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Sur la route again avec Jack Kérouac ! (Intégrale)

Par Sheumas

 

Un film consacré à l’œuvre mythique de Jack kérouac : « Sur la Route »... Voilà une perspective réjouissante en matière de cinéma, non seulement parce qu’elle me ramène une nouvelle fois aux States et à l’aventure si souvent racontée de « la Route, la Poussière et le sable », mais aussi parce qu’elle renvoie à la relecture des ouvrages de Jack effectuée autour de la pièce de théâtre intitulée « Jack, on the route again » et parue en 2000 chez Aléas, sous le pseudonyme de « Colette if du Loup des Acqs ». Cet ouvrage était le résultat d’un atelier d’écriture mené avec des lycéens autour des principaux romans de route de cet Américain aux origines bretonnes, auteur du best seller « Sur la route », mais aussi des « Clochards célestes », du « Vagabond solitaire » et autres bibles de la génération « beatnick ».

   Revenons à la réécriture. De quoi était-il question dans le scénario de « Jack on the route again » ? Et d’abord, de quelle manière s’emparer, sur une scène de théâtre, de l’œuvre inclassable d’un écrivain longtemps considéré comme sulfureux et jamais étudié au lycée ? A défaut de relire « Sur la route », ou de posséder l’édition limitée de « Jack, on the route again ! », commençons par aller voir le film ! Il est fort à parier que le spectateur y retrouvera des situations explorées sur la scène...

   Au lever de rideau, après une chorégraphie claquettes en écho au claquement de la machine à écrire, Jack, attablé devant sa Remington, se souvient des années passées, de ses années de formation. Tac. Tac. Jack. Jack. Jackpot. Black Jack. Flash back... Crise adolescente, rejet de l’école, rejet des parents, Jack emprunte certains des mots du héros de « L’Attrape-cœurs » : ça faisait longtemps que ça n’allait pas dans ma tête. J’ai quand même fini par craquer lors de ce fichu cours avec cette vieille Mme Spencer, la prof d’histoire, dans cet énième bahut dans lequel j’avais effectué un passage encore plus bref que dans les autres. Old Mrs Spencer tenait ma copie dans les mains comme une merde ou je ne sais quoi...Lecteur de Rimbaud, le « petit Poucet rêveur » découvre également les versets de Walt Whitman. Il est ébloui par ce chantre de la terre américaine. Il lui semble évident que l’auteur des « Feuilles d’herbes » ensemence le champ de l’expérience humaine et ouvre des perspectives immenses.

   A une fête de « junkies », qui parlent musique, drogues douces et dures, qui citent Baudelaire, Rimbaud et William Burroughs, Jack fait la connaissance de son malin génie, le fascinant Dean Moriarty qui lui raconte la route... Mon copain Dean, c’était un gars de l’ouest, un gars de la race solaire. Quelque part derrière lui, je savais qu’il y aurait des filles, des visions, tout quoi !

   Dean est un aventurier de la route, l’un de ces nouveaux pionniers héritiers de Jack London et des chercheurs d’or qui y mènent une expérience extrême, hobos, routards, rebelles, hippies, qui rejettent la société de consommation et la guerre au Vietnam. La société est pourrie par l’économie industrielle. Se barder de diplômes, travailler, produire, consommer... Et tout ça pour servir de chair à canon au Vietnam !... Mais barrons-nous vite ! Disparaissons dans la nature, rien que pour sauver notre peau !... La véritable révolution, ce serait la révolution des sacs à dos... La révolution des sacs à dos ! Des milliers de millions de jeunes Américains bouclant leurs ruck-sacks et prenant la route, escaladant des montagnes, pratiquant la bonté, donnant l’image de la liberté par leurs actes imprévus.

   A l’acte deux, Jack a pris sa décision. « Beat the road Jack ! ». Il fait ses bagages et s’en va lui aussi sur la route en récitant les vers de Walt Whitman : allons, la route est devant nous ! Que le papier reste blanc sur le pupitre et le livre fermé sur la tablette... Il n’a pas d’argent, pas de papier, que des rêves, des espoirs et un violon dans le sac à dos. Sur le bord de la route, il joue Bob Dylan « Blowing in the wind » ou « Mr Tambourine man ». D’est en ouest, les kilomètres défilent, le paysage évolue. Reste à Boston, là y’a d’la bonne, vis à Detroit, c’est pas destroy, viens à Seattle si tu t’sens un peu seul, passe à Phoenix, c’est le remix, à Las Vegas, fais gaffe à ta face, Los Angeles, laisse pas traîner ta caisse...

   Les voitures passent, les rencontres se succèdent. Aventures, mésaventures. Débrouille, hasard, coups du sort, « cops », truands, truckers, junkies, amazones, fantômes de l’ouest américain, Bonnie and Clyde, Thelma et Louise... Et puis des instants magiques, rythmés par les vers de Walt Whitman, de Rimbaud, et la musique de Mike Oldfield. « Ommadawn »... « On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans ». La scène de « Jack on the route again ! » devient pour les spectateurs le lieu de l’héritage de Kérouac...

   Au terme du voyage, tout ce qui compte, c’est l’exaltation de l’amitié ou de l’amour, la griserie de la route, la mystique des paysages inouïs, dans l’aube ou le crépuscule: « J’ai embrassé l’aube d’été ». Jack a quitté « New York aux anciens parapets ». Les voitures à bord desquelles il voyage se transforment en bateaux ivres ! Pleins gaz vers les étoiles. Quelle nébuleuse ! Ah mon pote, quel vaisseau de rêve ! Imagine si toi et moi nous avions une grosse auto à nous ! Une grosse Américaine style Cadillac... Quand j’étais gosse, et que je roulais en auto, j’avais l’habitude d’imaginer que j’avais une grande faux à la main et que je coupais tous les arbres et tous les poteaux et même que je tranchais les collines qui volaient derrière la vitre.

   Quand le rideau se ferme, Jack vient de rencontrer « la petite Mexicaine »... « La petite Mexicaine », avatar de Marilou, héroïne de « Sur la route ». Elle a aussi quelque chose de la Marilou de Gainsbourg. Elle emprunte certains de ses traits à la Lolita de Nabokov. J’avais acheté mon billet et j’attendais le car de San Francisco quand soudain je vis une gentille petite Mexicaine en pantalon s’engager dans mon champ de tir... Au souvenir de Marilou, Jack ferme les yeux. « Ah, tu peux pas savoir mec, il lui fallait les discothèques et puis bouffer au Kangourou night Club »...

   Toujours penché sur la Remington, son aîné recompose le passé lumineux. Route, poussière, sable... « Blowing in the wind »... Dylan et le rythme hallucinant des mots, mots qui martèlent les souvenirs, qui marquent la cadence de la route, qui canalisent l’énergie et tordent le coup à la mélancolie, images vivaces qui reviennent plus nettement encore que dans le vrombissement des moteurs de voiture, « beat » de cette langue particulière dont le grand Jack s’est fait l’apôtre. How many roads must a man walk down before you call him a man ...


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