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L’Europe face à son destin : se demettre du traité ou se soumettre au taux d’intérêt

Publié le 06 juin 2012 par Copeau @Contrepoints

Nous sommes aujourd’hui à la veille d’une panique financière dont l’Europe sera l’épicentre. Comment expliquer autrement les rendements d’obligations allemandes à 0,10% ?

Par Louis Gave.
Publié en collaboration avec l’Institut des libertés.

L’Europe face à son destin : se demettre du traité ou se soumettre au taux d’intérêt

L’économiste Arthur Cecil Pigou avait coutume de dire que « la prospérité finit dans une crise. L’erreur de l’optimisme finit dans une crise mais en mourant elle engendre l’erreur du pessimisme. Cette nouvelle erreur ne naît pas enfant, elle naît géante. »

La création de l’euro fut une erreur de l’optimisme. Et cette erreur de l’optimisme a engendré une erreur du pessimisme gargantuesque.

Nous sommes aujourd’hui à la veille d’une panique financière dont l’Europe sera l’épicentre (et les nouvelles provenant des USA et de Chine s’additionnent au bastingage global). Comment expliquer autrement les rendements d’obligations allemandes à 0,10% ?

S’il est courant d’entendre que la fin de l’euro donnerait lieu à une crise encore plus impressionnante que fut celle de Lehman Brothers, nous  n’en sommes (chez Gavekal) pas certain. Si la crise de 2008 est souvent analysée comme « l’explosion de Lehman », nous considérons rétrospectivement qu’il s’agissait de beaucoup plus que Lehman partant en torche puisqu’en définitive il s’agissait surtout de la remise en cause du mode de fonctionnement de toute l’industrie financière des pays développés. Citigroup eut ainsi besoin d’une recapitalisation  gouvernementale, AIG fut en gros nationalisé ainsi que la moitié du système bancaire britannique. Aujourd’hui, un certain nombre de banques se trouvent dans une positon précaire (sinon comment expliquer la plongée de l’index Eurostoxx  au plus bas 1987 ?).

Cependant, la plupart des banques ne maintiennent plus la sorte de levier typique de 2008 (IE 50+X), une réalité qui devrait normalement agir en contrefeu de vente à la criée d’actifs viables. En 2008, la plupart des entreprises étaient non seulement peu préparées mais étaient en système interne de croissance. En conséquence, quand le système financier s’est tari, un certain nombre de sociétés de nouvelles technologies comme General Electric se sont retrouvé à quémander du cash. Certaines comme General Motors ont même sauté (ce qui n’est pas sans effet sur la psyché de tous).

Mais aujourd’hui, la situation est différente avec des entreprises qui sont confortablement assisses pour la plupart sur des actifs liquides, avec peu de dépenses futiles, et ne recrutant que très peu. En définitive, à part les sociétés s’approvisionnant directement en Chine (en acier, ciment, verre), il est difficile de nos jours d’identifier des domaines où le capital serait dépensé à tort.

Si le contexte est très différent de celui de 2009, notre hypothèse de travail devrait désormais être que les banques d’Europe du Sud vont  fonctionner dans des conditions dramatiques jusqu’à ce qu’une garantie transeuropéenne soit proposée (et ceci risque de ne pas être proposé tant que la Grèce ne sera pas  sortie de l’euro).

Ceci a pour résultat d’induire une croissance anarchique et un marché au bord du gouffre. La vrai question étant : peut-on continuer à investir en Europe du moins jusqu’à ce qu’un changement de politique européenne s’opère ? Ceci nous apparaît dangereux pour plusieurs raisons.

- La différence entre les actions et les obligations d’États n’a jamais été aussi grande ;

- Nous savons que quiconque aurait gardé des obligations d’État dans les trois derniers cas de paniques n’a pas fait d’argent pour les années à venir. La chose difficile étant surtout de ne pas en perdre  pendant les trois ou quatre semaines de panique.

L’Europe face à son destin : se demettre du traité ou se soumettre au taux d’intérêt

Ratio BAA to Government Bond Yields (Cliquez pour agrandir)

- Mais plus que tout dans une situation de panique, chacun préfère garder des actifs liquides. Historiquement, les gouvernements détenaient ces positions mais aujourd’hui, ce sont les entreprises qui détiennent des positions en nature et elles restent donc difficilement appréhendables par les gouvernements.

La somme de tout ceci nous permet de penser qu’il est urgent de sortir de cette soi-disant sécurité qu’offrent ces obligations d’États surévaluées, sur-investies, et sur-numéraires et qui nous semblent dangereuses. À la place, nous devrions recherchez les opportunités que la panique actuelle permet.

Ceci implique de faire des pronostics sur le futur ; et le plus probable de ces pronostics est que l’euro ne survivra pas sous sa forme actuelle. En gros, soit l’euro va disparaitre et alors la Bundesbank se retrouvera avec le poids de la dette de  €645 BN et le système germanique pour les restant de €500 BN  et possiblement jusqu’à un €1 Trn, en d’autres termes, l’Allemagne sera en faillite ; soit, si l’euro ne saute pas, mais à ce stade cela ne peut arriver que si l’Allemagne et le BCE promettent d’entrer dans un programme de garanties bancaires qu’ils auront du mal à tenir, les taux d’intérêt s’effondreront en Europe du sud et les banques sauteront les une après les autres.

Quelle que soit l’issue, la conclusion est simple, les bonds du trésor allemands furent une superbe protection tant que tout le monde pensait que l’euro ne pouvait faire faillite. Mais maintenant que la chute de l’euro est envisageable et envisagée, il faut alors à notre tour réfléchir à la donne suivante : soit le système vote une motion de sortie du système européen, ce qui voudrait dire une faillite de système bancaire allemand de la Bundesbank et la faillite du système obligataire ou, envisager un fédéralisme de la dette ce qui de facto impliquerait une convergence massive des taux d’intérêts européens.

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Sur le web.

Article librement traduit de The Unfolding Panic & The European Convergence Trade – by Louis Gave, Gavekal research.


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