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Les inquiétantes dérives du marché du jeu vidéo

Publié le 13 février 2012 par Modandwa @modandwa

   Ca s’était déjà un peu ressenti au travers de ce blog mais chez Mod&Wa, nous sommes amateurs de jeux vidéo (notre formation en création de jeux vidéo n’ayant sans doute définitivement pas arrangé la chose). Notre visite de l’exposition Game Story nous a rendus un peu nostalgiques d’un temps révolu où l’on passait des jours pour entrevoir la fin d’un jeu, où même fini, on s’échinait pour atteindre les 100%, pour débloquer un personnage, un niveau, un costume ou une arme… en somme, une époque où lorsqu’on cassait notre tirelire et qu’on dépensait les économies de plusieurs mois d’argent de poche, on en avait pour notre argent. Avec l’étude UFC Que choisir, on ne pourra désormais plus nous taxer de vieux hardcore gamers aigris (pléonasme ?!) mais repentis (avec rechute occasionnelle… il faut s’occuper lorsque le PC est en calcul de rendus 3D).

   Depuis deux ans et malgré les ventes records de quelques mastodontes du jeu vidéo (Call of Duty: Modern Warfare 3), le marché du jeu vidéo est en crise; les ventes de jeux et de consoles reculent. En outre, les éditeurs traditionnels semblent subir en partie la concurrence de petits jeux sur les réseaux sociaux ou encore les téléphones et tablettes numériques. Dans ce contexte tendu, l’étude UFC constate une baisse de la qualité des jeux mais aussi une tentative déguisée pour augmenter les prix des jeux (avec de doux mots comme DLC et DRM) et une entreprise délibérée de juguler le marché de l’occasion.

 Des jeux, plus courts et de moins bonne qualité?

Lorsqu’on pense encore avec émotion aux 60 heures du cultissime Final Fantasy VII (et encore au pas de course), les nouveaux jeux proposés nous apparaissent de plus en plus courts et faciles à finir.

Prince of Persia: les sables oubliées, le très graphique Madworld, ou encore Heavenly Sword se finissent en moins de 6 heures. NFS : the Run se boucle en deux heures, ce qui nous fait du 35 euro par heure… A choisir, préférez une soirée ciné/resto… plus rentable !

Dans un contexte morose, les éditeurs seraient de moins en moins enclins à innover et préfèrent exploiter des licences qui ont déjà connu le succès et sont attendus par toute une communauté de joueurs.

Certaines licences sont exploitées depuis plus de 20 ans : Final Fantasy, Sonic, Street Fighter, Tekken… Le premier jeu Mario par exemple date de 1981. Cependant depuis 2006, pas moins de 11 jeux issus de cette licence ont été édité.

On a parfois l’impression que certains de ces nouveaux opus, commercialisés dans l’urgence, ont un contenu pauvre, leur réussite commerciale reposant largement sur les lauriers des précédents.

Fable 2 était très attendu après un premier opus qui révolutionnait le genre. Seule innovation, la possibilité de jouer à deux et de faire des enfants (euuuhhh ça fait mince). Ils ont pousser la copie jusqu’à calquer les quêtes du premier opus.

Autres exemple qui pourrait nous valoir quelques ennemis, Assassin Creed Revelations. Un des membres de Mod&Wa vocifère encore après ce jeu qu’il avait pourtant précommandé en édition collector (c’est dire s’il l’attendait). Pour la défense de notre Modandwiste, ce dernier attend toujours la révélation (j’entends par là, action de révéler=faire savoir quelque chose qui était inconnu et secret) : un scénario qui tient sur deux lignes et qui n’apporte pas grand chose à la série. Soyons magnanimes, il est graphiquement très beau… mais l’univers est atrophié. On se retrouve désormais cantonné à une seule ville, Constantinople (décevant après Brotherhood qui nous faisait voyager), et on croise très peu de personnages différents (Character designer mis au chômage ? Flémingite aigue ?) si bien que les 4 concubines sont désormais les 4 mêmes. Cet opus est encore plus court que Brotherhood (oui, oui c’est possible !), il apparaît plus linéaire que les autres mais peut-être est ce du à la pauvreté et inutilité des quêtes annexes.

