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Mots et maux, en fin d’année 2011

Publié le 31 décembre 2011 par Donquichotte

Mais je n'ai pas de mots, alors j'en cherche...

L'année 2011 prend fin et je ne sais pas comment je peux y mettre fin. Je sais, ce soir, nous aurons une petite fête de fin d'année, nous sommes en famille et ce sera très agréable; les enfants et petits enfants de Finlande sont venus nous rejoindre, nous sommes 14 à table, nous trouverons bien la fin ensemble.

Mots et maux, en fin d’année 2011

Quand je repense à cette année, je me rappelle bien comme elle a commencé, ces deux mois passés au Mexique, et plus particulièrement, cette fête du 31 décembre 2010 dans les rues de San Miguel de Allende; Anneli avait dansé une partie de la soirée, je la filmais, et nous nous sentions mexicains parce que nous étions dans la rue, au milieu d'eux, de leurs joies, de leur fête, de leurs enfants (les Mexicains fêtent en famille), de leurs chants (rarement vu un peuple qui aime tant les fêtes en musiques en danses), au milieu du zocalo (place centrale).

Mais je n'ai pas de mots, alors j'en cherche...

Ainsi, quand je pense que j'écris, et que je ne sais plus trop pourquoi j'écris, je regarde chez Victor-Lévy Beaulieu qui me rappelle qu'il "faut se méfier quand on lit et écrit beaucoup parce que soi comme sujet n'a plus de pertinence. Ça n'habite plus dans le réel, mais quelque part entre l'émotion et tout ce qui se meut, indistinct, jusqu'à la ligne d'horizon, veine d'eau du fleuve en sa marée montante". (dans "James Joyce, l'Irlande, le Québec, les mots")

Hélène Jutras a écrit "Le Québec me tue"; moi, pas.

Gil Courtemanche a écrit "Je ne veux pas mourir seul"; moi aussi.

Lu dans le blog de Assouline: "Sempé nous livre sa conception de la mélancolie : « C’est la conscience profonde que nous ne sommes que de braves petits êtres en quête d’autre chose, mais qu’on ne saura jamais quoi. Et quand on le saura, ce sera grave. »"

J'aime la mélancolie, comme j'aime la solitude. Parce qu'elles me permettent de revivre quand je n'ai pas le coeur à l'ouvrage. Pourtant je ne suis pas sans imagination, ni sans courage, ni sans goût de vivre. Mais revivre des moments passés nous fait vivre deux fois. Pourquoi m'en priverais-je?

Vu dans le blog de Assouline, cette photo, et copié ce poème de Paul Célan (il s'adresse à sa muse-compagne, Ingeborg backmann):

«( …) Je chante : J’ai/ vu l’âme./ (Vu-Vu-Baisé)/ Elle vint,/ l’œil vigilambule, elle vint, ouverte./ Elle vint avec l’unique,/ avec cette imperturbable intuition, une lumière/ dix fois éteinte, claire/ elle la portrait en son sein, libre/ comme une sœur elle/ remonta le chemin des ombres, le chemin des mille,/ des péages, le non-vu –Toi, l’E-/ trange. In-/ déviable. Sein de lumière./ Salve Regina.

Emois, spasmes, triomphes/ muets de demi-nuits et de nuits/ remémorées. Le Toujours-/ proche perdu, ici,/ aujourd’hui. Voyage de/ vendredi saint avec toi, sous/ des aiguilles, toi,/ Désespérance nanifiée. Rarogne. »

Touché, oui, je suis touché par ce poème, ces mots inventés pour celle qui vint; j'imagine celle qui vint...

Mots et maux, en fin d’année 2011

Mots et maux, en fin d’année 2011

J’ai le goût des lettres, celles de l’alphabet, ou plutôt, je m’amuse avec elles, comme avec le « D », le « L », ou le « G ».

Dieu, dialectique, décadence, dialogue, ce ne sont que des mots, que le D initie, mais qui disent tant et tant de choses. Dieu que j’abhorre, dialectique qui conduit ma pensée, décadence de notre civilisation dont je souffre, dialogue que je crois toujours possible entre ces contraires qui sèment à tout vent. Puis-je choisir ? Cette lettre D, qu’en sais-je ? Le son D , ou le D de la débrouillardise ? D cidément, je n’arrive pas à me brancher.

Pourquoi pas DIDEROT

Diderot. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit quand je dis « D ».

“Il est vrai que toute grande œuvre se suffit : mais plus l’auteur a été engagé dans l’action, plus il a procédé par allusions, avouées ou secrètes, à son expérience, plus il s’est exprimé et trahi par son style, plus, alors, sa vie nous éclaire. Or, toutes ces raisons valent pour Diderot : il faut tenter de le connaître.” © Encyclopædia Universalis 2006, tous droits réservés

Le « L » ? Oui, comme dans faire le Lien.

Faire le lien entre…

Faire le lien entre notre idéal et la réalité, c’est, je crois, se poser une question fondamentale. Je m’exprime, à propos de la Révolution tranquille au Québec, de la Question de l’indépendance du Québec, et de toute autre question qui a un rapport au politique, à un mouvement social, à des changements culturels comme s’il n’y avait qu’une seule question, qui est celle-ci: “Pourquoi est-ce que ça ne se passe pas comme on l’avait imaginé, souhaité, ou même planifié, construit, bref, argumenté sur du solide? Pourquoi cette distance entre le désirable, le convoité, l’idéal, et le réalisé? Où est le lien?”

