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Enjeux et contrecoup du départ des troupes françaises d'Afghanistan

Publié le 10 juillet 2012 par Vindex @BloggActualite

Enjeux et contrecoup du départ des troupes françaises d'Afghanistan-Le drapeau Afghan-Le nouveau Président de la République François HOLLANDE a décidé de mettre en œuvre une de ses promesses électorales les plus retentissantes : le retrait des troupes françaises combattantes d’Afghanistan à la fin de l’année 2012. En cela, il s’est opposé à son prédécesseur, Nicolas SARKOZY et aux dirigeants de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) qui souhaitent un départ des troupes à partir de 2014. Ce laps de temps devant permettre aux Occidentaux de transmettre la direction des affaires aux autorités afghanes. pourtant, même si la France ne dispose que de 3 400 hommes sur place plus du matériel, ce retrait s’annonce compliqué. Mais que pourrait-il se passer une fois le départ des troupes de l’OTAN ? Les risques du retrait des troupes françaises Tout d’abord, sortir d’Afghanistan n’est pas une chose simple. Paris doit évacuer ses 3 400 soldats, 900 véhicules dont 500 blindés, 1 400 conteneurs, 3 Mirages 2 000 et 14 hélicoptères, tous regroupés dans la province de Kapissa, au nord-est de Kaboul, en 6 mois. Pour cela, l’armée ne peut partir par la mer car le pays est enclavé. Il n’est pas possible de passer par l’Iran car le pouvoir iranien interdit aux troupes étrangères de pénétrer sur son territoire. Il est également impossible de passer par le Pakistan car Islamabad refuse, jusqu'à nouvel ordre, le transit de matériel militaire sur son territoire pour protester contre les tirs de drones américains au Pakistan. La seule sortie passe par les airs vers les Ex-Républiques d’URSS, ou la base française de Bagram aux Emirats-Arabes-Unis. Or, la France ne dispose pas d’appareils transporteurs pour évacuer son matériel et ses troupes. Elle est dépendante de la Russie ou de l’Ukraine, seuls Etats à disposer de gros-porteurs. De plus, tout retrait militaire est dangereux dans un pays étranger non pacifié. En effet, à ce moment là, les troupes sont vulnérables car le matériel est en train d’être évacué et les effectifs diminuent progressivement. Les hommes sont orientés vers l’évacuation et les convois même aériens, peuvent être attaqués par les Talibans. Même s’ils ne sortent plus de leur base, les Français restent sous la menace des Talibans. En témoigne l’attaque subie par les troupes françaises le 9 juin dernier tuant 4 hommes et 2 interprètes afghans, soit 87 soldats tombés aux champs d’honneurs depuis 2001. Il faut aussi assurer la sécurité de la région en attendant que les troupes afghanes soient formées totalement jusqu’en 2014. C’est pour cette raison que Paris laisse 200 formateurs pour les troupes afghanes qui eux partiront avec les dernières forces occidentales.Une guerre vouée à l’échec ?Toutefois, lorsque les dernières troupes de l’OTAN auront quitté l’Afghanistan que ce soit les troupes combattantes ou les formateurs, que va t-il se passer ? Le pays a beau être enclavé, il est l’enjeu des puissances régionales pour son contrôle tant politique qu’économique. Il y a tout d’abord, la Chine qui développe une politique d’influence de plus en plus visible dans le pays. Son but est d’avoir accès aux minerais, au gaz et au charbon de ce pays de 26 millions d’habitants dont beaucoup de gisements sont encore inexploités et sont à proximité de l’Empire du Milieu. Pékin entre en concurrence ici avec les puissances occidentales comme la France ou les Etats-Unis qui voudraient aussi leur part du gâteau. La mouvance terroriste Al Qaïda au nom de la guerre sainte (le djihad) contre l’Occident, lutte contre la présence étrangère par le biais d’attentats meurtriers qui touchent tout autant les troupes militaires que les civils Afghans comme Occidentaux. Al Qaïda est alliée aux Talibans car ces derniers comme la mouvance terroriste veut instaurer un pouvoir basé sur la Charia, la loi du Coran. Ensuite, vient le Pakistan qui abrite et peut-être finance les rebelles talibans. Pourquoi une telle attitude alors qu’Islamabad se déclare depuis 2001, alliée des Etats-Unis contre les terroristes d’Al Qaïda ? Pour cela, il faut savoir que depuis l’indépendance et la partition des Indes britanniques en 1947, le Pakistan est en rivalité avec l’Inde sur la question du Cachemire. Les deux Etats sont depuis 1998, des puissances nucléaires ; la Chine autre puissance atomique est une alliée du Pakistan selon l’adage « les ennemis de mes ennemis (l’Inde) sont mes amis ». Islamabad craint par-dessus tout un encerclement de son territoire par New-Delhi avec un gouvernement installé à Kaboul pro-Indien. C’est pour cela qu’il ne combat pas les Talibans afghans qui se réfugient chez lui. Toutefois, il combat ardemment contre ceux installés dans les provinces tribales tout à l’ouest du pays car ils menacent de déstabiliser l’Etat. Ces zones tribales étant déjà très mal contrôlées voire pas du tout par le pouvoir central pakistanais. Le Pakistan a plus peur de l’Inde que des Etats-Unis qui malgré les menaces répétées sur le gouvernement, ne parvient pas à le faire changer d’avis. Les Américains sont obligés d’intervenir sur le territoire pakistanais sans accord des autorités d’Islamabad pour lutte contre les Talibans, via des bombardements des camps d’entraînement et des bases de ces derniers dans lesquelles se cachent des terroristes d’Al Qaïda. Ou encore, l’assaut de la maison de Ben Laden, l’organisateur des attentats du 11 septembre 2001, et résidant dans une imposante villa à quelques mètres d’un bâtiment des services secrets pakistanais, ce qui laisse présager des appuisau sein de ce service. L’opération s’est déroulée au printemps 2011, sans que les Pakistanais soient mis au courant, ce que ces derniers n’ont guère apprécié ; depuis, les convois militaires de l’OTAN ont interdiction de passer sur son territoire. Le retrait d’Afghanistan est un enjeu important pour la France et les puissances occidentales car la question est de savoir si après leur départ, les autorités afghanes seront assez fortes et organisées pour éviter le retour des Talibans et si le pays ne va pas à nouveau tomber dans le chaos, manipulé par les puissances régionales pour des raisons tant politiques qu’économiques.  Enjeux et contrecoup du départ des troupes françaises d'Afghanistan
Florian Thomas.

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