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Christine and The Queens, l’interview

Publié le 23 juin 2012 par Lcassetta

Aujourd’hui, Christine and The Queens nous ouvre les portes de son univers mélodieux et singulier, mêlant électro-pop envoûtante, textes décapants et joliment décalés et voix gracieuse et énergique à travers une interview qu’elle nous a très gentiment accordé. Découvrons alors cette artiste complète, passionnée et passionnante, et dont l’avenir très prometteur est aussi luisant que ses boucles blondes.

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Narjiss Aissaoui : Hello Christine, merci d’avoir accepté notre invitation. Pourrais-tu te présenter à nos lecteurs ?

Christine and The Queens : Hello à tous. Je suis Christine and the Queens. Voilà maintenant deux ans que je compose ma musique et que je la joue lors de premières parties (The Do, Lykke Li, Yann Tiersen, Chairlift…). Je défends seule bien des personnages sur scène et dans mes vidéos. Les Queens sont des muses invisibles que j’amène avec moi partout où je vais.

N.A : Comment l’aventure de Christine and The Queens a-t-elle commencé ? Et qui sont les Queens ?

C. & T.Q : L’aventure a commencé il y a maintenant deux ans, lors d’un voyage que j’ai fait à Londres, seule. J’ai toujours eu l’habitude de venir dans cette ville qui m’est familière, et cette fois-ci je suis sortie tous les soirs, jusqu’à tard, dans la plupart des clubs qui me séduisaient. Je sentais qu’il était temps que je trouve une inspiration, j’étais comme affamée sans savoir ce dont j’avais besoin ou ce qui me manquait. C’est seulement quand j’ai assisté aux performances de travestis anglais très particuliers que je me suis sentie à ma place. Cela peut paraître paradoxal, mais je me suis entièrement reconnue dans leurs personnages, dans cette manière qu’ils ont de récupérer la culture pop, les codes de la féminité, pour en faire quelque chose d’étrange, de très émouvant. Je me suis dit : c’est cela qu’il faut que je fasse. J’avais trouvé le moyen de tout condenser : l’écriture, la musique, le théâtre, la danse. Même si je suis revenue seule de Londres, j’ai pris le nom de Christine and the Queens en hommage à ces travestis qui ont été la source de mon projet. Et le fait de me proclamer groupe solo n’est pas entièrement pour la plaisanterie; j’ai l’impression d’être plusieurs personnes à la fois, de contenir bien des personnages, exactement comme un travesti pourrait l’assumer.

N.A : Comment ça se passe alors sur scène ?

C. & T.Q : Sur scène, le dispositif est extrêmement simple : j’ai un ordinateur d’où sort la musique que j’ai composée, et je chante et danse. Mes inspirations sont plutôt anglo-saxonnes voire américaines dans la manière d’envisager le concert : je pense d’abord à un show, avec une narration, du mouvement. La performance physique m’intéresse plus que le jeu d’un instrument, que je laisse à de plus virtuoses que moi. Je veux surtout danser, creuser ce côté spectacle total, en pensant d’abord aux visuels, aux costumes… en ce moment, je travaille sur de la vidéo, des vêtements interactifs… Je veux rester en solo car je trouve la confrontation au public très intéressante. On est à la fois très vulnérable et tout-puissant, et je pense que le partage est réel.

N.A : Comment qualifierais-tu ta musique ?

C. & T.Q : Je parlais au début de mon projet d’électro pop, mais maintenant je dirais plutôt que c’est simplement de la pop, car je ne me définis pas vraiment comme une artiste électro, même si je compose sur ordinateur. J’aime aussi parler de new soul, car je suis très influencée par la soul sans pour autant être dans leur direct héritage.

N.A : Parle-nous un peu de tes influences musicales, de tes derniers coups de coeur…

C. & T.Q : J’ai des influences qui ne changeront jamais, de vrais piliers : Michael Jackson, Lou Reed, David Bowie, Nick Cave, Philip Glass, Michael Nyman, Prince, Laurie Anderson, Vivaldi, The Knife. J’aime l’exigence de ces artistes-là.
J’adore aussi Snoop Dogg, Beyonce, certains titres de Justin Timberlake. Et enfin, parmi mes récentes découvertes, j’ai été très impressionnée par Grimes, qui donne une musique et une énergie très personnelle et étonnamment tubesque, j’aime beaucoup son personnage, ce qu’elle défend. J’adore aussi Planningtorock.

N.A : Mac Abbey, ton 2ème EP, est sorti en Janvier dernier. De quoi est-il différent du premier ?

