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Les résultats de l'élection présidentielle 2012 : décryptage

Publié le 23 avril 2012 par Vindex @BloggActualite
Les résultats de l'élection présidentielle 2012 : décryptage
Petit à petit, minute après minute, au compte-gouttes, les résultats tombent sur le site du ministère de l'intérieur. Les vrais résultats peuvent donc être connus au lieu des estimations qui ont été présentées tout au long de la soirée électorale dans les médias. Décryptons les résultats de ce premier tour. 

Un duel pas si déséquilibré en tête : 


Les résultats  donnent François Hollande en tête avec 28,63 pour cent et Nicolas Sarkozy à 27,06 pour cent. Force est de remarquer que l'écart est assez serré entre les deux principaux candidats. Les sondages de le campagne et même les estimations du début de soirée électorale avaient envisagé un écart plus important en défaveur du président sortant. François Hollande peut se satisfaire de ce résultat important, le plus important de la gauche à un premier tour de présidentielle depuis 1988. Nicolas Sarkozy a lui perdu environ 4 pour cent par rapport à 2007 et a limité les dégâts qu'auraient pu occasionner la montée de Marine Le Pen

Le troisième homme est très nettement une femme : 

Cette montée de Marine Le Pen n'a pas été vue par les sondages qui ont apparemment sous-estimé Marine Le Pen. Elle atteint en effet 18,03 pour cent des voies, environ 8 pour cent de plus que son père en 2007, et plus que son père en 2002, lorsque celui-ci avait atteint le premier tour il y a 10 ans. C'est un score très élevé donc et plus marqué par la conviction (ce qui fait danser la présidente du FN) qu'auparavant.  Il faut dire que dans les sondages, Jean-Luc Mélenchon a joué le rôle de trublion. Il en fut moins le cas hier soir, puisqu'il n'a atteint qu'environ 11,14 pour cent. C'est toutefois honorable et cela lui permet de passer devant François Bayrou. Il souhaite "battre Sarkozy" le 6 mai, sans pour autant clairement soutenir Hollande. Hollande serait plus un moyen pour lui de battre Sarkozy qu'une fin, ce dernier n'étant pas assez à gauche pour Jean Luc Mélenchon. Dans son rôle "anti-fasciste", JLM a aussi plutôt échoué, et il s'en désole, dénonçant ceux qui lui ont tiré dessus plutôt que de l'aider à combattre l'extrême-droite. Quant à François Bayrou, il vient de conclure logiquement une traversée du désert de 5 ans au niveau électoral par un score moyen : 9,1 pour cent, un score en demi-teinte, deux fois moins important que celui de 2007. Son électorat sera très convoité, comme celui des deux candidats qui le devancent. Cette déconvenue est due à la montée du FN et du Front de Gauche et à la reprise par d'autres candidats de la logique ni-droite ni-gauche : Marine Le Pen a souvent eu cette rhétorique. Il faut aussi dire que pendant 5 ans, le Modem a peu existé politiquement, contrairement aux deux candidats qui sont devant lui. 

Une fracture importante entre les premiers et les suivants : 


Suit alors un duel Eva Joly-Nicolas Dupont-Aignan : les deux candidats tournent autour de 2 pour cent, avec un avantage pour Eva Joly, qui obtient 2,27 pour cent (avant les résultats de Paris). Le candidat de Debout La République a lui 1,8 pour cent des suffrages exprimés. Nicolas Dupont-Aignan décroche un score assez conforme aux sondages (tout du moins les derniers) pour sa première candidature, alors qu'Eva Joly améliore le score qu'avait effectué Dominique Voynet en 2007 d'environ 0,7 pour cent. Elargir le message politique des Verts à une politique plus large que l'écologie aura donc été payant, mais ce score reste bas au vu de ce que les Verts ont obtenus en 2009 aux Européennes, et en 2010 aux régionales. C'est le fruit d'une campagne moyenne d'Eva Joly, qui malgré son courage et sa bonne volonté, a manqué de tactique et de mordant. Elle aurait dû de même négocier avec les socialistes APRES les résultats des présidentielles, et non avant, concernant les législatives. 
Enfin, on peut évoquer un trio qui ferme la marche : Philippe Poutou obtient 1,15 pour cent, devant Nathalie Arthaud (0,57 pour cent), et Jacques Cheminade (0,25 pour cent). Philippe Poutou a beaucoup moins de notoriété que son prédécesseur de 2007 Olivier Besancenot, mais son score est honorable. Cela lui vient de la sympathie et de la proximité qu'il a pu dégager, même s'il n'a pas toujours trouvé sa place dans cette campagne. Nathalie Arthaud est dans la même situation que lui : il est difficile de succéder à Arlette Laguillier, qui était une habituée des scrutins présidentiels. Nathalie Arthaud avait la même détermination, mais sans doute pas la même image que l'ancienne candidate de Lutte Ouvrière. Quant à Jacques Cheminade, son image d'expert ne lui a pas porté chance. Il a semblé sans doute en décalage par rapport aux autres candidats, de part son ambition sans limite. Il fait moins bien qu'en 1995 et son manque cruel de notoriété font de lui le petit poucet de ces résultats. 

Hollande a t-il gagné ? 


Même si des sondages donnent Hollande en tête dans 15 jours, rien n'est encore joué, et ce pour plusieurs raisons. 
D'abord parce que, comme nous l'avons vu, les sondages ne sont pas infaillibles. Les sondages surestiment peut-être l'avance de François Hollande sur Nicolas Sarkozy. 
Ensuite parce qu'il reste 15 jours aux deux candidats qualifiés pour faire campagne. Ces 15 jours verront la tenue d'un ou plusieurs débats, ce qui donnera l'occasion à ceux-ci de se faire face pour la première fois. Et Dieu sait si Nicolas Sarkozy est doué à cet exercice. François Hollande aura donc sans doute intérêt à débattre le moins possible, une fois, voir deux au maximum. Nicolas Sarkozy, lui, en position de challenger, a intérêt à débattre et propose l'organisation de trois débats, pour faire tapis et rattraper son retard. 
Qu'en est-il du report de voix ? La gauche semble en réalité plus rassemblée que la droite. Eva Joly a appelé à voter François Hollande, tandis que Jean Luc Mélenchon et Philippe Poutou ont appelé à battre Nicolas Sarkozy, donc implicitement à voter Hollande. A droite, on se presse moins. Les électeurs du FN auront un penchant à droite, mais tous ne voudront pas voter Nicolas Sarkozy, d'autant que Marine Le Pen ne donnera probablement pas de consigne de vote. Elle a en effet tout intérêt à ce que le président sortant perde pour que l'UMP connaisse des difficultés en vue des législatives. Nicolas Dupont-Aignan ne donnera pas non plus de consigne de vote, et son électorat, finalement assez composite, n'est pas acquis à la cause de l'UMP. Enfin François Bayrou est centriste, ce qui fait que son électorat se séparera assez équitablement en deux au deuxième tour. Il s'est exprimé en disant qu'il allait s'adresser aux deux qualifiés avant de faire un éventuel choix. Voilà pour le premier tour. "Comme prévu", c'est bien parti pour François Hollande, mais rien n'est joué, il reste 15 jours de campagne, 15 jours pendant lesquels Nicolas Sarkozy ne lâchera sans doute rien. 
Source : http://www.election-politique.com/index.php?cle=2012
Vincent Decombe

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