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Gide 1907 ou Galatée s'apprivoise (1/2)

Par Blogegide
[Le blog e-gide prend un peu de vacances... pendant lesquelles je vous invite à redécouvrir chaque jour des pages de la Revue d'Histoire littéraire de la France de mars-avril 1970, consacrée à Gide. Aujourd'hui la première partie d'une étude de Claude Martin autour de la réception du théâtre de Gide en Allemagne en 1907, et des efforts de "publicité" que Gide consent dans l'espoir d'être mieux compris. En vain ! Mais il en reste quelques lettres dans lesquelles Gide trace les contours de son esthétique en cette année charnière. Le vœu formulé par Claude Martin en introduction a depuis été exaucé : voir  les deux tomes du André Gide et le Théâtre (Cahiers André Gide 15 et 16, Gallimard, 1992) par Jean Claude. On pourra se reporter aussi à la revue de presse française du Roi Candaule et de Saül des Gidian Archives.]
Gide 1907 ou Galatée s'apprivoise (1/2)Revue d'Histoire littéraire de la France, mars-avril 1970, 70e année, n° 2
"GIDE 1907 OU GALATÉE S'APPRIVOISE
Dans l'étude qui reste à faire (1) des rapports d'André Gide avec le théâtre, l'histoire de l'unique représentation de son Roi Candaule au Kleine Theater de Berlin, le 9 janvier 1908, devra occuper une place importante. L'affaire déborde largement l'œuvre, par sa signification dans la carrière de Gide et dans l'évolution de son attitude à l'égard du public et de la critique. L'échec retentissant du drame se situe en effet à un moment où Gide, après quinze ans de vie littéraire assez secrète et retirée, semblait vouloir sortir de l'ombre et faire spontanément, afin d'être compris et « reconnu », quelques pas vers le public — ce public qu'il n'avait jusqu'alors guère daigné aider à sortir de son indifférence... Péniblement affecté par la froideur de l'accueil fait à la création de Candaule à Paris, par Lugné-Poe en mai 1901 (2), il attendait beaucoup de la représentation berlinoise et se félicitait de pouvoir la « préparer » et disposer son public à le mieux comprendre.
Depuis quelque dix ans (3), Gide était en relations épisodiques avec Emile Haguenin, lequel se trouvait en 1907 professeur de Littérature française à l'Université de Berlin, et lui avait manifesté son désir de préparer, en un article de portée générale qui présenterait Gide au public berlinois, les représentations du Roi Candaule prévues depuis l'année précédente au programme du Kleine Theater, dans la traduction de Franz Blei (4). Gide tint à lui fournir les éléments, de cette étude; de la bibliographie d'abord :
Hier employé presque toute l'après-midi à écrire à Haguenin à propos de la représentation de Candaule en Allemagne. Il m'avait demandé l'an passé quelques renseignements bibliographiques prêtant matière à un topo ; je les lui envoie. (Journal, 20 octobre 1907)

Puis il s'appliqua, quatre jours plus tard, à documenter Haguenin sur son œuvre même, et le fit sans déplaisir, ainsi qu'en témoigne encore son Journal (24 octobre) :
Submergé de nouveau. Ai travaillé hier depuis le matin jusqu'à deux heures, une lettre à Haguenin destinée à faciliter et à favoriser son zèle. Il parle de présenter mon œuvre au public berlinois. : il parle bien. Je commence à être las de ne pas être; dès qu'une grande ferveur ne me soutient plus, je me débats. L'amour-propre blessé n'a jamais donné rien qui vaille, mais parfois mon orgueil souffre d'un véritable désespoir. Et je vis certains jours comme dans le cauchemar de celui qu'on aurait muré vivant dans son tombeau. Misérable état qu'il est bon de connaître; d'avoir connu. J'écrirai cela plus tard, quand j'en serai sorti (5).