Soucieux d’exploiter leurs licences rapidement et de diminuer le temps de production, de nombreux jeux sont commercialisés sans être réellement achevés, avec des bugs solutionnés par des patchs tardifs.

A la sortie de Batman Arkham City, de nombreux joueurs se sont plaint de sauvegardes corrompues et ce (exploit notable!), sur toutes les plateformes. Sur PS3, des bugs subsistent encore et le placement de caméra s’avère parfois douteux. Battlefield 3, malgré une bêta qui avait signalé des problèmes sur console, est tout de même sorti avec son lot de bugs et de carences.

Autre jeu annoncé en fanfare dont la sortie s’est avéré chaotique Rage.  Celui-ci avait pourtant bénéficié d’une énorme campagne de communication notamment autour du graphisme du jeu et de l’utilisation d’un procédé technique pseudo révolutionnaire la MegaTexture (ça en jette n’est-ce pas ?!). Sorti sans bêta test, l’éditeur a dû affronter l’ire des joueurs : textures loupées (hahaha !), coupures sonsou tout simplement impossibilité de lancer le jeu après la vidéo d’introduction…

Fable 2 et Fable 3 ont également suscité l’indignation avec des « bugs du vide » qui corrompent les sauvegardes et obligent dans certains cas à tout recommencer au encore des problèmes de texture.

Les DLC : une solution palliative ou l’origine du problème ?

Il y a malgré tout un moyen d’obvier ce contenu pauvre des jeux, les DLC (Downloadable Content). On peut désormais télécharger du contenu additionnel (des niveaux supplémentaires, des fins alternatives, de nouvelles quêtes), ceci permet de prolonger la durée de vie du jeu, au-delà du contenu de base rappelant les addons d’antan.

La DLC d’Infamous2 : Deus Ex human Revolution augmente considérablement la durée de vie du jeu en ajoutant une histoire parallèle de 5 heures. La dlc d’Enslaved: Odyssey to the West intitulé « Pigsy’s Perfect » 10 est du même acabit: elle propose d’incarner un personnage non jouable avec un gameplay différent et une aventure nouvelle ajoutant 3 à 4 heures de jeu.

Ces DLC sont parfois disponibles dès la sortie du jeu. On est en droit de se demander pourquoi ces contenus n’ont tout simplement pas été intégrés directement au jeu.

Retour du vieux gamer nostalgique : auparavant, ce contenu était gratuit et se faisait en quelque sorte au mérite (du genre finir le niveau tout nu débloquait un mode spécial). Pour débloquer le personnage de Vincent dans FF7, il fallait suivre toute une série de quêtes annexes qui rallongeaient considérablement le jeu.

Ceci apparaît encore plus flagrant avec un jeu de combat, Marvel vs Capcom. Dans la première version du jeu, nombre de personnages bonus étaient disponibles en DLC à 5 euros l’unité. Capcom décide de sortir une deuxième version du jeu dite Ultimate contenant ces DLC, et avant même la sortie du jeu annonce qu’il y aura de nouvelles DLC payantes pour cet opus.

A la faveur de DLC payantes, certains pans entiers apparaissent avoir été tronqués du jeu. Si on était mauvais esprit ou adepte de la théorie du complot, on pourrait dire que ces données auraient dû être intégrées dans le contenu de base.

Le chapitre 14 d’Assassin’s Creed 2, bien que présent dans le menu, n’est disponible qu’en DLC sur la première version du jeu. De même, pour Prince of Persia, la fin est décevante… la vraie fin est en réalité une DLC payante.

