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Le bourbier syrien

Publié le 05 juin 2012 par Copeau @Contrepoints

À quoi bon nous pousser, à toute force, à retirer nos troupes d’Afghanistan, au risque de passer pour des alliés bien inconsistants si c’est pour nous précipiter aussitôt en Syrie ? Le droit d’ingérence humanitaire semble encore à l’œuvre malgré toutes les preuves accumulées de sa notoire inefficacité.
Par Marc Suivre.

Le bourbier syrien

Depuis que François la Mouise est à l’Élysée, la presse parisienne se répand en louanges. On nous vente à grands tours de rotatives, cette désormais fameuse « Présidence normale ». Une fois posé ce principe intangible, sommes-nous plus avancés quant à sa signification ? Eh bien non ! Pour les Hollandolâtres, la normalité s’entend par opposition à l’anormalité de l’usurpateur Hongrois. Pour l’esprit partisan, cela peut s’entendre mais pour le commun des mortels quel sens donner à cette apparente simplicité ? Nous en sommes donc réduit à l’analyse des faits, pour tenter comprendre ce qu’est un « Président normal » et, curieusement, c’est par le biais de la politique étrangère que nous avons enfin la réponse à cette lancinante question.

Mou du genou s’en va-t-en guerre

Le bourbier syrien
Grâce au dossier Syrien, nous savons désormais qu’un Président normal c’est un Président suiviste. Les mêmes qui dénonçaient les gesticulations de Sarkozy en fonction du 20h00 du jour, se complaisent maintenant à tenir des discours de matamores, en s’invitant – en toute simplicité – dans la dite lucarne enchantée. Prenant appui sur les analyses géostratégiques des spécialistes du raccourci orienté (les journalistes de télévision), le pouvoir Hollandiste nous déclare pratiquement en direct, la guerre à la Syrie. Qu’allons-nous donc bien pouvoir aller foutre dans ce merdier proche oriental à nul autre pareil et pour quelles raisons irions-nous ? Mystère et boule de gomme, le plan de com’ Hollande c’est de s’émouvoir comme la ménagère de moins de cinquante ans, pas de donner des explications.

Comme toujours, nous allons nous mêler de ce qui ne nous regarde plus – depuis bientôt 70 ans [1] – au nom du droit-de-l’hommisme d’indignation. Nous ne mourrons pas pour les enfants d’Alep ni de Houla mais pour la conscience des BHL et autres habitués du Flore, que les derniers massacres en date perpétrés par la famille Assad empêchent de dormir. Gageons que si l’on suggérait d’envoyer en première ligne les rejetons de ces beaux esprits, le pacifisme ferrait un retour en force, mais passons… Il faut bien reconnaître que les Assad n’en sont pas à leur coup d’essai. Avec 13 000 morts, le fils est même bien loin des 25 000 du père qui en 1982 procéda à une sévère – quoi qu’efficace – répression. Il faut dire qu’à l’époque les Soviets soutenaient la Syrie et que les indignés sur commande Germanopratins, ne savaient rien refuser à la patrie des travailleurs. D’un autre coté, ils étaient tellement occupés à commenter le « crime contre l’humanité » commis par Sharon et Israël à Sabra et Chatila…

La Syrie n’est pas la Libye

Alors à quoi bon nous pousser, à toute force, à retirer nos troupes d’Afghanistan, au risque de passer pour des alliés bien inconsistants si c’est pour nous précipiter aussitôt en Syrie ? Au nom de quel principe imbécile, ce qu’il ne faut plus faire chez les Talibans – à savoir se mêler de la manière dont s’administrent les hommes au moyen d’une religion « intrinsèquement pacifiste et humaniste » – deviendrait-il une « ardente obligation morale » chez les Alaouites ?

Le droit d’ingérence humanitaire, cher au bon Docteur Kouchner, est encore à l’œuvre malgré toutes les preuves accumulées de sa notoire inefficacité. De la Somalie au Darfour en passant par l’Irak, l’Afghanistan et bien sûr la Libye, la liste est longue des dictatures renversées pour le plus grand bénéfice… d’une autre. Ne nous y trompons pas, partout où l’Occident croit sauver le monde, les barbus en profitent pour reprendre la main et substituer une oligarchie religieuse à une junte ou à un clan. Nous pourchassons des laïcs, certes corrompus et sanguinaires, pour les remplacer par des Imams dont la concussion n’est qu’une question de temps et l’épandage du sang d’autrui, un rite purificateur.

Dans le cas de la Syrie, la substitution ne sera pas sans répercussion, tant les enjeux géopolitiques sont immenses. Par la grâce d’un ennemi commun – Israël – Damas est, aujourd’hui, devenue l’alliée inconditionnelle de Téhéran. Ce qui, il nous faut bien l’admettre,  n’avais rien d’acquis en 1980. Ce faisant, pour la première foi depuis l’Imam Ali, l’Iran voit sa sphère d’influence élargie au monde Arabe, en s’assurant au passage, un débouché sur la Méditerranée. Dans le même temps, la liaison est assurée avec le Hezbollah libanais, figure de proue du Chiisme dans la région. Autant dire que les Mollahs ne voient pas d’un très bon œil toutes les gesticulations en cours autour de leur ami Bachar. En réalité, nos dirigeants s’appuient sur l’émotion populaire (qui ne résistera pas à notre premier militaire mort) pour faire le jeu des puissances du Golfe, notoirement incommodées par la puissance iranienne.