On devine l'importance de la lettre en question, dont Gide n'avait cependant conservé ni minute ni copie (6) et qui est demeurée inédite. Nous avons eu la bonne fortune, au cours de recherches au Département des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale, de découvrir ces cinq grands feuillets (22 X 33 cm), entièrement couverts au recto d'une écriture serrée; cette pièce, acquise en 1963 par la Bibliothèque, ne figure pas encore dans les fichiers. En voici la fidèle transcription (7) :
Paris 23 Octobre 1907.Mon cher Haguenin,
Quel plaisir m'a fait votre lettre (8) ! Je me confondrais en remercîments, si je n'avais, d'après votre aimable proposition, beaucoup à vous dire : Je réponds point par point.
1° J'écris à Blei (sans doute s'il est à Berlin déjà, recevra-t-il ma lettre en retard), pour qu'il facilite au besoin vos entrées au théâtre et double votre voix si, assistant à quelque répet. quelque critique de mise en scène ou d'interprétation vous semblait utile. Ci joint du reste une lettre pour Barnowsky,le directeur du Kleines Theater qui vous accréditera suffisamment.
2° Billets pour quelques amis ? — V. ma lettre à Barnowsky. Et merci pour la propagande.
3° Je cours au « Mercure » et vous fais envoyer tous ceux de mes bouquins que j'y trouve (9).
4° J'attache en effet une grande importance à ce que vous pourrez faire pour moi à Berlin — tant à cause de vous, qu'à cause du public qui vous écoute et qui est habitué à vous croire.
Jusqu'à présent j'ai joué à cache-cache avec « la critique » ; j'attendais qu'on me découvrit et me défendais d'envoyer mes livres aux [journa] professionnels des journaux ou des revues. A ce jeu je n'ai souvent pris que moi-même. Je suis resté si bien caché que l'an dernier, un détrousseur américain, traduisant de l'allemand mon « In Mémoriam » (Oscar Wilde) écrivait dans sa préface : About M. Gide I regret that I can tell you nothing ; I prefer to invent nothing (10). Si imprudent qu'il soit, ce jeu de Galathée (11) me flatte et m'amuse — moins peut-être pourtant que le raccrochage de célébrité auquel je les vois pour la plupart se livrer. — Ajoutons que j'attends de ce jeu quelque leçon. — C'est ainsi qu'il m'intéresserait bien davantage de savoir ce quevous penseriez de mon œuvre par vous même, que de venir vous dire : voici ce qu'il sied d'en penser. Du reste, j'aime à croire qu'il en irait à peu près de même ; je crains seulement que le temps ne vous manque — car je demande à être lu lentement (12).
5° Idées directrices, conception de la vie et de l'art.
... J'ai bien peu de temps moi même pour élaborer ici une éthique et une esthétique... — Tenez, ces quelques lignes que cite Harden dans une de ses dernières Zukunft (13) m'ont, à les relire, paru bonnes et assez significatives [deux mots illisibles biffés]. Je n'ai plus sous la main la conférence dont elles sont extraites et c'est pourquoi je vous envoie ce texte allemand ; je crois que la traduction de cette conférence a été reproduite en guise de préface par Blei, dans son édition de Candaule qu'il vous donnera, j'en suis sûr, bien, volontiers. Blei n'est ni un vilain ni un sot ; vous ne l'avez malheureusement vu qu'éméché; j'étais honteux de lui ; il vaut mieux (14). Ci joint aussi, tant pour vous le faire connaître que pour vous renseigner sur moi, ce bout d'article-portrait, où ma foi je me reconnais assez bien. Cela a paru dans la Zeit de Vienne (15), puis a été reproduit dans un Almanach littéraire d'où je l'arrache. C'est intitulé « Nietzsche en France ». (Ceci dit pour vous permettre, à l'occasion, de lui en parler.) Je crois de plus que Blei sent assez bien ce que j'ai voulu dans Candaule et comment il faudrait le jouer.
