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La femme du boulanger

Par Gjouin @GilbertJouin
La femme du boulanger
La femme du boulanger
Théâtre Hébertot
78bis, boulevard des Batignoles
75017 Paris
Tel : 01 43 87 23 23
Métro : Villiers / Rome
Une pièce de Marcel Pagnol
D’après Jean le Bleu, un conte de Jean Giono
Mise en scène d’Alain Sachs
Décor de Stéphanie Jarre
Costumes de Marie Pawlotsky
Lumières de Philippe Quillet
Avec Michel Galabru (Le boulanger), Christophe Abrial (Casimir), Julien Cafaro (Le curé), Jean Galabru (L’instituteur), Sylvie Genty (Miette), Marianne Giraud (Melle Angèle), Bernard Larmande (Barnabé), Maxime Lombard (Maillefer), Christophe Mondoloni (Le berger), Dominique Regnier (La boulangère), Roger Souza (Antonin), Philippe Uchan (Le marquis)

L’histoire
: Dans un village de Haute-Provence, un boulanger récemment installé découvre que sa femme est partie avec un berger. Il décide de faire la grève du pain tant que sa femme n’est pas revenue. Le village se mobilise pour retrouver sa boulangerie…

Mon avis
: Le premier enchantement de cette pièce, c’est son décor. Nous sommes sur la placette ensoleillée (pléonasme) et joliment fleurie d’un petit village provençal. Côté cour se trouve la devanture d’un café, côté jardin trône la fameuse boulangerie et, au fond, au beau milieu de la scène, se dresse le charmant balcon qui donne sur, la chambre d’Aimable et Aurélie Castanier, le couple de boulangers nouvellement installé. Tout y est : les couleurs, la lumière, l’accent… Il ne manque que les cigales !... Un peu plus tard, magie de la technique, toutes ces façades pivotent et s’effacent pour laisser la place au fournil, lieu intime dans lequel le boulanger exerce son talent, mais qui va devenir bientôt le cadre de son malheur et de son désespoir.
Un tel décor, magistralement dessiné par Stéphanie Jarre, nous met d’emblée dans les meilleures dispositions pour recevoir cette pièce ô combien connue qu’est la pagnolesque Femme du boulanger.
Dès le début, on plonge dans l’ambiance du village avec ses habitants hauts en couleurs. On assiste à leurs bisbilles, à leurs petites querelles intestines aussi futiles qu’antédiluviennes. Ce sont tous de braves gens, bien sympathiques, qui adorent galéjer et se chamailler. Et, bien sûr – n’oublions pas que nous sommes en 1938 -, le curé est en soutane et l’instituteur est viscéralement anticlérical… Le ton est donné. Nous nageons dans la joie de vivre et l’insouciance. L’inquiétude majeure pour tous les autochtones, c’est la qualité du pain. Qu’est-ce qui va sortir du four de ce nouveau boulanger au prénom prédestiné, Aimable ? Nous aussi, avec eux, nous allons donc faire connaissance avec cet artisan et son épouse… Dès son apparition, Michel Galabru nous réjouit. Il est conforme à ce que l’on attendait de lui. Sa maîtrise est totale. C’est un bonhomme, dans le sens littéral du terme, un vrai brave type. Galabru fait du Galabru mais sans jamais tomber dans l’outrance. Sous la houlette d’Alain Sachs, il reste en permanence dans le personnage, tout en se livrant à un numéro de comédie « énôôôôrme ». Sa palette de jeu contient toutes les nuances. Il sait autant nous faire rire que nous émouvoir. C’est du grand art. Il manie même aisément le second degré car, à certains moments, on ne sait s’il joue la crédulité ou s’il l’est réellement. On a, bien sûr, notre petite idée. Il est en outre servi par des dialogues particulièrement ciselés auxquels sa faconde ou son chagrin donnent toute leur saveur… Et sa voix, parfois caverneuse, vibre comme un instrument de musique.
La distribution est épatante avec de belles compositions de Roger Souza (Antonin), Julien Cafaro (le curé), Philippe Uchan (le marquis), Maxime Lombard (Maillefer) ou Bernard Larmande (Barnabé). Sans oublier celle sans qui il n’y aurait pas cette tragédie, la boulangère Aurélie. Dominique Regnier déborde d’une incroyable sensualité. La moindre de ses attitudes, le moindre de ses gestes ou de ses regards sont de silencieux mais véhéments appels à l’amour. Comment le berger pourrait-il y résister ? C’est la femme fatale dans toute sa splendeur. Et on comprend sa fringale. Son vieux mari ne fait pas le poids. Ou, plutôt, il le fait trop. Elle, elle est au somment de sa féminité ; elle veut en jouir avant qu’il ne soit irrémédiablement trop tard. Il lui sera donc beaucoup pardonné.
Pour en revenir au berger, une victime lui aussi, quelle bonne idée que d’en avoir fait un pâtre corse, ce qui nous vaut de superbes interludes chantés qui sont autant de virgules dans le déroulement de l’histoire.
La pièce, qui dure deux heures, conserve presque tout du long un très bon rythme. Je n’y ai déploré qu’une petite baisse de régime lors de la scène des préparatifs de l’expédition pour aller rechercher la pècheresse. Sinon, j’ai eu un peu de mal avec le personnage de la rosière, mademoiselle Angèle, et physiquement, et auditivement. Je l’aurais imaginée autrement. Marianne Giraud est trop mignonne et l’accent méditerranéen pointu qu’elle adopte est parfois dérangeant. Mais ceci n’est que broutille en regard de l’intégralité d’un spectacle absolument réussi, riches en scènes d’une qualité rare. J’ai particulièrement aimé celle où Galabru, juché sur le balcon de sa chambre, se sert de la rambarde comme de la barre d’un tribunal pour se livrer à un plaidoyer magistral, plein d’émotion et de poésie.
Quant à la très attendue scène de fin, elle est largement à la hauteur de notre attente. Le jeu décalé de Galabru et celui, premier degré, de Dominique Regnier, nous étreignent littéralement le cœur.
Enfin, quel plaisir que de voir le bonheur de Galabru au moment des saluts. Il a les yeux et le sourire d’un gamin. Il vient de nous donner tellement qu’on ne peut que lui renvoyer que de longs et vibrants témoignages d’amour. Cet homme est généreux comme du bon pain.

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