C. & T.Q : Je dirais qu’avec chaque nouvelle sortie, chaque nouvelle composition, j’apprends et je définis mieux où je veux aller, quel son je souhaite. Mon projet a été exposé assez rapidement, il n’y a pas eu de période d’intense préparation, et j’intègre tous les jours de nouvelles façons d’améliorer mon chant, ma composition, mon travail du son… je reste aussi indépendante que possible. Je trouve donc le second EP plus abouti dans l’identité sonore, je m’y suis sentie plus à l’aise. Je le trouve aussi plus dur, plus impitoyable, contrairement au premier qui était porté par une émotion très lyrique, très mélancolique. Chaque Queen qui préside à un EP donne sa propre couleur, sa propre émotion. Elle dirige un peu comme un directeur artistique le ferait. Et Mac Abbey est puissante, dangereuse, pleine d’une colère qui m’a dirigée. Je travaille sur de nouvelles compositions avec une nouvelle Queen… c’est donc un son encore un peu différent, une nouvelle émotion…

N.A : Comment est Christine lorsqu’elle travaille sur un texte ou sur une mélodie ? Quelles sont ses sources d’inspiration ?

C. & T.Q : Comme je le disais, je m’inspire d’abord de la Queen qui préside à la composition. Son histoire, son caractère, ses émotions… c’est une sorte de masque bien sûr, car ce que je projette en elles vient d’abord de moi. J’écris pour elle comme j’écrirais un rôle. J’ai en général une vision assez globale quand je compose, c’est-à-dire que je songe à des images, des vidéos possibles, des mouvements de danse… Je m’arrête souvent en cours de composition pour essayer de bouger sur la musique, c’est souvent un signe que je suis sur une bonne direction. Cette manière de tout travailler en même temps me vient du théâtre je pense ; l’écriture est dirigée vers la scène.

N.A : Et si tu nous en disais un peu plus sur Narcissus…

C. & T.Q : Narcissus est un personnage très intéressant pour moi. Je le trouve très moderne dans son obsession – il s’admire sans cesse dans chaque reflet qu’il trouve – et il me faisait penser à quelqu’un que je connaissais dans cette manière très cruelle de ne regarder personne d’autre que lui. Je trouve cela très mortifère, et en même temps très commun à bien des milieux artistiques. J’ai donc écrit une chanson qui s’appelle Narcissus is back, que j’ai dirigée comme une complainte vers Narcisse hypnotisé par lui-même, en me plaçant moi dans le rôle d’Echo, la nymphe qui ne peut que répéter les mots qu’on lui donne. C’est une histoire d’amour à sens unique, mais très belle dans ce qu’on peut en faire en musique (l’écho est bien sûr très intéressant à travailler, et j’ai essayé de rendre les refrains froids et liquides, comme l’eau). La question du regard m’intéresse beaucoup en tant qu’artiste ; sur scène, je m’offre complètement aux regards, mais je regarde aussi le public dans les yeux ; qui est donc le réel objet de spectacle.

N.A : Une date prévue pour le premier album ?

C. & T.Q : Pas encore de date fixée, non, mais un horizon: 2013. Je suis en pleine composition…

N.A : Tu as été lauréate du concours SFR Jeune Talent et finaliste des Inrocks Lab. Que t’ont apporté ces concours ?

C. & T.Q : Les Inrocks m’ont vraiment propulsée rapidement dans le milieu de la musique, auquel j’étais complètement étrangère. Je n’avais aucune connexion, aucun ami musicien, aucune idée de comment faire ce chemin, et d’avoir été finaliste dès la première année m’a tout de suite offert des occasions de me produire sur scène, de démarcher plus facilement. Ca a été étonnamment fluide et facile. Je me suis assez rapidement entourée de personnes aussi motivées que moi. SFR jeunes talents est arrivée à un point où j’étais déjà entourée, mais m’a offert un beau festival (les bar en trans) où beaucoup de jeunes groupes se produisent. Ces tremplins sont de manière générale une excellente occasion d’obtenir une certaine couverture médiatique et des dates prestigieuses pour des groupes pas forcément implantés dans le milieu. C’est un réel gain de temps, et je trouve qu’il y a une bienveillance à défricher chaque mois les jeunes talents…

N.A : Qu’est ce qu’on pourrait te souhaiter pour l’avenir ?

C. & T.Q : De rester exigeante et de continuer à mener de front tous les aspects de mon projet. C’est parfois difficile de se présenter seule et de défendre cette solitude.

N.A : Un dernier mot pour nos lecteurs ?

C. & T.Q : Christine vous dirait sa phrase favorite : Be freaky !

Christine and The Queens, l’interview Narjiss Aissaoui (Narjiss Aissaoui)

Je suis un fœtus baignant dans un liquide amniotique fait de musique, littérature, art, films. Le jour où je serai née, vous serez les premiers à le savoir.


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