Je voudrais joindre à ces découpures, l'excellente étude de Drouin sur l'Immoraliste — irretrouvable pour l'instant (16). Quel amusement je prendrais à vous entendre présenter ce livre à vos « belles écouteuses » (17). Les dames « avancées » de chez nous — une Noailles, une Delarue-Mardrus (enthousiaste article dans l'ex-revue Blanche) se sont éprises de ce petit roman (18) pour desraisons peut-être un peu... louches, que vous saurez apprécier. Du reste, et grâce à mon système, le livre est demeuré presque inaperçu. J'ai confiance que le livre est assez bon pour [se payer ça] attendre. « Livre admirable, dont on n'a pas assez parlé » s'écrie Mirbeau, longtemps après, au cours d'une interview— fort galamment, car je n'avais pas été tendre pour lui du temps que moi même je « faisais de la critique » (19).
6° Mes grandes admirations : la Grèce
modernes : la plus grande je crois : Dostoïevsky — (puis Stendhal, puis Dickens ; — Balzac loin après — Ibsen — Goethe comme éducateur).
Malgré ce qu'on en a parfois dit en Allemagne, où l'on semble vouloir m'adopter — disons mieux : me reconnaître, — je suis français, je me sens Français jusqu'aux moelles — et Cartésien — et ne me reconnais pour ancêtres que Molière, Racine, Retz, Montesquieu, Constant, Flaubert. Dans le galvaudage et le sabottage général, je n'ambitionne pas d'autre gloire que : n'avoir pas trop dégénéré.
Que je serais heureux, cher Haguenin, si, trouvant un peu de temps pour me lire, vous pouviez [trouver] penser cela de moi. Quelques mots encore sur Candaule.
A Vienne, dans le colossal Volkstheater, on me l'a joué (20) comme un grand opéra, avec un luxe de mise en scène, d'éclairages divers, de musique accompagnant chaque baiser, — des pauses, des effets dont je n'avais que faire et qui faussaient sensiblement la tenue de ma pièce. — Je compte assez sur l'exiguïté relative de la scène de Berlin ; ce qu'il faut éviter autant que possible, ce sont précisément les effets (spécialement ne pas insister à la fin du premier acte, au meurtre de la femme de Gygès — rideau très vite — A Vienne, on inventait un effet de clair de lune sur Gygès et sur le cadavre !!!) Candaule doit rester un jeu, presque un persiflage, pathétique mais toujours léger.
[ J'ai horreur des effets, en art — antithèses, mots sublimes, phrases « poétiques », tirades, — et de tout ce qui tend à faire passer le coton pour de la laine. — Concluez, je vous en prie, que j'ai tout le romantisme, à commencer par Hugo (que pourtant j'admire rudement !) (21) et l'artistisme (de Gautier, d'Annunzio (22) etc.) en horreur. — []] Ceux qui appellent sécheresse, dûreté dans mon œuvre la simplicité et la pûreté que j'exige, toujours plus, de moi, méconnaissent par quel effort on y parvient — et quelle complexité, tumultueuse d'abord, j'y réduis. ] (23)
La grande difficulté de cette représentation, c'est le rôle de Candaule. Ce rôle, je sens, je sais, j'ai la conviction qu'il est VRAI ; mais je crois aussi qu'il est neuf ; cela suffit pour le faire juger faux ; il ne rentre pas dans le répertoire des sentiments que l'acteur a l'habitude d'exprimer (24). — A Paris Lugne-Poë (25) en avait fait un lunatique ; à Vienne, l'acteur dont le nom m'échappe, un libidineux voyeur. — Candaule doit être d'une admirable santé. Il doit être admirable, à la façon du Timon (au 1er acte) de Shak. — dont il est descendu tout droit, je l'avoue (26). — Je ne m'amuse à peindre que des êtres admirables — admirables diversement, inconciliablement — et à faire jaillir le drame de cette inconciliabilité même [un mot illisible biffé], (Ainsi : Candaule Gygès et Nyssia ; ainsi mon Immoraliste et sa femme .—) je serais extrêmement heureux que vous sentissiez tout cela — et le reste — par vous même, à la lecture de ma pièce et de sa préface — (un peu puérilementinsolente — tant pis!).
