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comparaison entre la dette de la France et le budget d'un ménage (1/2)

Publié le 15 novembre 2011 par Dubruel

 

d'après Agoravox

 par Kazan(son site) mardi 8 novembre 2011

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Dette de la France et budget d’un ménage : halte la comparaison !

Comme un ménage, un Etat ne peut pas être éternellement en déficit. Cet argument, simpliste, a servit de justification à la « règle d’or ». On y ajoute quelques chiffres censés effrayer : La dette de la France s’élève à 1 650 milliards d’euros, soit 85% du PIB. Ainsi, chaque nouveau bébé naîtra avec une dette de 25 000 euros.

Mais la comparaison ne vaut pas. Un Etat n’est pas un ménage. Regardons-y de plus prêt.

Poids de la dette et PIB

Le rapport poids de la dette / PIB sert à comparer la dette d’Etats ayant des niveaux de richesses différents. Mais ce rapport n’a pas de valeur absolue. La Grèce était au bord de la faillite, nous a-t-on dit, avec un endettement de 125% du PIB. Le Japon est endetté à hauteur de 200% du PIB sans connaître pareille crise de la dette. En effet, au Japon, les ménages japonais – peu susceptibles de spéculer – possèdent la majeure partie de la dette japonaise. En Grèce ce sont les banques – fortement susceptible de spéculer – qui possèdent la majeure partie de la dette grecque.

Mais revenons à la comparaison avec un ménage. Pour un Etat, on compare donc le montant total de sa dette à la richesse annuelle produite par le pays. Si on maintient la comparaison avec un ménage, il faudrait comparer le montant total des emprunts d’un ménage à ses revenus annuels. Dans mon cas, avec un revenu global de mon couple de 4 500 € / mois, je me suis endetté à hauteur de 150 000 € sur 20 ans pour acheter un logement. Rien d’exceptionnel, si ce n’est un revenu plutôt confortable. Je suis néanmoins endetté à 2 777 % de mon revenu annuel, soit 32 fois plus que l’Etat français ! Et je suis très loin d’être en surendettement.

Pour un ménage, on utiliserait plutôt le ratio mensualités / salaire mensuel. Les mensualités de remboursements de mes prêts sont de 22%, très loin des 33%, taux maximum légal pour un prêt. Pour l’Etat, la charge de la dette n’est que de 14.5%. Au petit jeu de la comparaison, si elle avait un sens, l’Etat français serait un ménage relativement peu endetté.

Enfin, rappelons que la moyenne des titres de la dette française est d’un peu plus de 7 ans. Pour avoir une idée de ce que pèse la dette par rapport à la vitalité de l’économie française, et non pour la comparer à la dette d’autres Etats, on pourrait comparer le montant de la dette à la richesse produite sur la durée où celle-ci court. On aurait alors une dette de 12% du PIB durant la période moyenne (7 ans) où court la dette.

Ainsi, le poids de la dette est donc de 12% du PIB produit durant la période où court la dette et la charge de la dette est de 14% du budget de l’Etat. Pas de quoi s’affoler pour la France, donc !

Le fardeau aux générations futures

Chaque nouveau bébé naît avec une part de la dette de 25 000 € (Les 1 650 milliards d’euros de dettes divisés par les 65 millions de français). Horreur ! Sauf que si la France a un passif, les dettes, elle a aussi des actifs. Chaque bébé français naît propriétaire d’une partie du TGV, des centrales nucléaires, des hôpitaux, des musées, des commissariats de polices, des écoles, lycées, collèges, écoles, crèches et universités… Chaque bébé aurait également pu naître propriétaire d’une part des autoroutes ou des avions d’Air France, de France Telecom si tout cela n’avait pas été privatisé. En termes de legs aux générations futures, les privatisations pèsent lourd.

