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X-Men first class

Publié le 02 juin 2011 par Flow

 X-Men first class.

(réalisé par Matthew Vaughn)

Misfits et fier de l'être.

 

 

Je suis le premier à critiquer la fièvre des reboot qui a contaminé Hollywood ces dernières années. Ces films ne sont que trop souvent médiocres (Vendredi 13, Massacre à la tronçonneuse) ou du moins dispensables (The incredible Hulk, Halloween, à mi-chemin entre reboot et remake). Et la tendance ne va pas décrescendo, bien au contraire. Bientôt Conan, La planète des singes, Spiderman, Daredevil, Les quatre fantastiques, Superman et même Batman! De quoi avoir la nausée, d'autant plus que la plupart sont mis en chantier pour conserver les droits des personnages (Sony avec Spiderman ou la Fox avec Les quatre fantastiques). Du coup, cet X-men First Class doit se coltiner des aprioris négatifs. Mais heureusement, les aprioris ne demandent qu'à être contredits...

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1962. En pleine guerre froide, les premiers mutants émergent de leur léthargie et commencent à réclamer leurs droits de succession. Sebastian Shaw (Kevin Bacon) est de ceux-là. Les humains normaux”, pour avoir une chance de survivre, sont forcés de faire appel à d'autres mutants. Parmi eux, Charles Xavier (James McAvoy), jeune professeur télépathe et arrogant, accompagné de sa sœur adoptive, Raven (Jennifer Lawrence). C'est ainsi qu'il fait la connaissance d'un puissant mutant colérique: Erik Lehnsherr (Michael Fassbender). Et pendant ce temps, la crise des missiles de Cuba se prépare...

Blockbuster optimal.

Ce film remplit fièrement son rôle premier: offrir à son public un divertissement grand public de qualité optimale. De l'action pure, des pouvoirs étonnants et des enjeux narratifs clairement établis: détruire le monde, empêcher une guerre, la vengeance. Tout est clair et tout est simple. Le fan en aura pour son argent et le spectateur venu se détendre également, d'autant que les effets spéciaux sont de qualité. En gros, un travail soigneux et consciencieux porté par une réalisation efficace et un casting de haute volée.

Casting d'enfer.

Le casting est sans conteste le point fort du film. Le danger principal pour un reboot est de ne pas parvenir à faire oublier les acteurs originaux. Mais ici, ils les effacent carrément. Les deux rôles titres (Magneto et le professeur X) sont portés par deux excellents acteurs. McAvoy campe un Charles Xavier compatissant mais arrogant, charmeur et insouciant. Fassbender nous livre un Erik à fleur de peau, fêlures béantes et colère à peine contenue. Leurs entrevues (la partie d'échecs notamment) sont pleines de tension, de par le statut quasi-divin du spectateur qui connaît la fin de l'histoire. L'objectif principal est un succès. Et autour de ces deux-là, le casting est au diapason. Que se soit le bad guy campé par l'excellent Kevin Bacon dans un rôle de proto-Magnéto ou encore les adolescents qui s'éveillent à la sexualité...euh à leurs pouvoirs, tous rendent crédibles ce film. Les acolytes de Shaw sont en deçà car constamment silencieux. Mais ce sont des détails.

Uchronie passionnante.

Le contexte choisi, la guerre froide et la crise des missiles de Cuba, est une bonne idée. Cette époque se prête à tous les délires et réinterprétations possibles. Certes, il n'y a du coup rien d'original dans le film mais cette uchronie (monde parallèle dans lequel le passé est proche mais différent du notre) est de bonne facture. On est loin de la réussite des Watchmen mais il n'empêche que le background est fort et cohérent.

Misfits of science.

Un misfit en anglais est un marginal, un être non intégré en raison de son comportement différent. Ici, les personnages sont des exclus de fait. Leur anomalie génétique en fait des mutants, des êtres difformes qui ne peuvent s'intégrer et en souffrent. Mais si leurs pouvoirs sont la cause de leurs maux, c'est parce qu’ils sont trop humains qu'ils sont malheureux. Ils souhaitent, en effet, être normaux”. Cette belle métaphore sur la différence, la mise au ban et l'acceptation de soi (Mystique), propre aux X-Men, n'a rien de neuf. Tous les films précédents l'intégraient et de nombreux autres avant et après ces derniers. Il est logique d'y revenir ici, en couplant la réflexion à l'adolescence, phase ultime de création du moi et terreau de tous les symbolismes imaginables.

S'ils auraient pu s'arrêter à ces deux niveaux de lectures (le blockbuster et le message sur la tolérance et le darwinisme social), les auteurs ont décidé d'aller plus loin.

Genèse d'une société.

Ils nous offrent une idée assez intéressante pour un film de cet acabit. Comment se créer une société? Quels en sont les prémices, les balbutiements? Eh bien ça commence avec la solitude. Tous les mutants répètent cette même phrase à leur première rencontre: je croyais être le/la seul(e). De ce sentiment naît la sensation d'appartenance, de groupe, puis de communauté. Pour citer Aristote, l'homme est un animal social. Il est donc inéluctable que les mutants se regroupent (ce qui explique la facilité de la relation entre Mystique et le Fauve) et c'est paradoxalement ce qui les rapprochent de l'Humanité qui les rejette et qu'ils imitent. Le film s'applique à raconter et construire les étapes de la création de cette société. Et le rôle des deux personnages principaux, antagonistes y est prépondérant. Ils représentent les deux mamelles habitant les prémices d'une communauté: le pacifisme et le bellicisme. Le premier est incarné par Xavier, un brin idéaliste (voire utopiste) et hypocrite. Il prêche, en effet, la paix avec les hommes mais est le seul à ne pas souffrir de sa mutation et est par ailleurs totalement intégré. A l'opposé, Erik se construit par opposition et volonté guerrière de dominance, voire d'annihilation. Le groupe se fonde autour de ces deux idées opposées mais intrinsèquement liées (qui n'a pas vu le sous-texte ambigu voire gay dans leur relation) et il n'est pas facile de se positionner. Pour finir, le processus inclut la disparition des premiers soubresauts de la société (à savoir Shaw) car comme disait Darwin, on ne peut pas faire d'omelette sans casser quelques œufs...

Au final, X-Men first class ravira les fans (mise en place de l'univers malgré les libertés prises et deux caméos assez drôles) et ceux qui cherchent un honnête divertissement (contexte historique, action prenante). Mais ce film est tellement plus. Il fourmille de détails cocasses (les soirées de jeunes mutants) et d'idées intéressantes (la genèse de la société mutante). Une excellente surprise.

Les +:

- Casting.

- Prenant.

- Plus intelligent que la moyenne.

- Les caméos.

Les -:

- Peut-être un peu long.

Note:

3

 


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