Je ne connais pas du tout Max. Harden, ne [crois] n'imagine [un mot illisible biffé] même pas comment il a pu prendre connaissance de ma littérature — et crois n'avoir avec lui que bien peu d'idées communes. N'importe. Voici ce qu'il disait dans une conférence d'Avril dernier.
.... « nur der Wille, zu unterhalten, zu amüsieren, nirgends der Schein einer Weltanschâuungsfrage. Das bleibt allein der Deutschen Buhne, die man zu einer zentralen Kulturmacht auszugestalten den Wunsch hat. Vereinzelte Männer wollen dies ja in England und Frankreich ebenfalls : André Gidehier, Bernard Shaw dort. » (27)
Je suis très fat au sujet de Candaule — assez pour croire que Harden ne se trompe pas en [un moi illisible biffé] me citant ainsi.
Et maintenant : Au revoir. Excusez la longueur et le décousu de cette . Je n'ai pas eu le temps de la faire plus courte (28). Merci d'avance pour ce que vous pourrez faire et très cordialement votre
ANDRÉ GIDE.Je cours au Mercure.

(à suivre)
Notes :  1. Et qu'a entreprise, pour sa thèse de doctorat à McGill University, Montréal, Mme Yvonne Waltz. Le travail de James G. McLaren, The Théâtre of André Gide. Evolution of a Moral Philosopher (Baltimore, The Johns Hopkins Press, 1953), se bornait à l'analyse chronologique des pièces et, en appendice, à quelques notes sur les représentations et leur accueil par la critique. La thèse allemande de Brigitte Kahr, André Gide und seine Dramen (Vienne, 1954, 476 p. dactyl.), n'a pas été imprimée. 2. Voir sa Préface à la seconde édition du Roi Candaule (avec Saut, Paris, Mercure de France, 1904), préface presque entièrement composée d'extraits de presse, « afin d'aider le lecteur à se faire une opinion [...] sur l'excellence de la critique dramatique dans les journaux de l'an 1901 » (p. 147). 3. Voir la lettre d'Emile Haguenin, datée du vendredi 9 juillet [1897], où il remercie Gide d'avoir accueilli avec indulgence quelques vers passionnés qu'il venait de publier dans L'Ermitage (sans doute ces Exhortations, d'ailleurs dédiées « à André Gide », parues dans le n° de mai, p. 343-4). Cette lettre (y 580.1) fait partie d'un ensemble de 18 pièces conservées à la Bibliothèque Jacques-Doucet (Paris) — 17 lettres et télégrammes de Haguenin, et un double dactylographié de la lettre de Gide du 13 janvier 1908 que nous donnons plus loin — ensemble essentiel pour l'histoire du Candaule berlinois, avec toutes les découpures de la presse allemande qu'avait conservées Gide(Fonds Gide, classeur A-17, VI.I). 4. Der König Candaules, Umdichtung von Franz Blei, Leipzig, Insel, 1905. Franz Blei, avec qui Gide eut jusqu'à la guerre de 1914 « d'assez bonnes relations littéraires » (Journal, p. 711), devait encore traduire sa Bethsabé (dans la revue Hypérion, en 1908) et Le Prométhée mal enchaîné (Munich, 1909) ; il fut aussi le traducteur de Claudel (Partage de Midi, L'Otage). V. ce que Gide écrivait de lui à Claudel dans ses lettres du 25 septembre 1905 et du 24 octobre 1907 (Correspondance Claudel-Gide, éd. R. Mallet, Paris, Gallimard, 1949, p. 50-51 et 77-78). Un choix important de son œuvre de critique a été récemment publié (Franz Blei, Schriften. in Auswahl [choix et préface de A.P. Giitersloh], Reinbek, Rowohlt, 1966). 5. Journal 1889-1939, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1948, p. 252 et 253. 6. C'est le mois suivant (novembre . 