Pourquoi tant de personnes qui se posent des questions à propos de la Révolution tranquille, mythe ou réalité, celle de Jean Lesage, ou celle d’Adélard Godbout, importante ou non?… n’arrivent-elles pas à se le dire plus simplement? Il n’y a eu de Révolution tranquille au Québec que pour celles qui se sont senties concernées par elle, qui se sont impliquées pour qu’elles surviennent, ses acteurs, ses témoins essentiels autrement dit. Mais cette Révolution tranquille a aussi été celle de tous les autres qui, consciemment ou pas, en subissent les impacts aujourd’hui.

Y a-t-il eu un avant, à cette Révolution tranquille? Mais il y a toujours une histoire à tout événement. Pourquoi, comme Lise Bacon, revendiquer que cet avant ait été libéral?

Quelles dimensions retenir de cette Révolution tranquille? Pourquoi, comme le sociologue Guy Rocher, dire qu’elle fut avant tout celle de l’Éducation? Pourquoi dire, comme plusieurs l’ont fait, qu’elle fut celle du rattrapage large, à la fois - politique: plus étatique, démocratique et interventionniste; - économique: plus francophone, imaginative, marchande et capitalistique: - sociale: plus éducative, égalitaire et syndicale; - culturelle: plus partagée, identitaire, urbaine, et idéalisée, idéologisée, celle du temps où les “grands mots avaient un sens”?

Faire le lien? Pourquoi pas avec soi-même, comme individu, et avec les autres, comme peuple québécois? Mais comment y arriver? Il ne suffit pas de s’abreuver de mots, aussi grands soient-ils; il ne suffit pas davantage de s’abreuver d’histoire et de retour aux sources, de nostalgies et de fausses solitudes identitaires; il ne faut pas non plus quémander à quiconque d’être ce qu’on voudrait être. Peut-être faut-il simplement être, autre que “mondialement américanisé”, autre que “fou ou mauvais”, autre que “canadian”, être un peuple. Donc être un groupe qui se sent être ce peuple québécois. Encore faut-il vivre ce peuple. Mais comment? La question est toujours la même.

Mais la réponse est peut-être toujours la même. Être soi-même, être vivant, être un groupe, et faire le lien avec… Le lien avec un sursaut d’énergie identitaire, suite à une crise? Le lien avec des conditions gagnantes, si intangibles, et portant, déjà là? Le lien avec le “temps”?

Le « G » pourquoi ?

Pourquoi m’intéresser à cette septième lettre de l’alphabet. Pour le chiffre 7, mon chiffre de chance ? Non, je ne crois pas.

En fait j’aimerais réussir à Gagner de l’amitié, de l’amour, de la reconnaissance; à Gérer les choses qui m’entourent et m’affectent, à les rendre plus lisibles pour autrui, à les modeler comme je les aime, à les faire accepter, à les faire apprécier, à les faire découvrir surtout à l’oeil qui environne, à les faire comme elles devraient être faites: c’est-à-dire belles, éthiques, morales, aimées, mais aussi plaisantes, nouvelles, nuancées, blageuses, béates, noires ou blanches, vides ou pleines, “je ne sais”,… ; à Gueuler mon désaccord du consumérisme mondialisé; à me Griser d’aventures et de découvertes insolites; à Gringotter ( Gazouiller, en parlant des petits oiseaux) puisque je ne sais pas chanter.

Le G que j’aime est peut-être davantage celui de bouGonner, de Grandir, d’aGnostique, puisque je me GarGouille d’être libre penseur.

Je ne sais pourquoi j’aime cette lettre « G ». J’ai l’impression de voir une grande gueule ouverte, béante, qui, goinfre, qui offre à la vie ce qu’elle mérite, des flots de mots, de mots dits de toutes les façons, qui prennent à la gorge, mais qui disent gutturalement vrai.

G est une sorte d’idéogramme chinois ; quand je vois cette lettre, je revois mon voyage en Chine où, grâce au Guide du Routard qui mettait en caractères chinois les noms des villes où je voulais aller, je m’annonçais, toujours, le guide à la main, avec mes petits signes, (ici pris au hasard)…

固定词组, 惯用语, 成語

…où je vois plein de G, pleins de petites maisons, et des maisons à  étages, des arbres, des branches, des listes d’épicerie, des lettres dansantes, des signes de joie, de la musique, toute une gamme dont je ne saurais jouer, et, comme l’écrit François Cheng, « puisque tout ce qui est de vie, se relie », un immense silence qui entoure ces signes et qui m’envoute, comme la poésie sans doute qui appelle au calme et à la sérénité.

Oui, G l’impression d’un grand silence aujourd’hui, en cette fin d’année.

Mais je ne suis pas le seul impressionné par cette lettre g. Hier je lisais (dans un texte de Michon) que Du Camp avait écrit à propos du jeune Flaubert : « Il prétendait qu’il avait un battement de cœur lorsque sur la couverture jaune d’un volume il apercevait le g de Victor Hugo… Le grand g de la gloire est là, au cœur d’un nom et dans leur avenir, c’est le g du sang, le g de gentilhomme et de galop ».

Mais cette année 2011 est aussi une année de "maux". Comment ne pas repenser à l'actualité internationale, celle des crises financières certes, mais surtout celle de ce printemps arabe en lequel nous avons cru (nous aimerions y croire tant, mais...)?

Oui, l'année 2011 prend fin, et j'en garde un bon souvenir d'écriture, ces 51 articles et ces 3 pages écrits dans ce blog. Je me donnais comme objectif d'écrire des mots et des idées;mais je ne tire pas de conclusions, du moins pas encore. Je devrais sans doute me relire. Pourquoi pas en 2012?


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