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[Critique] MARTHA MARCY MAY MARLENE

Par Onrembobine @OnRembobinefr

Titre original : Martha Marcy May Marlene

Note:

★
★
★
½
☆

Origine : États-Unis
Réalisateur : Sean Durkin
Distribution : Elizabeth Olsen, John Hawkes, Sarah Paulson, Brady Corbet, Hugh Dancy, Christopher Abbott, Maria Dizzia, Julia Garner, Louisa Krause, Laurent Molinaro…
Genre : Drame
Date de sortie : 29 février 2012

Le Pitch :
Martha décide de s’échapper de la secte dans laquelle elle vivait depuis deux ans. Elle trouve refuge chez sa sœur ainée et son beau-frère, qui tentent de comprendre la raison d’une si longue absence. Le silence de Martha à ce sujet, ainsi que son attitude des plus étranges, inquiètent grandement son entourage qui se heurte à un mur lorsqu’il cherche à comprendre. Plus le temps passe et plus Martha s’enfonce dans une spirale de paranoïa, où réalité et cauchemar se brouillent…

La Critique :
Question : à quoi Elizabeth Olsen occupait-elle ses journées, lorsque ses deux grandes sœurs, Mary-Kate et Ashley foulaient sans relâche les tapis rouges et les plateaux de tournage de films anecdotiques et bien souvent complètement nuls ? Réponse : elle prenait des cours de comédie.

Deuxième question : Comment Elizabeth Olsen passait-elle son temps, quand ses deux frangines tournaient à la chaine dans des trucs aux noms aussi évocateurs que Aventures à Paris, Liées par le secret ou encore Vacances sous les tropiques ? Réponse : elle passait une enfance normale.

C’est du moins ce que Martha Marcy May Marlene, le premier film dans lequel apparaît Elizabeth Olsen, encourage à croire. La ressemblance avec Mary-Kate et Ashley est certes probante, mais c’est bien tout. Alors que ses deux sœurs semblent avoir appris le métier d’actrice sur le tas, dès le berceau, notamment via la série La Fête à la maison, puis plus tard par le biais de déclinaisons toujours plus poussives du concept des jumelles super mignonnes qui vivent des trucs super excitants à travers le globe, Elizabeth est allée à l’école. Aux États-Unis, Mary-Kate et Ashley Olsen ne sont pas des stars, ce sont des institutions nationales. On ne compte plus les produits dérivés et les projets que les deux gamines ont initiés par le biais de leurs parents et de leurs agents, bien décidés à exploiter le filon jusqu’au bout. Tout ceci pour être, à l’age adulte, coincées dans une image bien difficile à porter, surtout quand on cherche à se payer une crédibilité aux yeux des producteurs dits sérieux.

On peut comprendre Elizabeth qui a dû jeter sur ce trop plein d’exposition, un regard septique et qui a décidé d’apprendre à jouer la comédie, avant de tourner son premier film.Quand est venu le temps de mettre à profit l’enseignement reçu, Elizabeth a choisi Martha Marcy May Marlene, le premier film de Sean Durkin, jeune réalisateur méconnu du grand public. En cela, ce long-métrage impressionne, car il démontre du talent de deux débutants, en qui on place désormais de gros espoirs pour la suite. Et ni Sean Durkis, ni -à plus forte raison- Elizabeth Olsen ne ménagent leurs efforts pour donner du corps et de la substance à une histoire on ne peut plus troublante.

Martha Marcy May Marlene aborde de front l’épineuse question des sectes. Un sujet toujours d’actualité qui -hasard du calendrier- a précédé de quelques semaines la sortie du film de Kevin Smith, Red State. Mais là où Red State opte pour une approche un poil bourrine et sensationnelle, Martha Marcy May Marlene préfère avancer à pas de loup. Le postulat de départ est aussi simple qu’éloquent. Une jeune fille s’échappe d’une secte, tente de retrouver ses repères auprès de sa sœur, mais se voit rattrapée par l’influence et l’enseignement du gourou de la dite secte. Un gourou, incarné avec justesse par un John Hawkes réellement terrifiant.

Pas de religion chez Sean Durkin, qui encore une fois, fuit le spectaculaire des rassemblements idéologiques, autour de préceptes spirituels fantasques. La secte de son film apparaît davantage comme une micro-société isolée, où les hommes ont le pouvoir, servis en permanence par les femmes, qui doivent aussi se rendre disponibles aux envies de ces derniers et tout particulièrement à celles du maitre des lieux. Dans le groupe, la sexualité est donc détournée pour soit-disant purifier la femme, et l’influence et le lavage de cerveau se font insidieux et vicieux. Sur la longueur, les victimes du gourou perdent tout repère avec les réalités de la société moderne. Plus d’argent, plus d’inhibition, rien ne doit venir entraver la dévotion des sujets envers leurs mâles dominants.

Fonctionnant sur une structure riche en flash-backs, le premier long-métrage de Durkin revient régulièrement sur le passé de Martha dans la secte, de son arrivée à sa fuite, en suivant parallèlement l’acclimatation de cette dernière dans sa nouvelle vie, chez sa sœur. Une nouvelle existence difficile car traversée de visions cauchemardesques, où l’influence de son enseignement sectaire revient par vagues, harceler la psyché de la jeune fille.

Sean Durkin suit donc ce cheminement difficile dans le seul but de dénoncer les manigances perfides des sectes qui pullulent à travers le globe. Il souligne aussi la détresse des proches, impuissants face à une situation qui leur échappe. Les images sont dures et le climat oppressant. Pour autant, le film souffre d’un rythme assez lent qui parfois, stagne, sans trop que l’on sache pourquoi. Poétique et lyrique, la mise en image jouit d’un savoir-faire certain qui, sous le vernis de la douceur, cache une hargne bien présente. Malheureusement, le processus est maladroit. Martha Marcia May Marlene devient parfois plombant et un peu asphyxiant, tout en donnant l’impression de se chercher. Le dénouement étant quant à lui trop abrupt pour convaincre pleinement.

Ainsi, certaines qualités du film font aussi ses défauts. Sean Durkin va jusqu’au bout de sa démarche. Il ne lâche rien. Son œuvre pénètre les arcanes d’une décomposition psychologique profonde et dérangeante. Durkin creuse dans ce sens, mais oublie parfois de rythmer son long-métrage, provoquant irrémédiablement l’ennui. Dommage, mais pas franchement condamnable, car il s’agit ici d’un premier film et que pour une première, l’ambition et l’emballage rattrapent les défauts de l’ensemble.

Visuellement, Martha Marcia May Marlene est une belle partition. Les couleurs évoquent une aquarelle vivante, aux volutes hypnotisantes et souvent fascinantes, tout à fait en adéquation avec le charisme d’Elizabeth Olsen. La comédienne est LA révélation du film et sans aucun doute, la principale raison de se ruer dessus. Sa maturité face à l’objectif est ahurissante. Son regard perdu effraie autant qu’il attire l’attention. Sa présence bouffe l’écran jusque dans ses moindres recoins. Elizabeth Olsen a tout d’une grande et rappelle les débuts d’une certaine Scarlett Johansson. Séduisante mais pas que, l’actrice ne se repose jamais sur son physique qu’elle utilise comme vecteur des émotions et des traumas de son personnage. Sans trop en faire. Avec pertinence, pudeur, sensualité et dévotion. Pas besoin d’aller chercher plus loin, la nouvelle surdouée du cinéma américain, elle est ici et pas ailleurs.

@ Gilles Rolland

[Critique] MARTHA MARCY MAY MARLENE

Crédits photos : Fox Searchlight Pictures


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