Donc, nous ne léguons pas que des dettes à nos enfants. Nous leurs léguons aussi ce que l’emprunt a permis de construire. Si une nouvelle ligne de TGV bénéficie à tous ceux qui naîtront pendant les 50 prochaines années, n’est-il pas légitime qu’ils en payent également une partie – par l’emprunt qui leur est « légué ».

C’est légitime, mais aussi indispensable. Sans emprunt, nous ne pourrions pas construire les investissements nécessaires pour l’avenir.

Pour reprendre la comparaison avec un ménage, difficile à l’immense majorité de la population d’acheter un logement sans emprunter (quand emprunter est possible). Sans emprunt, nous serions tous locataires, et nous ne pourrions pas avoir l’espoir de transmettre un héritage à nos enfants.

Il en va de même pour l’emprunt de l’Etat :L’emprunt permet de financer les investissements que nous léguerons collectivement à nos enfants. En ce sens, il est légitime pour construire et préparer l’avenir.

La dette perpétuelle

Aucun ménage ne devrait être en déficit permanent. Pourquoi un Etat pourrait-il l’être, nous dit-on ? Rappelons le encore une fois, l’Etat n’est pas un ménage.

Un Etat ne fait pas faillite

Une entreprise peut faire « faillite », un ménage peut être en « faillite personnelle ». Après tous les recours épuisés, une décision de justice peut permettre de saisir les biens pour payer les créanciers, imposer un prélèvement à la source des revenus pour un ménage.

Mais si un Etat n’est plus en mesure de rembourser ses dettes ? Aucune instance supranationale, type ONU, OMC, FMI ou autre n’a le pouvoir d’envoyer les « huissiers » privatiser de force les biens d’un état souverain. L’UE n’a pas plus ce pouvoir. : avec toutes les pressions qui ont pu s’exercer sur le 1er ministre grec, tous les plans de rigueurs ont dû être avalisés par le Parlement grec pour avoir force de loi. Et même dans le carcan du traité de Lisbonne, un Etat a toujours la possibilité de retirer sa signature des traités internationaux et de recouvrer sa pleine souveraineté.

Ainsi, dans les 15 dernières années, de nombreux pays ont « fait défaut » : la Russie, l’Argentine, l’Islande… Ces pays existent toujours. Ils ont connu une période de difficulté économique, mais ils remontent où ont remonté la pente.

Enfin, il est préférable qu’un être vivant rembourse ses dettes avant de mourir. Mais un Etat est éternel. Où du moins, il n’a pas d’espérance de vie perceptible et n’a pas à se soucier de ce qui arrivera s’il venait un jour à être emporter par une révolution où une guerre. Il n’y a aucune échéance à laquelle il doive avoir remboursé la totalité de ses dettes.

Le déficit et la croissance

Par ailleurs, le salaire d’un ménage ne croît pas de manière régulière. Certes, un salarié négocie avec son employeur. Mais le résultat est, au mieux, incertain. Pour un Etat, il y’a la croissance. Les revenus annuels d’un Etat peuvent augmenter chaque année en fonction de la croissance. Cette augmentation prévisible et régulière des revenus d’un Etat change profondément la perception de la dette.

Pour l’expliquer, passons par un exemple :Imaginons un pays qui a des recettes à l’année N de 100, des dépenses de 101, un PIB de 1000 et une dette de 500 et une croissance de 3%. Avec un taux d’intérêt de 3%, les intérêts de la dette sont de 15, soit 15% du budget de l’Etat. Le budget réellement disponible après paiement des intérêts est donc de 85. L’Etat a un déficit de 1% par an, et un taux d’endettement de 50% du PIB.

A l’année N+1, le PIB est de 1030, les recettes sont de 103. Le montant de la dette est désormais de 501 et les intérêts sont de 15.03.

Le budget réellement disponible après paiement des intérêts est donc de 87.97, le taux d’endettement est désormais 48.6%.

Avec un budget en déficit de 1%, mais une croissance de 3%, le budget disponible pour l’Etat a donc augmenté de 2.97% et le taux d’endettement a diminué de 1.4% du PIB.


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