1907, v. Journal, p. 254), au moment où il prit Pierre de Lanux comme secrétaire, que Gide eut sa première machine à écrire, grâce à quoi il put garder le double des lettres qu'il jugeait importantes. 7. Cette lettre, préemptée à la Librairie Ahdrieux par là Bibliothèque Nationale le 16 décembre 1963, pour 1500 F, fait partie d'un petit ensemble relié de documents très divers, sous le titre Mélanges littéraires XIXe-XXe siècles (N.a.fr. 14.827, 97 S ; la lettre, constituée de 2 ff. doubles et 1 simple, cotée ff. 10 à 15). .Nous mettons entre crochets droits les mots ou fragments biffés, entre crochets obliques ce qui a été visiblement ajouté par Gide en marge ou dans les interlignes ; nous avons cru pouvoir nous dispenser de surcharger de sic notre transcription fidèle de l'autographe. 8. Nous n'avons pas retrouvé cette lettre de Haguenin. 9. Gide avait alors publié au Mercure Le Voyage d'Urien, suivi de Paludes (1896), Réflexions sur quelques points de littérature et de morale (1897), Les Nourritures terrestres (1897), Le Prométhée mal enchaîné (1899), Philoctète [avec Le Traité du Narcisse, La Tentative amoureuse et El Hadj](1899), Lettres à Angèle (1900) L'Immoraliste (1902), Prétextes (1903), Saül (1903, rééd. avec Le Roi Candaule en 1904) et Amyntas (1906). 10. C'est-à-dire : « De M. Gide, je regrette de ne pouvoir rien dire ; je préfère ne rien inventer ». 11. Allusion à la jeune fille de Virgile qui, mêlant la pudeur à la provocation, lance une pomme sur le séduisant berger Damoetas et fuit aussitôt se cacher sous les saules... espérant bien avoir été vue (Bue, III, 64-65) : Malo me Galatea petit lasciua puellaEt fugit ad salices et se cupit ante uideri. 12. Cf. lettre à René Boylesve du 24 octobre 1912 (citée par Jean-Jacques Thierry, Gide, Paris, Gallimard, 1962, p. 238) : « Je lis très lentement, comme je voudrais qu'on me lise » ; et le célèbre «Je n'écris que pour être relu » du Journal des Faux-Monnayeurs (Paris, Gallimard, 1927, p. 53). 13. Maximilian Harden, célèbre polémiste allemand dont la revue Die Zukunft, qu'il rédigeait seul et à laquelle il se vouait jour et nuit, dénonça tous les scandales de l'Allemagne impériale et républicaine pendant trente ans jusqu'en 1922. Il y avait cité un fragment de la conférence faite par Gide à Bruxelles, en mars 1904, sur L'Evolution du théâtre, (publiée la même année en tête de l'édition de Saül-Le Roi Candaule au Mercure, puis reprise dans les Nouveaux prétextes en 1911). 14. « Ce vieux bohême paraît encore extraordinairement vert », notera Gide en 1930 de son ancien traducteur (Journal, 22 juillet 1930, p. 998)... 15. Cet article de Blei, Nietzsche en France, paru dans le n° du 18 juillet 1930 de Die Zeit, fut traduit et publié intégralement par Lucile Dubois dans sa rubrique « La France jugée à l'étranger » du Mercure de France de septembre 1903 (n° 165, p. 811-820). 16. Michel Arnauld (pseudonyme du beau-frère de Gide, Marcel Drouin) : « Les Livres : L'immoraliste, d'André Gide », La Revue Blanche, n° 227 du 15 novembre 1902, p. 470 sq. 17. Verlaine : « Les donneurs de sérénades / Et les belles écouteuses / Echangent des propos fades...» (Mandoline, Fêtes Galantes). 18. Lucie Delarue-Mardrus, qui avait écrit à Gide deux belles lettres sur L'Immoraliste(17 et 29 juin 1902, inédites, Bibliothèque Doucet, y 462.6 et 7), donna à La Revue blanche (n° 219 du 15 juillet 1902, p. 413 sq.) un " Essai sur L'immoraliste ». Le dernier numéro de La Revue blanche avait paru le 15 avril 1903. 