Certaines DLC semblent ne pas être de véritables ajouts d’un contenu supplémentaire mais plutôt des déblocages de contenus déjà intégrés au jeu. Ainsi malgré les démentis de Capcom, il semblerait que Resident Evil 5 utilise un tel stratagème. La DLC qui permet d’accéder au mode affrontement dans Resident Evil 5 n’est que de 300 ko, ce qui apparaît léger pour l’ajout d’un mode tout entier. Dans le cas de Gears of War 3, Epic propose au prix de 9,6 euros une DLC encore plus petite 1,43 Mo pour trois cartes et deux personnages… De nouveau, le poids de cette DLC ne trompe pas sur la nature de celle-ci. La même technique a été utilisée sur Bioshok 2 avec son « Sinclair Solution Tester Pack » qui débloquait la possibilité d’atteindre le niveau 50 pour 108 Ko. Les joueurs multi de Bioshok 2 sont fortement encouragés (pour ne pas dire quasiment obligés) d’acheter cette extension pour continuer à jouer ce mode.

Dans ces cas, on est en droit de se demander si ces DLC payantes ont vraiment bénéficié d’un budget de développement indépendant de celui du jeu… Si ce n’est pas le cas, je ne dirais pas ce que je pense de cette engeance (au risque de traumatiser vos petites oreilles sensibles).

Internet et le jeu vidéo : défauts, problèmes et surveillance

Si le contenu semble bien s’être appauvri (notamment en mode solo), depuis quelques années est apparue une opportunité de prolonger considérablement la vie des jeux avec les modes multijoueurs enligne.

Souvenir ému du gamer aigri : les LAN, le PC familial qu’on transportait sur la chaise du bureau, le regard effaré des parents.

Le vrai problème du multi en ligne, c’est le coût sévère que ça peut porter à notre ego  de joueur. Sur un jeu de combat, enchaînement de perfects contre le bot, roi du canapé contre des amis…. mais contre un coréen surentrainé (ils n’ont pas dix doigts c’est IMPOSSIBLE) je vous assure qu’on fait moins le malin (au secours mamaaaaannnnnnnn) !

Certains jeux n’ont vraiment un intérêt qu’en multi en ligne, le mode solo étant parfois bâclé. On comprend que les joueurs soient d’autant plus indignés par les crash serveurs.

A la sortie de Call of Duty: Black Ops, les serveurs n’étaient pas prévus pour un tel afflux massif si bien que beaucoup de joueurs n’ont pas pu joué pendant plusieurs jours. Pour son concurrent Battlefield 3 certains codes d’activation n’étaient pas actifs.

Bizarrerie (ou pas!), le mode solo de certains jeux nécessite une connexion permanente sous prétexte de lutte contre le piratage. Le consommateur s’en trouve lésé: si on a une mauvaise connexion ou qu’on veut jouer chez mamie (petit fils indigne !), c’est dorénavant compliqué voir impossible. Ceci est d’autant plus gênant que les éditeurs ne font pas mention (ou mal) de ces restrictions sur les jaquettes des jeux.

Assassin’s Creed 2 sur PC contraignaient à l’origine à une connexion permanente tout comme Silent Hunter 5 chez Ubisoft. D’autres éditeurs comme Codemasters avec Dirt 3 et Electonic Arts avec Command &Conquer 4, Battlefield 1943, Darkspore ont mis en place cette mesure extrême de lutte contre le piratage.

Ces DRM (Digital Rights Management), liés à une connexion internet, protègent les œuvres numériques du piratage et de la protection mais limitent la propriété réelle du jeu: on ne peut l’installer sur différents PC, on doit lier le jeu à un compte (Steam, Origin, UPlay).

Dans le cas d’Anno 2070, la clé d’activation ne peut fonctionner que sur trois PC différents. Cependant une étude a démontré que si on changeait 3 fois de composants du PC (en l’occurrence la carte graphique) la clé n’était plus valide. Ceci est d’autant plus dommageable que le légitime propriétaire du jeu peut bien être amené à changer ces composants sans changer de PC.

