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Dossier: La Trilogie Scream

Par Geouf

A l’heure où le quatrième épisode de la saga horrifique déboule sur les écrans du monde entier, petit retour sur une première trilogie qui a marqué les années 90 d’un sceau indélébile.

En 1996, lorsque sort Scream de Wes Craven, le genre horrifique, et en particulier le slasher, est moribond, tué par une tripotée de mauvais films et de suites au rabais. A cette époque, la mode est plutôt aux blockbusters d’action bourrins (Twister, Independance Day, Rock…) et l’horreur ne fait plus recette. Wes Craven lui-même semble avoir perdu la foi, ayant offert un enterrement quatre étoiles à Freddy Krueger et enchaîné avec une comédie horrifique bas de gamme (Un Vampire à Brooklyn, avec Eddie Murphy !). Mais la sortie de Scream va changer la donne. Ecrit par le débutant Kevin Williamson, le film va pulvériser le box office, propulsant la société de production Miramax dans la cour des grands, via sa filiale Dimension. Le carton du film, couplé avec le succès de la série TV The X Files, va durablement relancer non seulement le slasher, avec toute une vague de néo slashers, mais aussi le genre horrifique (via les boîtes de production Dimension et Dark Castle notamment). Scream a définitivement apposé sa marque sur les années 90, pour le meilleur et parfois pour le pire.

Scream : la déconstruction respectueuse du genre

Dossier: La Trilogie Scream
Lorsqu’il écrit Scream, le jeune scénariste Kevin Williamson est déjà fan de slasher depuis des années. Il nourrit donc son script de tous ses souvenirs de visionnage, tout en se moquant gentiment du genre. C’est d’ailleurs ce qui a valu à Scream une mauvaise réputation auprès de toute une frange d’amateurs d’horreur, qui estiment que le film de Craven prend le genre de haut et affiche un cynisme de mauvais aloi. Pourtant, malgré de nombreuses touches d’humour et une propension à analyser les mécanismes du slasher, Scream n’en est pas moins un véritable film d’horreur, et très réussi qui plus est. Craven, visiblement motivé par le script de Williamson, fait preuve d’une virtuosité impressionnante dans certaines scènes, et crée un suspense redoutable. Quasiment quinze ans après sa sortie, il faut avouer que Scream n’a quasiment pas pris une ride, et que certaines scènes sont toujours aussi mythiques. La scène d’introduction, notamment, reste un modèle d’efficacité et de montée graduelle de la tension, grâce à des dialogues excellents et à un montage au cordeau. Le sadisme avec lequel le tueur joue avec la pauvre Casey (Drew Barrymore, qui effectuait son comeback avec ce film) avant de la massacrer sauvagement reste un grand moment de terreur cinématographique. Le final reste lui aussi anthologique, tant par sa durée que par sa gestion impressionnante des personnages (on jongle tout de même entre 4 groupes de protagonistes !). Le suspense est à son comble (géniale idée de la caméra espion renvoyant les images avec un décalage de 30 secondes !) et les révélations pleuvent jusqu’au fameux twist sur l’identité du tueur, un summum du genre.

Mais la vraie réussite de Scream, c’est surtout d’avoir rappelé qu’un slasher pouvait posséder un vrai scénario à suspense et des personnages fouillés. Car si le genre a fini par s’enterrer lui-même, c’est surtout à force de présenter des intrigues prétextes à un étalage lassant de morts dont on se contrefiche. Dans Scream, Williamson et Craven remettent les victimes au centre de l’histoire, le tueur n’étant plus le personnage central comme dans les Freddy ou les Vendredi 13. C’est même le contraire, puisque malgré son impressionnant costume et son don d’ubiquité, le tueur reste très humain (il court, tombe, se prend un nombre impressionnant de coups), ce qui n’empêche cependant pas de trembler pour les personnages, dont les mises à mort sont souvent douloureuses (certaines scènes, comme la mort de Tatum, arrivent même à susciter à la fois le rire et le malaise). L’une des bonnes idées du film, c’est d’avoir proposé les rôles principaux à des acteurs peu ou pas connus (Skeet Ulrich, David Arquette, Matthew Lillard) ou venus de la télé (Courtney Cox, Neve Campbell), ce qui ne se faisait pas trop à l’époque, les deux milieux ne se mélangeant pas. Du coup, difficile de prévoir qui va survivre ou non, et de deviner qui est le tueur. Tous les acteurs sont excellents, s’éloignant en cela une fois encore des standards récents du genre. Neve Campbell brille en jeune fille perturbée par l’assassinat de sa mère, tandis que Courtney Cox, alors en pleine gloire grâce à Friends, prend un risque étonnant en incarnant la journaliste arriviste Gale Weather (un risque payant, puisqu’aujourd’hui il apparait clairement qu’elle est l’actrice de Friends à avoir le mieux géré sa carrière).