19. Le Matin du 8 août 1904 avait en effet publié une interview accordée par Octave Mirbeau au journaliste Vauxelles, où l'on pouvait lire : « M. Mirbeau, excité, s'abandonnait à des jugements sévères que je n'ose rapporter. [...] Citez-moi, dis-je enfin, des «jeunes» intéressants, originaux. Octave Mirbeau me loua vivement l'Immoraliste d'André Gide, «admirable livre dont on n'a pas parlé»; les drames touffus, où il y a des parties de premier ordre, de Paul Claudel, consul à Fou-Tcheou [...] ». Dans la première, surtout, des Lettres à Angèle (L'Ermitage, juillet 1898), Gide avait pourtant été fort sévère pour Mirbeau : « Voyez M. Mirbeau... Vous qui le connaissez et qui avec quelque influence sur lui, vous devriez bien tâcher de lui lire un peu ses articles. Ils sont stupides ». (Et voir le trait final de la deuxième, puis de la troisième Lettre...) Depuis 1901, Gide ne « faisait plus de critique », ou presque. 20. En 1906. 21. On se rappelle que c'est dans L'Ermitage de février 1902 (p. 109) qu'à l'enquête « Quel est votre poète?», Gide avait laconiquement répondu : « Hugo, — hélas!». 22. Un an plus tard, le « faux départ » de la N.R.F. et la brouille avec l'équipe d'Eugène Montfort seront notamment dûs à un article trop élogieux de Marcel Boulenger sur d'Annunzio. Et l'on connaît l'extrême sévérité de la conférence que Gide fera en 1914 sur Gautier (v. Incidences, Paris, Gallimard, 1948, p. 153-5). 23. Les grands crochets droits qui encadrent ce paragraphe sont de Gide lui-même. 24. Cf. la première Préface à Candaule (Paris, Editions de la Revue Blanche, 1901) : «  Tout caractère neuf, au théâtre, paraît toujours, d'abord, un caractère d'exception. Le public, avant de l'admettre, proteste. Au théâtre, ce qui sort de la convention paraît faux. Le théâtre vit de conventions. On en veut à qui nous en tire ; à qui tâche de nous en tirer. Pour le public, il y a des sentiments naturels, et d'autres qui ne le sont pas. Tous les sentiments sont dans l'homme, mais il en est certains pourtant que l'on appelle exclusivement naturels, au lieu de les appeler simplement plus fréquents. Comme si le fréquent était le plus naturel que le rare ? le plomb plus naturel que l'or !Tout ce que fait Candaule est naturel. » 25. Créant le drame au Théâtre de l'Œuvre le 9 mai 1901, Lugné-Poe en avait assuré la mise en scène et interprétait le rôle du Roi. 26. L'aveu est intéressant, que Gide semble n'avoir répété nulle part ailleurs dans son œuvre — son œuvre où il a si souvent parlé de Shakespeare, mais jamais de Timon d'Athènes, lu à Yport entre le 17 mai et le 2 juin 1893 (d'après son Subjectif inédit). 27. C'est-à-dire : « [...] uniquement la volonté de faire passer le temps, d'amuser, nulle part l'ombre d'une question métaphysique. Cela demeure unique sur la scène allemande, que l'on souhaite transformer en une puissance culturelle centrale. Des hommes isolés veulent cela aussi en Angleterre et en France : André Gide ici, Bernard Shaw là-bas. » 28. Allusion évidente, faut-il le préciser, à la célèbre fin de la XVIe Provinciale : « mes lettres n'avaient pas accoutumé [...] d'être si étendues. [...] Je n'ai fait celle-ci plus longue que parce que je n'ai pas eu le loisir de la faire plus courte. »"

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