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Un miroir noir, et la mort à Venise

Publié le 05 novembre 2011 par Marc Lenot

Un miroir noir, et la mort à VeniseLa Bourse de Riga a été transformée en Musée, serait-ce un symbole de la transformation du capitalisme ? Outre sa collection permanente de tableaux (dont l’Adam et Eve de Spranger) elle présente des expositions temporaires. Celle du rez-de-chaussée (à côté des Lettons à Venise) est consacrée à des œuvres en verre provenant du studio vénitien Berengo (Glasstress, jusqu’au 11 décembre). Je me méfie a priori des expositions qui sont axées sur un médium, mais celle-ci le fait avec intelligence. On voit d’abord un grand chandelier en cristal rouge de Murano, tombé au sol, brisé, dont les éclats sont disséminés comme autant de taches de sang. Une dizaine de corbeaux le picorent, vol noir et annonceur de catastrophe. On ne saurait mieux se détacher de l’adoration du matériau, de la vénération du verre vénitien (Carrion, 2011, de Javier Perez).

On va retrouver les oiseaux chez Jan Fabre, petites sc

Un miroir noir, et la mort à Venise
ulptures de cristal coloriées au stylo Bic : cadavres de pigeons pourrissants, fientes abondantes, dérision amère (Shitting Doves of Peace and Flying Rats, soit les colombes de la paix en train de chier et les rats volants). Le ton est donné. Un lit de verre et un lit d’acier entouré d’un trait de poussière de marbre de Carrare (Silvano
Un miroir noir, et la mort à Venise
Rubino), les bottes et les chiens de l’Infant Baltasar Carlos, sculptures de cristal devant une réplique du portrait de l’Infant par Velazquez, acquérant ainsi une matérialité fragile, une pérennité incongrue (Marta Klonowska) renforcent ce sentiment mélancolique né de la fragilité même du verre.

Mais c’est autour du miroir que cette exposition (qui ne comprend qu’une seule œuvre d’artistes lettons) semble se recomposer : les miroirs d’Orlan remplis d’huile, de sable, de paillettes, de sang ou d’or, images de la vanité bloquant la vision ; celui très élégant de Yuichi Higashionni reflétant et diffractant le dessin en losange d’un simple élastique au mur ; l’hologramme mortuaire de

Un miroir noir, et la mort à Venise
Konstantin Khudyakov. Et surtout le miroir de Iago de Fred Wilson, miroir baroque noir sans reflet dédié à un homme noir sans espoir, négation même de la fonction du miroir, évocation tragique de la mort à Venise.

Dans les étages, une exposition de porcelaines et faïences tant extrême-orientales que hollandaises (provenant des musées de Groningue et de Leeuwarden) montre l’interaction décorative entre l’Orient et l’Occident, en particulier grâce à la Compagnie des Indes Occidentales. Il n’y a pas le plat (mythique ?) où le manufacturier chinois avait reproduit fidèlement les indications du dessin envoyé par son client hollandais, et en particulier, très exactement, les noms des couleurs inscrits sur le dessin (au lieu bien sûr, de colorer le plat comme son client le souhaitait) : sur le ciel, on lit donc le mot ‘bleu’ (en néerlandais, bien sûr), sur l’herbe ‘vert’, le tout en monochrome ; j’aime beaucoup ce symbole de la distance, de l’incompréhension, du code, et aussi du goût du

Un miroir noir, et la mort à Venise
temps, de l’économie coloniale, mais il n’est pas là. Par contre, j’ai remarqué ces deux plats voisins aux paysages stylisés, où quelques lignes suffisent, essentielles, calligraphiques : ils sont très proches, mais celui de droite vient du Japon, celui de gauche de Delft, à la même époque (1660/1680). Qui influence qui ?

Photos de l'auteur. Des liens seront ajoutés dès que j'aurai une meilleure connection.


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