Dossier: La Trilogie Scream

Enfin, plus qu’un slasher, Scream est aussi un film qui parle de la jeunesse américaine, biberonnée aux films d’horreur, mais incapable de faire face à une horreur réelle. Une jeunesse avec des parents absents et en manque de repères. Peu d’adultes sont présents dans le film, et la plupart du temps ils sont ridiculisés ou incapables d’agir: le proviseur pousse des gueulantes mais se retrouve obligé de fermer le lycée avant de se faire éventrer, le chef de la police impose un couvre-feu que personne ne respecte… Les seuls adultes présents sont Gale Weather, qui reste cependant extérieure au drame pendant une bonne partie du film, et Dewey qui lui est à mi-chemin entre les deux mondes, comme le soulignent plusieurs scènes (la scène de la glace, le fait que sa sœur le traite encore comme un gamin). Comme le dit Craven à travers ses personnages, ce ne sont pas les films d’horreur qui sont la cause de la violence de certains ados, mais des problèmes d’encadrement des parents bien plus terre à terre (ici une simple histoire d’adultère déclenche l’horreur). En cela, Scream est bien plus qu’un slasher analysant le genre, c’est presque un reflet de la société des années 90. Dommage que Craven ne prêche finalement que des convaincus, car le message contenu dans le film n’empêchera pas certaines associations familiales de dénoncer celui-ci suite à certains événements tragiques…

Au final, n’en déplaise aux grincheux, Scream a amplement mérité son succès et le culte qu’il a généré, grâce à son mélange réussi d’horreur et d’humour, et à ses personnages fouillés et attachants.

Scream 2 : Le changement dans la continuité

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Succès oblige, Miramax ne tarde pas bien évidemment à commander une suite au duo Craven/Williamson. Kevin Williamson, qui avait depuis toujours dans l’idée de faire une trilogie, ne se fait pas prier, et toute l’équipe se retrouve un an plus tard pour emballer le deuxième chapitre des aventures de Sidney Prescott. Cette fois, direction l’université, deux ans plus tard. Sidney et ses amis (ou du moins ceux qui ont survécu) tentent d’oublier le passé et de vivre leur vie d’étudiants au maximum, lorsqu’une nouvelle série de meurtres débute, alors qu’un film inspiré des événements de Woodsboro sort sur les écrans.

Si Scream 2 est certainement moins réussi que le premier épisode, il n’en est pas moins une bonne suite, qui explore plus avant les thématiques entamées par le premier film. Craven et Williamson continuent d’étudier les rapports entre fiction et réalité. De nouveau, le film s’ouvre sur une scène d’introduction impressionnante, prenant place cette fois à l’avant-première du film Stab, inspiré des meurtres de Woodsboro. Brouillant la frontière entre réalité et fiction, Craven fait d’une spectatrice (Jada Pinkett Smith) la première victime, dans une salle de cinéma bondée de fans déguisés en ghostface. L’occasion d’épingler le phénomène des suites, mais aussi celui des « films inspirés de faits réels », dont Hollywood est si friand, au travers d’une autre couche de mise en abyme. Des coups de théâtre et des reflets entre réalité et fiction, Scream 2 les cultive soigneusement, tout le film étant construit comme une tragédie grecque (le fait que Sidney joue le rôle de Cassandre dans une pièce de théâtre n’est certainement pas innocent). Et comme dans toute bonne tragédie, il y aura de nombreux morts, notamment des personnages auxquels les spectateurs se sont attachés. Impossible par exemple d’oublier la scène de la mort de Randy, le geek de service fan de film d’horreur. Encore une fois, Craven fait monter lentement la tension, divisant ses personnages avec une maestria rare, jusqu’au moment où le tueur frappe, sauvagement et sans faiblir. Des scènes impressionnantes, Scream 2 en comporte de nombreuses. On pourra aussi citer une très tendu scène d’évasion d’une voiture accidentée, avec le tueur assommé à l’avant, ou encore l’assassinat de Dewey, devant une Gale Weather impuissante.

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Mais comme pour le premier épisode, si Scream 2 marque les mémoires, c’est parce qu’il continue de développer ses personnages. Des personnages que l’on retrouve avec joie, comme de vieux amis, et qu’on a envie de voir survivre jusqu’au bout du film. La relation amoureuse entre Gale et Dewey est filmée avec une grande tendresse par Craven, qui n’hésite pas à calmer le jeu de massacre pour laisser respirer ses personnages. De même, Sidney a largement évolué depuis le premier film, passant du rôle classique de la vierge survivante à celui de jeune femme combattive et bien décidée à ne pas se laisser pourrir la vie une seconde fois (on sent très nettement que Williamson s’est largement inspiré du personnage de Ripley dans les Alien). Une fois de plus, les suspects sont nombreux, et il est assez difficile de deviner l’identité du ou des tueur(s), même si celle-ci sera moins surprenante que dans le premier épisode.