Un conflit qui remonte à la nuit des temps

Dans la guerre séculaire que se livrent les deux principales tendances de l’Islam, le conflit Chiites Sunnites vient en réalité épouser un antagonisme bien plus ancien, celui de l’antique rivalité entre les Perses et les Arabes. La religion est un moyen, puissant, mais rien de plus, pour prolonger cette vieille querelle qui est aussi celle du nomadisme face au monde sédentaire. Le foyer ininterrompu de civilisation de la Région – comprendre la Perse – se trouve de nouveau remis en question par des Bédouins qui sont d’autant plus forts que leurs terres gorgées de pétrole, leur a donné des richesses qu’ils ne pouvaient espérer, au vu de l’aridité de leurs territoires de divagation naturelle.

Dans ces conditions, une intervention occidentale, qui plus est entreprise au nom de principes droits-de-l’hommistes universellement rejetés par les deux parties en présence, a toutes les chances de produire des ravages, dont nous n’avons pas fini de payer les conséquences. S’ils se trouvent coupés de Téhéran par de biais de nos frappes « chirurgicales », il y a fort à parier que les « fous de Dieu » libanais ne renouent avec leurs vieilles habitudes des années 70 et 80. Après avoir dévasté leur pays, ils viendront nous faire sauter des bombes, au nom de la légitime lutte contre le grand Satan. Si dans le même temps, Israël a l’idée géniale de profiter de l’occasion pour bombarder l’Iran, nous en prenons au moins pour vingt ans. Surtout depuis que nos socialistes n’ont rien de plus pressé à faire que de démanteler le commandement des forces anti-terroristes en France, au nom de la nécessaire et juste lutte contre le Sarkozisme…

Tout ça pour quoi ?

Tout ce merdier donc,  pour qu’au final nous établissions le « doux règne » de la majorité Sunnite à Damas. Outre le fait que présenter le conflit syrien en des termes aussi réducteurs qu’une lutte entre deux conceptions de l’Islam est inepte – les Alaouites ne sont pas des Chiites mais des Ismaéliens – c’est faire bien peu de cas de la réalité complexe du régime syrien. Comme toute dictature autocratique qui se respecte, la Syrie des Assad compte des soutiens bien au-delà de la seule minorité religieuse qui lui sert de socle. D’abord parce que des Chrétiens aux Druzes en passant par les Kurdes et les Turkmènes, ce pays compte une multitude de minorités. Qu’ensuite, sans même revenir sur les origines françaises de la domination des Alaouites sur l’armée, force est de constater que le régime s’est appuyé, comme toutes les dictatures arabes de la même époque, sur un  parti unique (le Baas en l’occurrence). Que celui-ci, comme ses homologues, était laïc et transcendait donc nettement les obédiences religieuses. Dans ces conditions, il est aussi illusoire que réducteur, de présenter cette affaire comme celle de la domination d’une minorité religieuse sur une majorité oppressée. Et quand bien même, est-ce une raison suffisante pour aller risquer la vie de nos soldats ?

Au final si malgré, l’opposition réaliste de la Russie et de la Chine, nos Tartarins parviennent à renverser le fils de son père, qu’adviendra-t-il ensuite ? Nous aurons à la place, de gentils Salafistes sponsorisés par nos « amis » du Golfe. Est-il nécessaire de rappeler, ici, tout ce que l’Occident doit à cette mouvance fondamentaliste de l’Islam ? En effet, le 11 septembre, les terroristes qui précipitèrent leurs avions contre les tours jumelles et le Pentagone n’étaient pas Chiites. Ce n’est pas l’Iran, pourtant frontalière, qui fit du pays des Talibans, un joyeux camp d’entrainement géant pour malades désireux de se faire sauter en public. Le Hezbollah libanais n’a pas entrainé Mohamed Merra, ni structuré les réseaux Kelkal. En vérité, en nous précipitant comme des moutons à l’assaut du régime syrien, nous faisons le jeu de nos plus intraitables ennemis.

Conclusion

Il n’est pas question pour autant de rester les bras croisés à regarder ailleurs, pendant que le pouvoir syrien massacre à tour de bras. Nous devons isoler le régime et prendre le temps de susciter l’émergence d’une force d’opposition crédible, formée à notre mode de vie et prête à prendre le relais. À ce moment-là, nous pourrons agir pour les installer au pouvoir. Bref, il nous faut faire ce que les pétro-monarchies font avec les fondamentalistes et non leur servir de bras armé. Si les Quatarii ou les Saoudiens veulent mourir pour Homs, grand bien leur fasse, nous pouvons même leur vendre les armes pour ce faire. Nos soldats, eux, ne doivent risquer leur vie que pour défendre nos valeurs et placer ceux qui s’en revendiquent en position d’éclairer leurs compatriotes. Pour y parvenir nous devons commencer par être fier de ce que nous sommes. Osons enfin définir ce qui nous caractérise par rapport aux autres. Abandonnons ce fantasme imbécile de village mondial où tout se côtoie et tout se vaut. Affirmons haut et fort, qu’au contraire,  toutes les cultures ne se valent pas et que la nôtre, quoi qu’imparfaite,  est sans doute mieux à même d’assurer l’épanouissement des individus. Si nous ne le faisons pas, si nous nous cachons derrière notre petit doigt et le complexe de l’Homme Blanc, alors il ne sert alors à rien de sauter comme des cabris derrière notre poste de télévision. Le monde n’a que faire de l’indignation occidentale.

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  1. Depuis 1946 très précisément et la fin du mandat Français.

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