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Il y a 20 ans : la chute de l'URSS

Publié le 26 décembre 2011 par Vindex @BloggActualite
Il y a 20 ans : la chute de l'URSS-Mikhaïl Gorbatchev, dernier chef d'Etat de l'URSS-

Continuons notre rétrospective des évènements importants de l’histoire. Après avoir traité des attentats du 11 septembre 2001 et de leurs conséquences sur l’histoire et les relations internationales, nous pouvons remonter en arrière en évoquant la fin de l’URSS le 25 décembre 1991 qui mettait un terme à l’épilogue de la guerre froide, dont les Etats-Unis d’Amérique sortirent ainsi vainqueurs. Comment se sont déroulés les évènements qui ont précipité l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques dans le gouffre ? Quelles en furent les conséquences à court et long terme ?

Une puissance sur le déclin dans un contexte de guerre froide :


A partir de 1980 le monde entre dans une nouvelle phase de la guerre froide nommée la guerre fraîche. Celle-ci est marquée diplomatiquement par une nouvelle tension des relations entre les USA et l’URSS du fait de l’élection de Ronald Reagan à la présidence des Etats-Unis. Celui-ci souhaite inverser la tendance qui s’était dessinée dans les années 70, trop en faveur des soviétiques selon lui. Avec son slogan « America is back », il veut lutter contre ce qu’il appelle la gérontocratie. Son premier mandat fut particulièrement destiné au réarmement auquel un budget énorme fut consacré (entre autres pour le projet de « guerre des étoiles »). Son premier mandat est d’autant plus affirmatif qu’il a face à lui des dirigeants soviétiques vieillissants et malades : Andropov puis Tchernenko. Tout est fait pour essouffler économiquement l’URSS, dont le système politico-économique devient archaïque.

C’est dans ce cadre que Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir en 1985. Sa jeunesse (par rapport aux anciens dirigeants) et sa volonté de réformer l’Etat montrent un souhait de conciliation dénotant une première défaite (sur le long terme) du modèle soviétique face au modèle américain (qui lui est resté quasiment intact depuis le début). Toutefois cela permet une reprise des négociations avec l’Amérique de Ronald Reagan (par des nouveaux traités de désarmement), dont le second mandat est plus teinté de pragmatisme.

La tentative de sauvetage par Gorbatchev :


En plus d’une certaine tentative de conciliation d’un point de vue extérieur (pour laquelle il reçoit le prix Nobel de la Paix en 1990), Mikhaïl Gorbatchev souhaite réformer intérieurement l’Union Soviétique, surtout concernant le système politique et économique. Les deux grands chantiers de réformes sont nommés la Glasnost (transparence) et la Perestroïka (reconstruction) qui visent à entrer dans une économie plus puissante, à démocratiser le système politique et à limiter le budget de l’armement. Elles remettent en cause des principes fondamentaux du communisme soviétique en instaurant notamment la propriété privée (tout du moins en l’acceptant) et en accordant le pluralisme politique. Ainsi grâce à la première des deux réformes, la liberté d’expression grandit, des prisonniers politiques et dissidents sont libérés, la critique est possible tout comme les manifestations. Symboliquement, Mikhaïl Gorbatchev dénonce aussi publiquement les crimes de Staline et va donc plus loin que Nikita Khrouchtchev dans la « déstalinisation ». La seconde réforme se concentre elle sur l’économie et consiste en une restitution des terres aux paysans, à l’autorisation aux particuliers de créer des entreprises et de participer à l’économie, à la libéralisation de certaines activités de l’Etat, et à la libéralisation du système politique par la réforme de la constitution de 1977 (pluralisme, élections plus libres…).

L’échec de Gorbatchev :


Malgré les nouveaux engagements pris par Mikhaïl Gorbatchev, la situation en URSS ne s’améliore pas, surtout d’un point de vue intérieur. Cela vient à l’origine du contexte politique instable qui fait suite aux réformes. Celles-ci vont trop loin pour certains (des communistes conservateurs qui souhaitaient conserver les anciennes structures du parti et de l’Etat) mais ne vont pas assez loin pour d’autres comme Boris Eltsine, qui prend la tête de l’opposition progressiste. Ce contexte rend l’application des réformes et la position du chef de l’Etat difficiles. La corruption parmi les anciens du parti, l’inflation croissante, s’ajoutent au fait que rien n’a réellement remplacé l’économie planifiée, pas même un système capitaliste, comme l’ont adopté les chinois dans les mêmes années avec Deng Xiaoping. L’Union Soviétique est donc en état de ruine économique et de forte instabilité politique, ce qui favorise la tentative de putsch qui a lieu à Moscou le 19 août 1991. Ce sont les conservateurs du PCUS qui l’ont mené pour renverser Mikhaïl Gorbatchev et restaurer l’Union Soviétique. Créant un comité d’urgence, ils n’ont néanmoins pas écarté l’opposition qui réussit à s’appuyer sur le peuple (qui organisa une grève générale) pour faire échouer le coup d’Etat après deux jours. Gorbatchev retrouve sa place, mais il le doit à son opposition réformiste.

