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Hommes et destins de Stefan Zweig, Lafcadio Hearn devenu Koizumi Yakumo

Par Mango
Hommes et destins de Stefan Zweig, Lafcadio Hearn devenu Koizumi YakumoC’est en lisant les courtes biographies des écrivains que Stefan Zweig aimait  et présentait dans son recueil «Hommes et destins» que j’ai découvert un écrivain irlandais dont je n’avais encore jamais entendu parler. C’est pourtant lui, Lafcadio Hearn,  qui fit vraiment  connaître la culture japonaise aux Occidentaux lorsqu’il s’installa  définitivement au Japon  en 1890.Il fut aussi « l'importateur du judo en Amérique, ayant convaincu son ami Theodore Roosevelt, alors président, d'inviter aux États-Unis l’un des principaux experts du Kodokan, Yoshiaki Yamashita. Cette visite japonaise déclenche alors une mode pour ce sport en Amérique ». 

D’abord invité par l’ambassadeur du Japon à découvrir son pays, il y épousa la fille d’un samouraï, changea de nom,  devint Yakumo Koizumi,   obtint un poste de professeur à l’université de Tokyo avant de  mourir d’une crise cardiaque à 54 ans après avoir traduit  en anglais Maupassant, Théophile Gautier, Flaubert, Mérimée, Hugo, Zola, de Nerval et Anatole France. Né dans l'île de Leucade(Lefkada), d'où son nom, ,d’une mère grecque qui finit par l’abandonner et d’un père irlandais, militaire dans l’armée britannique, il fut mis en pension et rejeté par sa famille. A treize ans, à la suite d’une dispute avec ses camarades, il devint borgne, partit en Amérique où il se retrouva  journaliste, épousa une métisse alors que les mariages mixtes étaient illégaux, s’intéressa alors à la culture créole de la Nouvelle Orléans  puis s’installa deux ans en Martinique où il écrivit un premier roman : «Yuma » jusqu’à son départ pour le Japon.


«Cet homme providentiel devait apparaître juste au moment où le Japon était mûr pour lui et lui pour le Japon, afin que cette œuvre puisse être conçue, que voient le jour ces livres consacrés à la beauté moribonde du Japon, immortalisée en partie grâce à lui seul.
Voilà pourquoi la vie de Lafcadio Hearn, cette ruse de la nature en vue de fins sublimes, mérite d’être racontée.» 
Hommes et destins de Stefan Zweig, Lafcadio Hearn devenu Koizumi Yakumo"Certes, à côté de celui de Lafcadio Hearn un autre Japon était à cette époque déjà en pleine ascension : le Japon occupé à préparer la guerre, producteur de dynamite et constructeur de torpilles, un pays vorace, trop pressé de devenir européen. Mais Lafcadio Hearn n’avait aucun besoin de parler de ce Japon –là, qui savait de lui-même attirer l’attention sur lui par le bruit des canons.
Et le destin aimait l’œuvre de Lafcadio Hearn. Il lui accorda un dernier cadeau : il le fit mourir au bon moment,de la même façon qu’il l’avait au bon moment envoyé accomplir sa tâche. Le héraut du Nippon ancien disparut l’année où les Japonais vainquirent la Russie, où ils accomplirent ce fait d’armes par lequel ils forcèren les portes de l’histoire du monde. 
Lafcadio Hearn mourut à la même heure que le vieux Japon, que la civilisation japonaise.
Mais il était si cher au cœur de ce peuple devenu le sien que, au beau milieu d’une guerre qui chaque jour leur ravissait des milliers d’entre eux, tous les gens furent saisis d’effroi à la nouvelle de sa mort. Une partie de leur âme s’éteignait avec lui, ils en étaient conscients. Ils furent des milliers à marcher derrière son cercueil qui fut descendu en terre selon le rite bouddhiste. »
Hommes et destins de Stefan Zweig, Lafcadio Hearn devenu Koizumi Yakumo
Zweig se reconnaissait-il en cet écrivain irlandais qui avait si bien su être le passeur entre deux mondes,deux civilisations, deux cultures,comme lui avait toujours voulu l' être. Texte écrit avant la guerre,  où l'on sent cependant  Zweig déjà très inquiet  de ce qui se passe autour de lui, des bouleversements du monde  et où la mort précoce  de son héros avant les préparatifs de guerre  lui paraît un don des dieux! Prémonition déjà de  de sa fin volontaire en février 1942? 
Cher, très cher Zweig!Lafcadio Hearn devenu Koizumi Yakumo  dans Hommes et destins de Stefan Zweig, (Livre de Poche, 2000, 219),Traduit de l’allemand  par Hélène Denis-Jeanroy
Participation au challenge de Kathel.

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