Chez EA à nouveau, Spore par exemple est lié à un seul compte EA. Si bien que dans une même famille, tous sont obligés de jouer sur le même compte avec les mêmes sauvegardes. Le propriétaire légitime du jeu ne peut donc prêter son jeu sans donner les passes de son compte (c’est dangereux !).

Ces DRM n’illustrent donc pas uniquement une politique de lutte contre le piratage, elles semblent davantage viser le marché de l’occasion.

Dans le cas de Batman Arkham City, le personnage de Catwoman (largement exploité par la campagne de communication autour de la sortie du jeu) n’est en fait disponible gratuitement que pour les primo acquérants, pour l’occasion, c’est une DLC payante. De la même façon, pour Battlefield Bad company 2, le code VIP à usage unique donne accès à des cartes qui sont disponibles en DLC payantes pour les occasions.

Ces codes d’activation à usage unique visent particulièrement le multi en ligne. Aussi le joueur qui se procurerait un jeu d’occasion devrait pour jouer en multi acheter un nouveau code d’activation comme les jeux EA Sports ou Mortal Kombat chez Warner Interactive (aucune mention sur la boîte de cette activation unique) …C’est un peu comme si lorsque vous achetiez une voiture d’occasion, le constructeur vous prenait une taxe pour que celle-ci démarre.

Les éditeurs semblent parfois rivaliser d’ingéniosité (pourrait-il la mettre au profit du développement de leurs jeux?) pour empêcher la revente d’occasion.

Pour DC Universe Online, l’éditeur a poussé cette pratique à son paroxysme en proscrivant l’occasion puisque sur PS3, le jeu ne peut être lié qu’à un seul compte, il est donc impossible de le vendre d’occasion.

Haro  sur une autre pratique,  la sauvegarde unique et (bien entendu) ineffaçable. Sur Nintendo DS, plusieurs éditeurs semblent s’être donnés le mot : Capcom  (Résident Evil : The Mercenaries 3D), Konami (PES 2011 3D), SEGA (Super Monkey Ball 3D) et Aksys (BlazBlue Continuum Shift II).

   Entre les DLC qui semblent engendrer une amputation du contenu initial du jeu (des jeux en kit), les DRM qui limitent tant l’utilisation que la pleine et entière propriété du jeu ou encore  la politique des éditeurs clairement destinée à taxer le marché de l’occasion, le consommateur semble être le grand perdant de cette crise du jeu vidéo.

   En perte de vitesse, les éditeurs traditionnels tenterait-il tout simplement d’augmenter leur bénéfice ?

La dématérialisation des jeux, par exemple, réduit à néant les coûts de production, de transports et de stockage, cependant ceci se répercute rarement sur les prix de vente. Aujourd’hui sur PSN Battlefield 3 et Assassin’s Creed Revelations sont à la modique somme de 69,99 euros, soit aussi chers que le prix de vente en magasin (avec un support) au moment de leur sortie en magasin. Sur le site de la Fnac actuellement, ces deux jeux avec livraison incluse sont respectivement à 44,9 et 54,9 euros neufs.

Comment remédier à cet état : un bon petit lobbying ! En effet, face au silence (coupable ?) de la presse spécialisée sur ces pratiques, certains groupes de pression se sont constitués pour dénoncer ces pratiques et appellent parfois à boycotter un jeu pour lequel l’éditeur a mis en place une telle politique, relayant l’information par le biais de commentaires (typiquement Amazon), de blogs. Ceux-ci ont déjà fait leurs bons offices auprès d’Ubisoft qui a été obligé de revenir en arrière sur sa politique de connexion permanente (ça et une petite attaque DOS en règle qui a empêché tous les possesseurs d’Assassin’s Creed 2 de jouer, même en solo). Et après tout le gamer, lui aussi, connaît la loi de l’offre et de la demande !


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