La dislocation progressive de l’URSS :


Tout se fait progressivement pour l’URSS. Sa dislocation n’est pas brutale. Ce démantèlement provient des républiques elles mêmes qui prennent peu à peu le pouvoir que l’URSS avait centralisé à partir de sa création en 1922. Dès juin 1990, le président du soviet de Russie, Boris Eltsine, démissionne du parti et déclare la souveraineté de la Russie. Le putsch raté de 1991 a aussi fragilisé l’URSS puisque ce sont les communistes conservateurs qui l’ont mené puis manqué, compromettant le PCUS qui est une structure fondamentale de l’URSS. Pendant l’automne qui suivit, les républiques se sont petit à petit proclamées indépendantes et ont laissé à la Russie le soin de récupérer des fonctions de l’URSS, qui devenait alors une coquille vide. Avait-elle encore une raison d’être ? Avait-elle besoin encore d’un président ? Plus pour longtemps, puisque le conflit d’influence politique entre les nouveaux états qui s’affirmaient (ou se réaffirmaient) et l’URSS était peine perdue pour cette dernière. Le 8 décembre 1991, ce sont les accords de Minsk, conjointement signés par les chefs de la Russie, de l’Ukraine et de la Biélorussie, qui annoncent la dissolution de l’URSS, officialisée par la démission de Mikhaïl Gorbatchev, devenu chef d’Etat sans Etat, le 25 décembre.

Pour marquer une certaine continuité de la proximité entre les 15 républiques issues de l’URSS fut créée la Communauté des Etats Indépendants, une entité intergouvernementale sans réel pouvoir de décision juridique.

Conséquences de la chute de l’URSS :


Tout d’abord, cette chute a permis à certains Etats de devenir ou redevenir indépendants vis-à-vis de la Russie, qui était la république la plus puissante en URSS. Cela a donc réintroduit dans cette vaste entité la question des indépendances. Les russes de leur côté ont éprouvés pour certains une nostalgie de l’URSS qui leur procurait une puissance politique mondiale. Aussi ont-ils eu du mal à se séparer d’états comme l’Ukraine. De leurs côtés, les autres républiques indépendantes ont pu s’organiser indépendamment de la tutelle russe. Cela a pu entraîné des relations houleuses avec la Moscou. La question des indépendances s’est exprimée d’une autre manière depuis : du point de vue de peuples réclamant leur indépendance à l’intérieur des nouvelles républiques (les Tchétchènes en Russie, les Ossètes du sud en Géorgie).

Ensuite, l’éclatement de l’URSS a remis en question la répartition des peuples. Sous un même état multinational, il était facile pour chaque peuple d’habiter dans une autre république, puisqu’elle était sous l’égide de l’URSS. Mais après 1991, beaucoup de peuples se sont retrouvés hors de leur Etat-Nation. Ainsi, 25 millions de Russes se sont retrouvées dans des nations étrangères (notamment en Estonie et en Lettonie) où des discriminations à leur encontre ont été faites. En Russie, le nationalisme s’est reconstruit en groupes politiques qui parfois, ont commis des violences raciales.

Concernant la coopération régionale dans le monde soviétique, elle se basa dès lors sur les nations en place. Les difficultés économiques ont forcé à la coopération économique (par la Communauté Economique Eurasienne) même si elle n’a pas permis le renouveau d’une union (pensé en 1994-95). La CEI fut une construction relativement morne jusqu’aux années 2000, le temps probablement, que la situation se stabilise et que les relations se normalisent.

Enfin, économiquement et politiquement, la chute de l’URSS a concrétisé et matérialisé le retard que n’a jamais pu rattrapé l’Union Soviétique sur l’occident. La transition vers l’économie de marché fut difficile dans toute l’URSS et sa zone d’influence politique (les anciennes démocraties populaires). En Russie, le moral de la population fut très affecté. Cela se ressent sur la démographie russe, qui fut très négative après la chute et ce pendant plusieurs années, malgré le retour au pays des russes de l’étranger. Tout cela a considérablement diminué l’influence de la Russie sur la scène internationale, ce qui a profité aux Etats-Unis, devenus un temps leader incontesté du monde unipolaire.

Conclusion :

La chute de l’URSS fut un évènement très important des dernières années puisqu’elle a touché une entité politique influente au cours de la seconde partie du siècle.

Cette chute est surtout intérieure, d’où le terme d’implosion souvent utilisé pour qualifier cette fin. Toutefois n’oublions pas que cette fin dura trois ans et trouve sans doute ses racines dès le début des années 1980. Si la fin est directement causée par des problèmes de réformes intérieures, elle a certainement des origines extérieures : l’URSS était en effet en recul face aux Etats-Unis dans la guerre froide (d’où la volonté de réformer).

Cette chute a eu des conséquences sur la géopolitique du monde soviétique et sur la géopolitique mondiale : elle aboutit à de nouveaux états en Eurasie et a permis la concrétisation du Nouvel Ordre mondial. Toutefois, la Russie, après avoir connus des difficultés, semble redevenir un Etat important dans le concert des nations, surtout dans un contexte nouveau de contestation de la toute puissance américaine et grâce à sa puissance énergétique. On peut se demander si la Russie, à l’avenir, ne va-t-elle pas assumer ce rôle de leader politique du contrepoids face aux USA, accompagnée peut-être de la Chine et de pays émergeants d’Amérique du Sud.

SOURCES :

-Les 1001 jours qui ont changé le monde.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Union_des_r%C3%A9publiques_socialistes_sovi%C3%A9tiques#Les_derni.C3.A8res_ann.C3.A9es_de_l.27URSS_.281985-1991.29

http://fr.wikipedia.org/wiki/Putsch_de_Moscou

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dislocation_de_l%27URSS

Pour en savoir plus : L’Histoire n° 369 : Novembre 2011.


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