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Devenez Première Dame, vous verrez du pays

Publié le 20 mai 2012 par Legraoully @LeGraoullyOff

Je ne sais pas comment ça se passe ailleurs, mais en France, la Première Dame est presque aussi importante que le Président. Comme je suis encore relativement jeune, et que le sujet m’interessait encore fort peu jusqu’à  il y a quelques instants, je n’eus pas l’heur de connaître Yvonne De Gaulle et Anne-Aymone Giscard d’Estaing, mais toutes les suivantes restent indéfectiblement attachées à leurs maris présidentiels, comme si elles n’avaient pas eu de vie autonome. Danièle Mitterand, disparue il y a peu, fut sans doute la plus indépendante intellectuellement et politiquement mais fut tout de même, autant que je me souvienne, relativement discrète, en dépit de moults « scandales » (je mets entre guillemets parce qu’il y a quand même des choses plus graves) comme la découverte de Mazarine ou la santé déclinante en secret de Tonton.

Puis vint la méchante tortue Bernadette Chirac, qui cornaquait son grand chien fou de mari, qui a fait rire le monde entier en jetant des regards noirs à ce dernier quand il manifestait trop d’attention à une gourgandine corrézienne qui n’y pouvait mais, et qui a dépensé une énergie surhumaine pour empêcher les juges d’approcher le locataire de l’Elysée, du château de Bity et des quartiers parisiens de la famille Hariri. Enfin, Sarkozy qui en fait toujours trop nous a lui proposé deux Premières Dames: la première fut la grande artisane de l’élection de 2007 et avait déjà fait ses cartons quand Nico s’installa à l’Elysée, et la deuxième qui quoiqu’issue d’une famille modeste de Turin bénéficiait déjà d’une certaine aura dans le landerneau. Il se murmure, et c’est de bon aloi quand on évoque Mme Bruni-Sarkozy, que cette dernière préparerait une ritournelle assassine à l’endroit des plumitifs de notre bon pays qui ont été très méchants avec elle, bien que « les frères » de son mari, Lagardère et Bouygues, détiennent la majeure partie de la presse, qu’elle soit « sérieuse » ou « people ». Demandez à Alain Genestar, le patron de Paris Match, ce qu’il lui en coûta d’exercer sa mission d’investigation pour informer les client(e)s de salons de coiffure et les patients qui se meurent d’ennui dans les salles d’attente des cabinets médicaux.

Et depuis peu, c’est une petite nouvelle, Valérie Trierweiler, qui est venue s’asseoir sur le siège passager de la calèche France. Si, n’insistez pas, si son mari en tient les rênes, c’est bien que la France est une calèche, car je n’ose croire qu’on monte notre glorieuse Nation à cru. Mme Trierweiler était, et est peut être même encore, une salariée de Paris-Match, autant dire qu’il doit lui être malaisé d’attaquer ceux qui confondent le journalisme politique et le ragot people (elle occupait certes la section politique du canard, mais la politique à Paris Match, c’est un peu comme une chronique sur Pina Bausch dans l’Equipe). Et les vipères n’ont pas tardé à répandre leur venin sur la compagne de François Hollande, qui en osant un calembour canin sur son patronyme germanique, qui en se répandant en commentaires misogynes et bas de plafond (merci au passage à Pierre Salviac d’avoir corroboré mon affirmation selon laquelle le journaliste sportif mérite autant sa carte de presse que Brice Hortefeux ses brevets d’anti-racisme). Mme Trierweiler a même commencé à donner le bâton pour se faire battre en interdisant autoritairement l’accès aux festivités du 6 mai à Julien Dray, et en s’adonnant sans vergogne dans sa prose à la maladie du journalisme politique contemporain, à savoir le copinage à peine discret.

Pour tout dire, on s’en tamponne le coquillard: que la première dame de France soit une harpie ou un ange botticellien fraîchement sorti de sa coquille Saint Jacques géante n’a pas la moindre importance, même si comme j’en avais parlé dans un précédent article consacré à l’ouvrage de Diane Ducret « Femmes de dictateurs », elles font intrinsèquement partie de la légende dorée de leurs jules. Mais voilà que François Hollande rentre dans le vif du sujet et va prendre l’apéro avec ses nouveaux collègues du G8. Pendant que tous ces braves gens causent croissance, austérité, Syrie, Afghanistan, et inutilité de la cravate, que faire de ces dames?

Et bien, pendant qu’Obama, Poutine, Merkel et consorts remplissent les pages « International » des journaux de demain, ces dames, sous la houlette de Michelle Obama, se préparaient un week-end passionnant. Non, je plaisante, quand j’ai vu les images de leur réunion, j’ai failli appeler l’ONU en criant « nous sommes tous des premières dames », tant la contrition et l’ennui poli frappaient les visages. M. Joachim Sauer, le conjoint de Mme Merkel, s’était quand à lui fait porter pâle, en plus c’est Madame qui raque quand elle l’emmène en représentation, et avec la crise c’est pas le moment de puiser dans le livret A. En substance, sachez qu’après s’être rapidement interrogé sur ce que prévoyait le protocole, puisque que François Hollande et Valérie Trierweiler ne sont pas mariés, les First Ladies ont ensuite « partagé un déjeuner avec au menu poisson du Maryland, légumes du potager de la Maison Blanche, sorbet à la clémentine et fraises de Virginie » (source Le Parisien, qui se démène pour nous informer), puis sont allées visiter l’Art Museum de Chicago. Bref, elles ont fait les meubles en attendant que les bonhommes et Mme Merkel décident du pansement à appliquer sur l’hémorragie de la crise. Valérie Trierweiler, qui s’était promis de rester indépendante et de continuer à travailler, vient de découvrir les charmes de la diplomatie. Et sans exagérer, l’ambiance avait l’air moins fraîche chez ceux qui se tortillaient les méninges pour sauver le monde.

Il y a encore plus mal lotie: Audrey Pulvar, qui est une journaliste talentueuse, a été régulièrement attaquée ces dernières années sur son indépendance, puisqu’elle est la compagne d’Arnaud Montebourg. Comme si elle avait attendu Nono pour avoir des engagements de gauche. Elle a déjà dû faire des ménages chez Laurent Ruquier, et la voilà désormais contrainte de ne plus exercer son métier, puisque la pratique contemporaine de la politique suppose qu’une femme doit penser comme son mari et doit en plus le taire pour bâfrer de la poiscaille du Maryland ou du diable-vauvert. Sauf que comme personne ne sait en quoi consiste le « Redressement Productif », elle ne sait même pas si elle pourra faire de beaux voyages et parler chiffons avec les grandes de ce monde.


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