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A L’OMBRE DE LA HAINE (Monster’s ball) de Marc Forster (2002)

Par Celinecinema
A L’OMBRE DE LA HAINE (Monster’s ball) de Marc Forster (2002) Marc Forster est un cinéaste intéressant. Empruntant des virages cinématographiques assez radicaux, sa filmographie ne cesse cependant de questionner l’âme humaine, s’attachant souvent à dépeindre la réunion de deux personnages- un homme et une femme- sauvés, par leur union, des abîmes noirâtres qui leur sont promis. Cette dimension qu’il a auparavant approché aussi bien dans Quantum of Solace (2008) que dans L’Incroyable Destin d’Harold Crick (2007), constitue l’essence d’A l’ombre de la haine, drame plus sombre que sombre dans lequel Hank (Billy Bob Thornton) brise sa carcasse de froideur et de haine au contact d’une Leticia (Halle Berry) salement amochée par la vie. Du reste de l’intrigue, on taira tout- pour ne rien gâcher du souffle coupé imposé par une œuvre aussi brutale qu’intense, accablée par le chagrin. Il y est question de fils à pleurer (magnifique Heath Ledger), d’un destin qui donne et qui reprend (et inversement), de route à poursuivre et de situations d’une complexité rare qui rappelle les plus beaux instants d’ambigüité du cinéma de Sean Penn (The Indian Runner, The Pledge) et d’Eastwood (Mystic River).
La caméra se pose alors sans jugement sur des protagonistes aux nuances exquises, hantés par des spectres monstrueux : les regrets, les pertes, les morts. En se servant du cadre naturel de la Louisiane pour distiller tout du long une atmosphère anxiogène et étouffante, Forster construit son œuvre en deux temps : chute et renaissance, obscurité et lumière- le point culminant étant atteint lors d’une scène d’amour d’une crudité féroce. Un orgasme pour libérer la brutalité enfouie au fond du duo, et des râles qui hurlent aux défunts : nous sommes vivants. On ne compte plus les films qui puisent leurs teintes ténébreuses de ce lieu à la souffrance latente qu’est la Louisiane- (The Last Exorcism (Stamm, 2010), Le Caméléon (Salomé, 2010), Bad Lieutenant (Herzog, 2009), Dans la Brume Electrique (Tavernier, 2009)- mais aucun n’a su aussi bien extraire et recracher toute l’âpreté de la détresse qu’il contient. Il faut dire que Forster a su créé le couple de cinéma le plus passionnant de ces dernières années : la fragilité de Halle Barry, qui a largement mérité son Oscar, et la profondeur de Thornton. Leur étreinte, pour le coup, tient du miracle.
A L’OMBRE DE LA HAINE (Monster’s ball) de Marc Forster (2002)

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