cocaïne que nicotine, mais à fond dans la posture du reporter tout cuir qui ânonne ses commentaires dans un langage proche du style Gainsbarre, murmures chroniques, pensées critiques avec une forme de désinvolture propre aux dandies parisiens.
À suivre…

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