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Cependant, Scream 2 n’est pas exempt de défauts. Cette suite tombe parfois un peu trop dans les clichés dont elle prétend se jouer, et surtout manque souvent un peu de rigueur au niveau de son intrigue. Plus que doté d’un don d’ubiquité, le tueur semble ici être carrément omniscient, semblant toujours savoir où les personnages vont se trouver, alors que le campus est immense. Même si Craven verse un peu dans l’onirisme (la scène de la répétition théâtrale, dans laquelle Sidney croit voir le tueur dans ses partenaires de scène), cela ne suffit pas à expliquer les facilités du scénario. Enfin, dernier grief, il est dommage que le duo n’ait pas assumé certaines idées, comme la mort de Dewey, qui réapparait soudainement en fin de film alors qu’il s’était fait sauvagement poignarder.

Mais malgré ces défauts, Scream 2 reste une réussite dans le domaine des suites horrifiques, prolongeant intelligemment les thèmes du premier film tout en développant plus avant les personnages. Malheureusement, le troisième épisode ne parviendra pas à une telle réussite.

Scream 3 : C’est la chute finale

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Sans surprise, le succès de Scream 2 pousse Miramax à commander un troisième et dernier épisode à Kevin Williamson. Malheureusement, celui-ci est à ce moment occupé par la mise en chantier de sa première réalisation, Mrs Tingle, et ne rédige qu’un bref traitement donnant les grandes lignes de Scream 3. Du coup, la rédaction du scénario est confiée à Ehren Kruger, jeune scénariste auréolé du succès du thriller Arlington Road. Un changement qui ne sera malheureusement pas sans conséquences sur la saga.

Le point de départ de Scream 3 est pourtant plutôt pertinent, le film poussant encore plus loin la mise en abyme des deux premiers épisodes en se déplaçant cette fois à Hollywood, où la mise en chantier de Stab 3 déclenche une nouvelle série de meurtres. Mais malgré une scène d’introduction encore une fois assez réussie, Scream 3 tombe rapidement dans la gaudriole, Kruger étant clairement plus intéressé par le côté parodique de la franchise que par le mélange horreur et humour. Et ce n’est pas un Wes Craven en pilote automatique qui va redresser la barre, celui-ci préférant enchaîner les jump scares au rabais (on ne compte plus le nombre de scènes où deux personnages se rencontrent et hurlent de terreur) plutôt que les scènes à suspense qui ont fait le succès de la saga. Pire encore, certains personnages deviennent carrément des caricatures d’eux-mêmes. Gale Weather se voit transformée en cruche hystérique qui braille toutes les cinq minutes, et Dewey est devenu un idiot ridicule, plus proche de sa caricature dans Scary Movie que du jeune homme un peu maladroit mais attachant qu’il était. Seule Sidney Prescott échappe au massacre, Neve Campbell apportant une belle prestance à son personnage qui a fini par sombrer dans la paranoïa mais sortira de sa retraite pour se battre une dernière fois. Scream 3 ne réussit même pas à délivrer ce qu’il promet (plus de morts et un script imprévisible où n’importe qui peut y passer), vu qu’au final il se montre très avare en sang et qu’aucun des survivants des deux premiers films ne mourra.

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Alors que reste-t-il à sauver de ce naufrage ? D’abord la plutôt bonne idée de boucler la boucle en retournant aux origines de la saga, à savoir le meurtre de la mère de Sidney. L’idée du demi frère revanchard ayant beau être un peu tirée par les cheveux, on a presque l’impression que les trois films forment un tout cohérent. Ensuite, la bonne idée de donner au tueur un appareil lui permettant non seulement de modifier sa voix (appareil récurrent de la série), mais aussi d’imiter la voix d’autres protagonistes. Une astuce scénaristique qui permettra tout de même d’injecter un peu de suspense dans quelques scènes, notamment lorsque le tueur tente de rendre fou Sidney en imitant la voix de sa mère.

Scream 3 comporte aussi quelques savoureux cameos, comme celui de Carrie Fisher en sosie de Carrie Fisher, ou encore l’apparition furtive de Roger Corman, ainsi que le plaisir de retrouver Lance Henriksen. Enfin, Wes Craven retrouve tout de même la puissance de sa mise en scène à quelques occasions, tout particulièrement dans une scène où Sidney se retrouve pourchassée par le tueur dans le décor de sa maison d’enfance. Une scène excellente, à la fois effrayante et furieusement nostalgique pour les aficionados du premier épisode.

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Avec Scream 3, Ehren Kruger et Wes Craven sont malheureusement loin d’avoir donné un final honorable à la saga. Même si le film se trouve à cent coudées au-dessus d’autres suites de l’époque (les ridicules Souviens-toi l’Eté dernier 2 ou Urban Legend 2 par exemple), il est loin d’atteindre le niveau des deux premiers opus. La mise en chantier du quatrième épisode, cette fois scénarisé en partie par Williamson (malheureusement remplacé par Kruger, on craint le pire) peut laisser espérer un retour aux sources salvateur (la bande-annonce du film est en tout cas très alléchante). Verdict ce weekend, le film ne sortant que vendredi au Royaume-Uni !

Notes:

Scream : 9/10

Scream 2 : 7/10

Scream 3 : 5/10

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